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Le président brésilien Jair Bolsonaro attaque les institutions et les élections

Jair Bolsonaro parle dans un micro.

Le président Bolsonaro harangue la foule à Sao Paulo.

Photo : AFP

Agence France-Presse

Haranguant une foule de dizaines de milliers de partisans mardi à Sao Paulo, le président brésilien Jair Bolsonaro a lancé que « seul Dieu » pouvait le chasser du pouvoir et a multiplié les attaques contre les institutions et le système électoral.

« Nous voulons des élections propres, vérifiables, avec le comptage public des voix. Je ne peux pas participer à une farce comme celle que promeut le Tribunal supérieur électoral. »

— Une citation de  Jair Bolsonaro, président sortant du Brésil

En appelant ses partisans à des manifestations massives dans tout le pays à l'occasion de la fête nationale, Jair Bolsonaro voulait faire une démonstration de force, alors qu'il n'a jamais été aussi affaibli en près de trois ans de mandat.

Il est donné perdant face à l'ex-président Luiz Inacio « Lula » da Silva pour l'élection d'octobre 2022, sa cote de popularité est au plus bas et il est fragilisé par de nombreuses enquêtes ouvertes à la demande de la Cour suprême contre lui.

L'opposition, bien que plus faiblement mobilisée, manifestait elle aussi, réclamant le départ d'un président accusé de menacer la démocratie, d'avoir géré pitoyablement la crise de la COVID-19, ainsi que l'économie : chômage quasi record et inflation.

Présent en matinée auprès de ses partisans dans la capitale brésilienne, Jair Bolsonaro avait déclaré qu'une nouvelle histoire était en train d'être écrite au Brésil.

« Votre soutien est indispensable pour qu'on aille de l'avant. Je veux dire à ceux qui veulent me rendre inéligible à Brasilia : seul Dieu m'enlèvera d'ici! »

— Une citation de  Jair Bolsonaro, président sortant du Brésil

La foule l’a ovationné aux cris de Mito, Mito! (le Mythe, son surnom).

Des manifestants déployant un drapeau géant.

Les partisans du président Bolsonaro manifestent à Sao Paulo.

Photo : AFP / MIGUEL SCHINCARIOL

Risque d’inéligibilité

Jair Bolsonaro risque effectivement d'être déclaré inéligible en raison de ses attaques répétées contre le système de vote électronique en vigueur au Brésil depuis 1996. Il n'a cessé de dénoncer des fraudes, sans jamais en apporter la preuve.

Selon ses détracteurs, ses critiques sont une stratégie visant à contester le résultat jusqu'au bout en cas de défaite l'an prochain, à l'instar de l'ex-président Donald Trump qu'il admire.

Ses partisans, eux, espèrent au contraire que Jair Bolsonaro ira encore plus loin. Nous sommes ici pour dire que le président et l'armée doivent intervenir. Ce sont les seuls qui protègent notre liberté. À partir de ce 7 septembre, ils peuvent le faire, a dit à l'AFP Valdivino Pereira, un ouvrier métallurgiste défilant à Sao Paulo.

Ce qui est le plus inquiétant, c'est ces discours du président contre des institutions démocratiques, notamment la Cour suprême, du jamais-vu depuis le retour de la démocratie après la dictature militaire de 1964-1985, a déploré le politologue Mauricio Santoro.

En fin d'après-midi, alors que commençait à se vider l'Avenida Paulista, où 125 000 bolsonaristes s'étaient massés, selon des chiffres de la Sécurité publique, aucun incident majeur n'avait été signalé. Mais des journalistes ont été molestés à Brasilia.

Plusieurs dizaines de manifestants pro-Bolsonaro s'étaient rassemblés en matinée dans la capitale où la sécurité avait été renforcée, avec pas moins de 5000 policiers, pour éviter toute réédition de l'invasion du Capitole en janvier dernier, à Washington.

La veille au soir, des centaines de bolsonaristes, à bord de camions, avaient brisé des barrières et pénétré dans l'avenue menant au Congrès et à la Cour suprême, qu'ils menaçaient d'envahir. Mardi, en fin d'après-midi, des journalistes ont été violemment pris à partie par des bolsonaristes.

Propos menaçants

Arrivé dans l'après-midi à Sao Paulo après Brasilia, Jair Bolsonaro a prononcé un discours au ton martial.

Il s'en est notamment pris à l'un des juges de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, qui a ordonné l'ouverture d'enquêtes contre lui et son entourage, notamment pour dissémination de fausses informations.

Soit le chef de [la Cour suprême] remet [Moraes] à sa place, soit ce pouvoir va subir des conséquences dont personne ne veut, a-t-il déclaré.

Des propos clairement menaçants, alors que Jair Bolsonaro avait déjà présenté cette journée de mobilisation comme un ultimatum contre la Cour suprême.

Nous ne voulons pas de rupture. Nous ne voulons pas nous battre avec les autres pouvoirs. Mais nous ne pouvons pas permettre que quiconque mette en péril notre liberté, a-t-il ajouté, sous les applaudissements des manifestants enveloppés dans les drapeaux vert jaune du Brésil.

Pratiquement aucun d'entre eux ne portait de masque, alors que, malgré l'avancée de la vaccination, la pandémie est loin d'être maîtrisée dans un pays où plus de 580 000 personnes sont mortes de la COVID-19.

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