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Trans Mountain : pas avant 2023 et des millions plus cher, selon un rapport

Ottawa devrait être obligé d'informer les contribuables canadiens des révisions des estimations de coûts du projet, soutiennent les auteurs.

Des travailleurs sur le chantier du pipeline Trans Mountain.

La date de mise en service prévue : décembre 2022 est irréaliste, estiment les auteurs du rapport.

Photo : La Presse canadienne / Jason Franson

Le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain connaît des retards « à chaque étape de son tracé » et coûtera des millions de dollars de plus que prévu, note un rapport préparé pour le groupe de lobbyistes environnemental West Coast Environmental Law. Les auteurs réclament une mise à jour de l’estimation des coûts. La dernière remonte à février 2020.

Les données colligées par le groupe contredisent totalement l’affirmation selon laquelle le projet respecte le calendrier et le budget, conclut l’un des auteurs du rapport, l’avocat Eugene Kung.

Trans Mountain maintient que les coûts du projet, acheté par Ottawa en 2019, s'élèvent à 12,6 milliards de dollars. La date de mise en service est toujours prévue pour décembre 2022.

Actuellement, nous n'avons aucune mise à jour du coût ou du calendrier global du projet [depuis février 2020], indique l’entreprise dans un courriel. Toute mise à jour sera le résultat d'un processus approfondi et détaillé.

Vue panoramique du terminal, avec une grue et deux réservoirs de pétrole.

Le terminal maritime du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan, à Burnaby, en Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Des retards qui s'accumulent

Les retards, qui varient de 2 à 24 mois, créent un effet en cascade, car la plupart des travaux doivent être séquencés, lit-on dans le rapport qui soutient que la mise en service sera impossible avant 2023.

Le rapport ajoute que la construction du tunnel traversant le mont Burnaby, dans le Grand Vancouver, l'élément le plus complexe du projet, doit prendre deux ans et n'a commencé qu'en mai 2021.

De plus, le début du forage horizontal sous le fleuve Fraser, en Colombie-Britannique doit seulement commencer en octobre 2021 et a une durée prévue de 15 mois.

À eux seuls, ces travaux portent la date de fin de la construction du pipeline au début 2023.

La transparence et la responsabilisation étant des problèmes de longue date pour Trans Mountain depuis qu'elle est devenue une société d'État, il est impossible de savoir exactement à quel point le projet est en retard ou en dépassement de budget, déplorent les auteurs du rapport.

Des manifestants opposés au projet Trans Mountain lors d'un rassemblement à Vancouver, le 8 septembre 2021.

Des manifestants ont fait connaître leur opposition au projet Trans Mountain lors d'un rassemblement à Vancouver, mercredi.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

Donner l’heure juste aux Canadiens et aux clients

Il n’y a aucun doute sur cette question : ce projet ne sera pas complété à temps et dans le budget, commente Thomas Gunton, professeur du programme de planification des ressources et de l'environnement de l’Université Simon Fraser.

Il s’agit d’une des plus importantes dépenses de taxes au Canada, alors le gouvernement devrait avoir l’obligation de mettre à jour les estimations de coûts, martèle-t-il.

Pour Richard Masson, chercheur exécutif à l'École de politique publique de l'Université de Calgary, une mise à jour devrait être divulguée annuellement.

Ce genre d’information importe, notamment, aux compagnies pétrolières, fait valoir celui qui est également membre du forum de l'industrie pétrolière et gazière World Petroleum Council. Si le projet n'est pas complété à la date prévue, les pétrolières devront faire de nouveaux arrangements pour acheminer leurs produits vers les marchés, souligne Richard Masson.

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Des retards qui ne surprennent pas

[Le rapport] est une sonnette d’alarme, affirme pour sa part Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de science économique de l’Université d’Ottawa, qui note toutefois que les retards et les dépassements de coûts qu’ils engendrent ne le surprennent pas.

La pandémie, rappelle-t-il, a occasionné deux grands défis : des changements dans le monde de la main-d'œuvre et des difficultés dans les chaînes d’approvisionnement.

Mais encore faut-il être capable de mesurer les effets de ces facteurs. Un propriétaire responsable devrait être à même de le faire, assure-t-il.

Le rapport souligne les conditions météorologiques, les périodes de migration et de reproduction des poissons, des oiseaux et des mammifères ainsi que les feux de forêt comme autant d'éléments qui ont ralenti les travaux.

Des travailleurs sur le chantier de Trans Mountain à Burnaby.

La pandémie a entraîné des délais dans la construction du pipeline, expliquent des experts.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Suspendre, arrêter ou poursuivre le projet?

Compte tenu de tous ces retards, du manque d'informations, la construction devrait être suspendue jusqu'à ce que le public canadien ait été mis à jour avec un calendrier des coûts et des informations afin que nous puissions prendre une décision ensemble sur la façon de dépenser l'argent public, soutient l’avocat Eugene Kung.

Il faut plutôt abandonner l’expansion croit Thomas Gunton : Nos analyses faites il y a quelques mois montrent que oui, on perdra de l’argent si on met un terme au projet, mais on en perdra davantage si on le complète. Un rapport du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) publié en octobre 2020 abonde en ce sens.

De son côté, le professeur Jean-Thomas Bernard estime qu’à ce point-ci, le projet est trop avancé pour l’abandonner. Si on arrêtait les travaux, il n’y aurait aucune récupération des investissements, aucune.

Les deux experts s’entendent pour dire que la première étape demeure l’analyse de la situation actuelle afin d'établir la meilleure voie à suivre.

Les retards : une mauvaise image pour le Canada

Je crois que cela ne donne pas une bonne image du Canada quand nous ne parvenons pas à réaliser de grands projets comme nous disons être capables de le faire, souligne Richard Masson. Le bilan du Canada en termes de grands projets n’est pas très reluisant : le Site C en Colombie-Britannique ou encore Muskrat Falls à Terre-Neuve sont des exemples [de projets] avec des dépassements de coûts et de temps.

L’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, qui s’étend d’Edmonton à Burnaby, dans le Grand Vancouver, doit augmenter sa capacité d'environ 300 000 barils par jour à 890 000 barils par jour.

Richard Masson ajoute : Il faut savoir que ce rapport est le fruit d’un groupe qui s’oppose au pipeline, qui au final, est stratégique pour le Canada qui désire tirer le meilleur profit de ses ressources.

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