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Analyse

Élections fédérales : promesses politiques sur fond d’urgence climatique

Signe des temps, l’enjeu climatique s’impose comme un thème incontournable de la campagne électorale. Les propositions des différents partis sont-elles à la hauteur du défi?

Une personne qui marche sur la plage sous un ciel rouge et brumeux.

Les feux en Colombie-Britannique et en Ontario notamment ont eu un impact sur la qualité de l'air dans plusieurs régions du pays.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Si la pandémie a relégué au second plan la crise climatique, l’année 2021 nous aura ramenés à la réalité de façon brutale.

Feux de forêt ravageurs aux quatre coins de la planète, record de chaleur qui fracasse de cinq degrés le sommet précédent, sécheresse généralisée dans l’Ouest américain, inondations historiques en Europe et à New York, ouragans et typhons destructeurs aux États-Unis et en Asie.

Le hasard a voulu que cette campagne électorale soit déclenchée en plein cœur d’un été enflammé, quelques jours après que les experts du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, eurent posé un état des lieux qui donne le vertige : l’urgence climatique est absolue, la crise s’aggrave partout et s’intensifie de manière sans précédent.

Les scientifiques nous auront d’ailleurs rappelé que le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète.

La bonne nouvelle, c’est que les politiciens n’auront jamais été aussi bien informés sur la question climatique que maintenant.

Avec le rapport du GIEC, ils savent que la menace est réelle. Que le seuil d’un réchauffement de 1,5 degré Celsius, au-delà duquel les bouleversements climatiques risquent de s’emballer, pourrait être atteint d’ici dix ans.

Ils ont donc entre leurs mains toute l’information scientifique nécessaire pour prendre des décisions éclairées sur le front du climat.

Dans ce contexte, jamais une campagne électorale fédérale n'aura fait autant de place à cette question. Mieux encore, jamais les plateformes électorales des principaux partis politiques sur l’enjeu environnemental n’auront été aussi détaillées. Et jamais les électeurs n’auront exprimé autant d’intérêt pour cet enjeu.

Mais il y a un hic. Depuis au moins deux décennies, les gouvernements canadiens ont une tradition de double discours climatique : ils promettent de réduire les émissions tout en soutenant l’expansion du secteur des énergies fossiles. Et, surtout, depuis la signature du protocole de Kyoto en 1997, libéraux et conservateurs n’ont jamais réussi à atteindre les cibles qu'ils s'étaient fixées.

Pour ce qui est des engagements pris par Justin Trudeau, tout reste à prouver. Car entre son arrivée au pouvoir, en 2015, et 2019 (derniers chiffres disponibles), les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont continué à augmenter, même si ce n’est que légèrement. On retient surtout qu’elles n’ont pas diminué.

Mais avant d’analyser ce que nous propose chacun des partis, quelques chiffres pour mieux comprendre où devraient agir les décideurs politiques s’ils veulent s’attaquer au cœur du problème.

Au Canada, 26 % des émissions proviennent du secteur du pétrole et du gaz, et 24 % des transports. Deux secteurs qui expliquent à eux seuls la moitié des GES. Si on veut vraiment réduire les émissions au pays, il faut fortement prioriser ces secteurs.

Et si on veut une action encore plus efficace, c'est le secteur du pétrole des sables bitumineux que le gouvernement devra viser en priorité. L’exploitation de cette ressource occupe une part de plus en plus importante dans le bilan carbone du pays. Depuis 2005, les émissions de GES provenant de cette filière ont presque triplé, en hausse de... 137 %.

Il faut aussi dissiper le mythe selon lequel le Québec n’a rien à voir dans le développement du pétrole albertain. En 2020, près de la moitié du pétrole importé par le Québec (46 %) provenait de l’Ouest canadien.

C’est à la lumière de ces faits qu’il faut analyser les plateformes des partis.

Des puits et des hangars.

Exploitations de sables bitumineux.

Photo : Cenovus

Le Parti libéral du Canada (PLC)

Dans le lot des formations en présence, les libéraux ont de loin la plateforme environnementale la plus détaillée, la mieux chiffrée et la plus complète de toutes les formations. C’est du moins le constat de Mark Jaccard, économiste à l’Université Simon Fraser de Vancouver et collaborateur au GIEC. Le 3 septembre, il a présenté son bulletin des différentes plateformes climatiques dans la revue Options politiques. Les libéraux, conclut-il, ont le plan le plus crédible au regard des cibles proposées et des moyens chiffrés pour les atteindre.

