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Livres détruits : la « gardienne du savoir » n’est pas Autochtone

On ne trouve aucun ancêtre autochtone sur sept générations à la coprésidente de la Commission autochtone du Parti libéral du Canada.

Suzy Kies est coprésidente de la Commission autochtone du Parti libéral du Canada.

Suzy Kies est coprésidente de la Commission autochtone du Parti libéral du Canada.

Photo : crestwood.on.ca

La « gardienne du savoir » autochtone gardait aussi certains secrets. Suzy Kies, coprésidente de la Commission autochtone du Parti libéral du Canada, n'a pas de statut d'Indien en vertu de la Loi, elle ne figure pas dans les registres des conseils de bande abénakis et on ne lui trouve aucun ancêtre autochtone jusqu'à au moins l'année 1780.

Celle qui a accompagné le Conseil scolaire catholique Providence dans la destruction controversée de 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones dénonçait pourtant les Blancs qui s'approprient l'histoire des Premières Nations.

En entrevue avec Radio-Canada, Suzy Kies nous a dit avoir un parent européen et un parent autochtone.

Selon les registres d’état civil, son père est effectivement né au Luxembourg, mais sa mère est classée d’origine raciale française.

La famille de ma mère est de plusieurs communautés, affirme-t-elle. Du côté de mon grand-père, c’est les Malécites, de St. Mary’s, au Nouveau-Brunswick, il y a aussi les Laporte qui sont Innus. Et ma grand-mère, elle, était Abénakis, d'Odanak.

Elle n’est pas sur notre liste de bande, indique Jacques Thériault-Watso, élu au Conseil des Abénakis d'Odanak, après avoir fait des vérifications auprès de la registraire.

Même si elle avait un seul grand-parent abénakis, Suzy Kies aurait dû apparaître sur cette liste, explique-t-il.

Suzy Kies n’apparaît pas non plus sur la liste de l’autre bande abénakis, de Wôlinak.

Un ancêtre autochtone au 17e siècle, comme beaucoup de Canadiens français

La Madame, elle en beurre épais. Elle n'a aucun ancêtre autochtone sur au moins sept générations, lance Dominique Ritchot, coordonnatrice de la Société généalogique canadienne-française, qui a collaboré avec Radio-Canada à titre de chercheuse indépendante.

Elle a fouillé dans les actes d'état civil de baptêmes, mariages et sépultures, ainsi que les recensements. Résultat : aucun ancêtre autochtone avant au moins 1780. Toutes les branches ont été analysées jusqu’à la période contemporaine. S'ils étaient Autochtones, ça serait écrit.

La seule ascendance autochtone qu’elle lui a trouvée est Marie Manitouébéouich, une Algonquine qui a intégré la nation huronne au 17e siècle. Cette ancêtre se retrouve dans l'arbre généalogique de milliers de Canadiens français, précise Dominique Ritchot.

Je suis la petite fille des pins, je viens du territoire de la Confédération des Wabanakis [Abénakis] et je suis du clan de la Tortue.

Une citation de :Suzy Kies en introduction d’une vidéo réalisée pour le compte du conseil scolaire Providence

C’est un chaos absolu. Je ne connais personne de la communauté d’Odanak qui se souvienne de son clan familial, dit Éric Pouliot-Thisdale, recherchiste pour le département de démographie de l’Université de Montréal, lui-même Autochtone, spécialiste de la démographie autochtone.

Éric Pouliot-Thisdale rappelle qu’il faut une différence maximale de trois générations avec un Autochtone pour avoir droit au statut reconnu légalement.

Suzy Kies et Justin Trudeau

Suzy Kies avec le premier ministre Justin Trudeau, en 2018

Photo : Facebook/CPA

Jacques T. Watso, du Conseil de bande d’Odanak, lui reproche une fausse représentation et une appropriation de la culture autochtone.

C’est une autre personne qui a joué sur le fait qu’il y a peu d’Autochtones dans le milieu politique et institutionnel et le Parti libéral n’a pas fait ses devoirs, en la croyant sur parole.

Une citation de :Jacques Thériault-Watso, élu au Conseil des Abénakis d'Odanak

Suzy Kies n’a pas répondu à nos courriels et appels mardi. Le Parti libéral du Canada (PLC) a indiqué dans la soirée que Mme Kies s'identifie elle-même comme Autochtone non inscrite. Il n'a toutefois pas été possible d'obtenir plus de commentaires ni de savoir si cette situation convient au parti.

La femme de 61 ans occupe le rôle de coprésidente de la Commission autochtone du PLC depuis 2017. Le site web du parti la présente comme une Autochtone urbaine de descendance abénaquise et montagnaise [ancien terme désuet pour innu].

Selon le PLC, la Commission représente et fait valoir les intérêts des membres autochtones du Parti libéral, et encourage la participation active et à part entière des Autochtones à tous les niveaux de la structure du parti.

Justin Trudeau ne veut pas que les non-Autochtones décident pour les Autochtones

Dans le cadre du retrait des livres des écoles du conseil scolaire, Suzy Kies a défendu l’idée de brûler tous les ouvrages, en 2019, lors de cérémonies à faire dans chaque école. La pandémie a finalement réduit le projet à une seule cérémonie où 30 livres ont été brûlés.

Invité à réagir, mardi, au tollé provoqué par l’initiative, le chef libéral Justin Trudeau a critiqué le choix de brûler des livres, mais il a tenu à ajouter : Ce n'est pas à moi, ce n'est pas aux non-Autochtones de dire aux Autochtones comment ils devraient se sentir ou devraient agir pour avancer la réconciliation.

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