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Le gouvernement taliban n’a rien d’inclusif, dénoncent les pays occidentaux

Un homme porte des drapeaux des talibans et de l'Afghanistan de différentes tailles.

Un vendeur de rue tente de trouver des preneurs pour des drapeaux talibans et des drapeaux afghans, mercredi, à Kaboul.

Photo : Getty Images / AFP/AAMIR QURESHI

Radio-Canada

Le nouveau gouvernement qui commence à prendre forme en Afghanistan est loin d’être aussi inclusif que ne le promettaient les talibans, déplorent les pays occidentaux.

À part de rares exceptions, tous les ministres nommés mardi sont des talibans appartenant à l'ethnie majoritaire pachtoune. Plusieurs sont visés par des sanctions de l'ONU et deux, issus du réseau Haqqani, sont recherchés par le FBI.

Bien qu'ils aient prétendu que leur gouvernement serait inclusif, la liste de noms annoncée est exclusivement composée d'individus membres des talibans ou de leurs proches alliés, et il n'y a aucune femme, a commenté mercredi le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken après une rencontre avec son homologue allemand Heiko Maas.

Les États-Unis sont préoccupés par les affiliations et les antécédents de certains de ces individus et maintiennent que le peuple afghan mérite un gouvernement inclusif, a-t-il ajouté, avant de réitérer que les nouveaux dirigeants afghans seront jugés sur leurs gestes.

Selon M. Blinken, une rencontre sur l'avenir de l'Afghanistan réunissant mercredi des ministres des Affaires étrangères de 22 pays, et des représentants de l'OTAN, de l'Union européenne (UE) et des Nations unies pour discuter du prochain chapitre pour l'Afghanistan, a donné lieu à une approche unie.

Les talibans cherchent une légitimité et le soutien de la communauté internationale. Toute légitimité, tout soutien, devra être gagné, et nous avons entendu cela systématiquement de la part de tous ceux qui participaient à la réunion.

Une citation de :Antony Blinken, secrétaire d'État des États-Unis

Selon M. Blinken, tous les pays présents entendent s'assurer que les talibans laissent les Afghans voyager librement, respectent les droits de la personne, y compris ceux des minorités et des femmes, s'assurent que leur territoire ne sert pas de tremplin pour des attaques terroristes et n'exercent aucune vengeance contre quiconque.

Les actes ne suivent pas les paroles, déplore Paris

L'Union européenne, dont les ministres des Affaires étrangères avaient insisté la semaine dernière sur la nécessité d'avoir à Kaboul un gouvernement de transition inclusif et représentatif, a abondé dans le même sens.

Après une première analyse des noms annoncés, cela ne ressemble pas à la formation inclusive et représentative de la riche diversité ethnique et religieuse de l'Afghanistan que nous espérions voir et que les talibans promettaient ces dernières semaines, a commenté un porte-parole dans un communiqué.

Le caractère inclusif du gouvernement est pourtant l'une des cinq conditions posées pour que puissent s'établir des relations entre le bloc européen et le nouveau pouvoir afghan, a-t-il rappelé.

À Londres, le premier ministre Boris Johnson a aussi indiqué que les talibans seraient jugés sur les actes, mais sans cacher sa déception face au nouveau gouvernement taliban.

Nous aimerions que le leadership soit assumé par un groupe diversifié qui cherche à tenir les promesses que les talibans ont eux-mêmes faites, et ce n’est pas ce nous avons vu , a-t-il commenté par l’entremise d’un porte-parole.

À Paris, le ministère français des Affaires étrangères s'est montré un peu plus ferme, en concluant que les actes ne suivent pas les paroles au vu de la composition du gouvernement intérimaire. Pour la France, les exigences de la communauté internationale [...] ne sont pas remplies, a-t-il fait savoir.

Deux femmes en burqa marchent dans une rue en piteux état.

Deux femmes en burqa marchent une rue de Kaboul. En arrière-plan, une image du défunt commandant Ahmad Shah Massoud, figure emblématique de la résistance antitalibane, tué en 2001. Son fils Ahmad, retranché dans la vallée du Panchir, a aujourd'hui pris sa place.