À noter que Mark Jaccard a analysé la plateforme de tous les partis, sauf celle du Bloc québécois, car la formation ne présente aucun candidat en dehors du Québec.

C’est aussi le constat de l’ancien chef des verts en Colombie-Britannique, le climatologue et ancien membre du GIEC, Andrew Weaver.

Malheureusement, toutes les mesures originales proposées par les libéraux n’arriveront pas à effacer la plus grosse tache au dossier environnemental du parti : l’achat du pipeline Trans Mountain, qui servira à transporter 900 000 barils de pétrole albertain par jour vers la côte ouest du pays.

Justin Trudeau a beau dire qu’il a besoin des futurs revenus de l’oléoduc pour opérer la transition énergétique, le message qu’il envoie en le construisant va dans le sens contraire de ses ambitions.

Ériger une telle infrastructure pour transporter le pétrole des sables bitumineux en 2021, c’est garantir que la production de cette ressource pourra croître pendant encore au moins un demi-siècle. Ce faisant, on repousse à plus tard la nécessaire transition. Car on ne construit pas un tel pipeline pour le fermer dans quelques années.

On ne peut plus investir dans la croissance du pétrole et prétendre réduire les émissions. C’est la conclusion à laquelle est d’ailleurs venue la conservatrice Agence internationale de l’énergie (AIE) : au nom du respect des cibles climatiques de carboneutralité à l’horizon 2050, l’AIE exhorte les pays à renoncer à tout nouveau projet d’énergie fossile.

Mais outre cette décision que les libéraux traîneront longtemps comme un boulet, plusieurs mesures de leur plateforme méritent notre attention :

  • Plafonner et réduire les émissions du secteur du pétrole et du gaz : c’est la première fois qu’un parti qui aspire au pouvoir va en ce sens. Reste à voir comment ça se fera, car le fédéral n’a pas tous les leviers désirés pour agir aussi directement;
  • Imposer à l’industrie du pétrole et du gaz une réduction des émissions de méthane de 75 % d’ici 2030. C’est une mesure essentielle et très bienvenue. Dans son rapport, le GIEC souligne qu’agir sur le méthane est l'un des moyens les plus efficaces pour ralentir rapidement le rythme du réchauffement. Le méthane a un potentiel de réchauffement 80 fois supérieur au CO2 dans les vingt premières années suivant son émission. Mais comme sa durée de vie dans l’atmosphère est courte, son élimination a des effets beaucoup plus rapides que la même action sur le CO2. Les technologies pour l’éliminer sont aussi très accessibles;
  • Devancer de 2025 à 2023 l’élimination des subventions à l’industrie des combustibles fossiles. Cette promesse inclut l’élimination des subventions de la société d’État Exportation et développement Canada (EDC), qui, en 2020, a offert des prêts et des garanties de prêts à hauteur de 8,1 milliards de dollars à l’industrie du pétrole et du gaz. Voilà une mesure primordiale qui aurait dû être activée il y a longtemps et pour laquelle les gestes doivent suivre les promesses;
  • Créer un fonds de 2 milliards de dollars pour aider les travailleurs du secteur des énergies fossiles en Alberta, en Saskatchewan et à Terre-Neuve-et-Labrador à trouver des emplois dans des secteurs d’énergie propre. Une mesure qui s’ajoute à l’investissement de 8 milliards dans l’Accélérateur Net Zero, pour soutenir la décarbonation de l’industrie lourde (comme le secteur de l’acier et de l’aluminium). Une mesure essentielle qui mériterait encore plus de moyens : si on veut réduire les émissions de GES, l’industrie des énergies fossiles sera forcément touchée, mais il faut accompagner les travailleurs qui en subissent les effets.

Le plus grand défi de Justin Trudeau sera d’accélérer la cadence et de cesser de ménager la chèvre et le chou.

Car le défi est grand. Les libéraux s’engagent désormais à réduire de 40 à 45 % les émissions de GES d’ici 2030, sous les niveaux de 2005. En termes clairs, cela équivaut à une réduction des émissions d’environ 4 % par année.

Dans le contexte actuel, alors que l’économie redécolle, c'est énorme.

Le Parti conservateur du Canada (PCC)

Soulignons d’emblée que la plateforme environnementale du PCC n’aura jamais été aussi touffue. Il y a deux ans à peine, Andrew Scheer déchirait sa chemise en disant que, sous son règne, la taxe sur le carbone allait être mise à la poubelle.

Ce n’est plus vraiment le cas sous Erin O’Toole. En 2019, les conservateurs promettaient grosso modo de ne rien faire en environnement qui allait coûter quoi que ce soit à quiconque. Ce n’est plus complètement le cas, ce qui est déjà une grande avancée en soi.

Mais il reste que la plateforme du Parti conservateur continue à faire la part belle au développement du secteur du pétrole et du gaz, comme ce fut le cas dans le passé.

Est-ce si étonnant? Après tout, au dernier congrès du parti en mars dernier, une majorité de membres (54 %) s’est opposée à une motion visant à reconnaître l’existence des changements climatiques et à s’y attaquer. On part de loin.

Voici quelques éléments de la plateforme du PCC qui méritent notre attention :

  • Construire deux oléoducs : achever Trans Mountain, d’un côté, et raviver Northern Gateway, de l’autre côté. Ce dernier, long de 1170 km, donnerait au pétrole albertain un accès à l’océan Pacifique, via le port de Kitimat, dans la partie nord de la Colombie-Britannique. L’oléoduc transporterait 525 000 barils de pétrole par jour et traverserait presque 1000 rivières et plans d'eau;
  • Corriger le système d’évaluation environnementale mis en place sous les libéraux avec la loi C-69, adoptée en 2019. Cette loi avait rétabli une structure d’évaluation d’impacts des grands projets sur l’environnement, qui avait été démantelée par Stephen Harper en 2012. La proposition d’Erin O’Toole vise donc à revenir en arrière;
  • Empêcher les manifestants de bloquer les projets d’infrastructure en adoptant une loi sur la protection des infrastructures essentielles;
  • Investir dans les transports : dans cette plateforme, le mot transport est davantage associé au transport des hydrocarbures qu’au transport des gens. La section Transport en commun contient seulement deux lignes, reproduites ici : Nous allons investir immédiatement dans des projets qui vont mettre les Canadiens au travail, réduire le temps de déplacement et rendre l’environnement plus propre;
  • Miser sur une technologie embryonnaire : les conservateurs misent très gros sur le captage, l’utilisation et le stockage du carbone pour favoriser une réduction des émissions. Des technologies certes prometteuses qui devront être utilisées, mais qui ne peuvent encore être déployées à grande échelle à moyen terme et qui sont trop chères pour être rentables;
  • Plafonner la tarification du carbone à 50 $ la tonne, mais le taux pourrait augmenter si les principaux partenaires commerciaux du Canada, comme les États-Unis, l’augmentent aussi. Une mesure qui ne plaira probablement pas aux entreprises, qui préfèrent avoir un calendrier clair avec des cibles précises afin de mieux planifier leurs investissements. Cette mesure, qui dépendrait de ce qui se fait ailleurs, créerait un climat d’incertitude qui nuirait à son objectif;
  • Profiter des revenus de la taxe carbone : au lieu de renvoyer la majeure partie des revenus de la taxe carbone fédérale aux Canadiens selon leur situation financière et géographique, comme c’est le cas actuellement dans les provinces qui n’ont pas de tarification carbone, le PCC propose un système inédit : chaque fois qu’ils achèteront du carburant à base d’hydrocarbure, les citoyens contribueront à un compte d’épargne personnel dans lequel ils pourront piger pour acheter des biens qui permettent de réduire l’empreinte carbone, comme un vélo par exemple. Une idée originale, mais qui a un grand défaut : plus on consommera de pétrole, plus on sera récompensé, ce qui est contradictoire en soi.