Photo : Getty Images / AFP/AAMIR QURESHI

La Chine salue la fin de l'anarchie

La Chine, qui partage 76 km de frontière à très haute altitude avec l'Afghanistan, a salué avec un peu plus d’enthousiasme la composition d'un gouvernement décrit comme intérimaire par le porte-parole des talibans.

Cela met fin à plus de trois semaines d'anarchie en Afghanistan et constitue une étape importante pour le rétablissement de l'ordre dans le pays et sa reconstruction, a commenté un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

La Chine, l'un des rares pays à maintenir son ambassade à Kaboul ouverte malgré la chute du gouvernement pro-occidental, a vivement critiqué ces dernières semaines le retrait précipité d'Afghanistan des troupes américaines et le chaos qui s'en est suivi.

Malgré les critiques dont elle est l’objet pour son traitement des Ouigours et des Tibétains, la Chine a aussi lancé un appel à l’inclusivité à l’intention des nouveaux maîtres de l’Afghanistan.

Nous espérons que les nouvelles autorités afghanes écouteront de manière générale les peuples de toutes les races et de toutes les factions, afin de répondre aux aspirations de ses peuples et les attentes de la communauté internationale, a dit M. Wenbin.

Le président américain Joe Biden a déclaré mardi qu'il était certain que la Chine essaierait de trouver un arrangement avec les taliban après leur prise de pouvoir en Afghanistan.

La Chine a un réel problème avec les talibans, elle va donc tenter de trouver un arrangement avec eux, j'en suis sûr. Tout comme le Pakistan, la Russie ou l'Iran. Ils essaient tous de savoir quoi faire maintenant, a-t-il répondu alors qu’on lui demandait s'il craignait que la Chine ne finance le mouvement islamiste.

Les États-Unis et les membres du G7 sont convenus de coordonner leur réponse aux talibans et ont bloqué l'accès du mouvement islamiste aux réserves économiques de l'Afghanistan, pour la plupart détenues aux États-Unis.

Ils laissent clairement entendre qu’ils ont l'intention de se servir de ces leviers économiques, à l’heure où la situation humanitaire est catastrophique en Afghanistan, pour exercer de la pression sur les talibans.

Des experts estiment néanmoins que cette possibilité de faire pression sera perdue si un pays comme la Chine finance les talibans. Ils notent tout de même que les investissements chinois ne viendront que si la sécurité est rétablie, soulignent des experts.

Les forces du mouvement de résistance patrouillant au sommet d'une colline dans le Panchir.

Dirigé par Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud, le FNR comprend des membres de milices locales ainsi que d’anciens membres des forces de sécurité afghanes.

Photo : AFP / Ahmad Sahel Arman

Un gouvernement illégitime aux yeux de la résistance

En Afghanistan, le Front national de résistance (FNR), emmené par le fils du légendaire commandant Massoud dans la vallée du Panchir, a qualifié d'illégitime le nouveau gouvernement taliban.

Le récit autour du taliban moderne est terminé, il n'y a pas un taliban qui soit en faveur d'un gouvernement inclusif, a déclaré à l'AFP un porte-parole du FNR, Ali Maisam Nazary.

Cela va devenir un gouvernement paria, un gouvernement illégitime [...], il suffit de regarder le nombre de terroristes dans ce cabinet, a-t-il déclaré.

Leur gouvernement de transition n'est même pas, ne serait-ce que légèrement, inclusif, a fustigé M. Nazary, estimant que l'exclusion des différents groupes ethniques composant le pays avait aggravé de manière irréversible les clivages.

Regardez les images de Kaboul, des femmes et des hommes qui descendent courageusement dans la rue, sans armes, et qui disent aux talibans : "Tuez-nous, on s'en fiche, on veut la liberté et la justice", a poursuivi le porte-parole du FNR, en référence aux manifestations organisées mardi et mercredi dans la capitale.

Le porte-parole du FNR a par ailleurs démenti que les talibans ont pris le contrôle de la vallée du Panchir, où sont retranchés des combattants qui refusent de se soumettre aux talibans. Selon lui, les forces du nouveau régime ne contrôlent que 40 % de la vallée.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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