Des propositions qui sont perçues par certains comme n’étant pas tout à fait à jour au regard de la réalité décrite par les scientifiques. C’est le cas d’Annie Chaloux, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et experte des politiques climatiques, qui s’exprimait ainsi le 8 septembre dernier au micro de l’émission Midi Info à Radio-Canada : [Ces programmes] auraient pu être pertinents il y a 15, 20, 30 ans, commente-t-elle. Chez les conservateurs, on sent que l’enjeu des changements climatiques n’est clairement pas un enjeu maîtrisé.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD)

Au fil des ans, les propositions des néo-démocrates ont inspiré plusieurs idées de la plateforme électorale libérale. Ils ont joué un rôle important pour inciter le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau à enchâsser dans une loi les cibles de réduction des émissions. La Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité (C-12) est loin d’être parfaite, mais elle rend plus imputables les élus face aux cibles qu’ils se sont fixées.

Voici quelques propositions qui méritent notre attention :

  • Réduire les émissions de GES d'au moins 50 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005. Pour y arriver, les néo-démocrates veulent imposer une limite sur la production de pétrole, alors que les libéraux proposent plutôt d’imposer un plafond sur les émissions du secteur pétrolier;
  • Passer à la production d’électricité 100 % sans émission d'ici 2040;
  • Éliminer complètement les subventions aux énergies fossiles et soumettre les grands pollueurs à une tarification carbone plus stricte;
  • Créer de nouvelles institutions climatiques : les efforts du Canada sur le climat seraient supervisés par un nouveau Bureau de la responsabilité climatique, et une nouvelle Banque canadienne du climat servirait à stimuler les investissements dans la transition énergétique. Deux organisations parmi plusieurs que le NPD prévoit créer en matière d’environnement.

Le chef du parti, Jagmeet Singh, ne confirme pas qu’il annulerait le projet du pipeline Trans Mountain, propriété du gouvernement fédéral, s’il est élu. Il s’est toutefois prononcé clairement contre le troisième lien dans la région de Québec.

Le principal défaut de la plateforme du NPD, c’est qu’elle manque de détails. Les principes définis sont nombreux, mais avec quels moyens ces idées pourront-elles se concrétiser? C’est une des raisons pour lesquelles le programme climatique néo-démocrate arrive au dernier rang du classement de l’économiste Mark Jaccard, collaborateur au GIEC.

Le Bloc québécois (BQ)

La plateforme environnementale du Bloc québécois s’est un peu enrichie depuis la dernière campagne électorale, à l’instar de celle des autres partis.

La formation d’Yves-François Blanchet propose des solutions assez originales, notamment sur le plan de la finance :

  • Obliger les banques à divulguer les risques climatiques auxquels leurs actifs sont exposés et leurs investissements dans les combustibles fossiles;
  • Soumettre l’ensemble des politiques fédérales et des contrats publics à un test climat pour mesurer l’impact climatique des grandes décisions gouvernementales;
  • Rediriger la part québécoise des sommes octroyées à l’industrie des énergies fossiles vers les énergies vertes du Québec, et maintenir le financement de la transition énergétique dans l’Ouest;
  • Instaurer un système national de péréquation pour récompenser les provinces qui agissent en matière climatique et imposer un système de pollueur-payeur aux provinces délinquantes.

Mais au-delà de ces propositions, le chef du Bloc québécois traîne avec lui un boulet en matière environnementale. Les décisions qu’il a prises en tant que ministre de l’Environnement du Québec dans le gouvernement de Pauline Marois, entre 2012 et 2014, mettent en cause la profondeur de ses convictions en matière climatique, et ce, à cause de trois dossiers.

Il a invoqué des questions législatives pour autoriser la construction de la cimenterie McInnis, un des principaux émetteurs industriels de GES au Québec, sans faire appel au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Il avait le pouvoir de le faire.

Il a aussi donné le feu vert à l’exploration de pétrole à Anticosti sans recourir au BAPE, défendant l’idée qu’il fallait creuser pour voir s’il y avait bel et bien du pétrole avant de consulter.

Puis au sujet de l’inversion de l’oléoduc 9B d’Enbrige qu’il a autorisée, Yves-François Blanchet a préféré tenir une commission parlementaire plutôt que de lancer un examen du BAPE.

Ses déclarations récentes sur le troisième lien, ce projet de tunnel autoroutier dans la région de Québec, ont renforcé cette impression d’un candidat vert pâle. S’il se dit neutre à propos de ce projet, il n’en réclame pas moins que le fédéral mette l’argent dans une enveloppe et l’envoie au Québec pour couvrir 40 % des coûts.

Le Bloc prône aussi la mise en place d’un plafond sur la production de pétrole dans l’Ouest et refuse qu’un futur pipeline passe sur le territoire québécois.

Mais on le répète : il faut cesser de prétendre que les Québécois n’ont aucune responsabilité dans la croissance de la production de cette énergie fossile. En 2020, 46 % du pétrole importé par le Québec provenait de l’Ouest canadien. C’est une tendance en pleine croissance.

Cette réalité n’empêche pas le Bloc de critiquer le soutien financier de ce qu’il appelle le dangereux pétrole de l’Ouest, tout en réclamant du même coup l’argent du fédéral pour financer la construction du troisième lien.

Le Parti vert

Le Parti vert a certainement une plateforme climatique ambitieuse et propose des actions sans équivoque pour lutter contre les changements climatiques.

Voici quelques exemples :

  • Baisser les émissions de GES de 60 % d’ici 2030. D’ici cette date, les verts proposent d’établir un calendrier clair de réduction annuelle et de rendre les cibles exécutoires dès 2023;
  • Annuler tous les nouveaux projets de pipelines et d’exploration pétrolière, y compris les forages en mer. La formation interdirait aussi la fracturation hydraulique et éliminerait complètement la production de pétrole d’ici 2030 à 2035;
  • Agir sur la question de la justice environnementale, afin d’examiner les liens entre l’origine ethnique, la situation socio-économique et l’exposition aux aléas environnementaux.

Une plateforme ambitieuse, certes, mais il aura fallu attendre la veille du premier débat, au 24e jour de la campagne, pour la voir. Elle a été publiée par communiqué, sans point de presse de la cheffe et sans séance de breffage technique. Une stratégie électorale un peu singulière.

La plateforme des verts est probablement celle qui se rapproche le plus de ce que prescrivent les scientifiques pour éviter un grand dérèglement climatique. Mais elle omet de décrire avec quels moyens financiers on pourra mettre en œuvre une transition énergétique aussi tranchée sans trop perturber la vie des travailleurs provenant des secteurs touchés.

Une plante survit dans un sol asséché.

Les changements climatiques entraînent des phénomènes extrêmes comme la sécheresse ou d'intenses inondations.

Photo : Getty Images / MADS CLAUS RASMUSSEN

Agir pour minimiser les effets

La crise climatique qui nous est décrite par les scientifiques pose un défi gigantesque pour les leaders politiques. Mais les effets, on le voit, bouleversent déjà notre monde.

Il est démontré depuis longtemps que le coût de ne pas en faire assez dépassera largement le coût d’agir maintenant pour minimiser les effets du bouleversement.

Les sondages mettent en lumière une contradiction à cet égard. En effet, malgré le fait que les électeurs canadiens disent que l’environnement est une priorité, c'est le parti qui a la plateforme la moins riche sur cet enjeu qui pourrait prendre le pouvoir.

Dans un monde idéal, au regard de la gravité de la situation, l’enjeu climatique s'élèverait au-dessus des considérations partisanes.

Car les solutions appellent à des actions complexes qui modifieront nécessairement notre mode de vie.

Il faudra hausser considérablement le prix du carbone, freiner l'expansion des énergies fossiles, aider les travailleurs qui seront frappés par la transition, offrir aux citoyens et aux entreprises des moyens de transport en commun confortables et fiables, revoir l'aménagement des villes, investir dans les infrastructures vertes, changer les pratiques agricoles, transformer les bâtiments, et la liste s'allonge.

Lundi 6 septembre, 200 revues de recherche biomédicale, dont The Lancet, le New England Journal of Medecine ou le Journal of American Medical Association, ont mis de côté leurs rivalités pour publier un message commun destiné aux responsables politiques.

Les experts en santé publique concluent : La plus grande menace pour la santé publique mondiale est l’incapacité persistante des dirigeants à maintenir l’augmentation de la température mondiale en dessous de 1,5 degré Celsius et à remettre la nature en état, écrivent les signataires de l'éditorial.

Bref, c'est un véritable plan Marshall du climat qui est nécessaire.

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