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Livres détruits : jusqu’où aller au nom de la réconciliation?

Montage photo de Jocelyn Sioui, Julius Grey, Julie Béchard et Denis Chartrand.

Jocelyn Sioui, Julius Grey, Julie Béchard et Denis Chartrand

Photo : Radio-Canada / Photos : Éditions Hannenorak, Marie-Julie Garneau / Cécile Gladel / Julie Béchard

Malaise, attaque contre la liberté d’expression, effort de réconciliation avec les Premières Nations nécessaire : le retrait de près de 5000 livres jugés néfastes aux Autochtones, dans les écoles du Conseil scolaire catholique Providence, dans la région du Sud-Ouest de l'Ontario, il y a deux ans, suscite des réactions partagées.

Parmi les titres ciblés, une trentaine d’ouvrages bannis ont été brûlés lors d’une cérémonie de purification par la flamme; d’autres ont été jetés, accusés de propager des stéréotypes.

Cette décision suscite un profond malaise chez l’auteur et homme de théâtre wendat Jocelyn Sioui, pour qui la manière dont s’écrit l’histoire est justement au cœur de son livre et de sa pièce Mononk Jules.

Je suis allé faire un survol de mes amis autochtones et artistes, et la réaction était semblable partout : ça nous dépasse, soutient-il.

Certains ouvrages ciblés - des albums de Tintin, d'Astérix et de Lucky Luke, entre autres - ont été retirés puisqu’ils comportent un langage jugé non acceptable, des informations erronées, une présentation négative des peuples autochtones et une représentation fautive des Autochtones dans les dessins.

Jocelyn Sioui admet que certains aspects de ces livres sont maladroits et doivent être remis en question, mais les brûler n’est pas la solution, à son avis.

Brûler des livres, ce que ça soulève, c’est d’autres indignations. [Ça] crée un autre impact dans la société [contre lequel] la majorité des Autochtones essaient de lutter, c’est-à-dire de pas aller dans la violence, mais d'aller dans la compréhension collective, de s’expliquer les choses pour enfin faire la paix.

Une citation de :Jocelyn Sioui, auteur et dramaturge wendat

Sur Twitter, la professeure atikamekw et anichinabée de l’Université d’Ottawa Cyndy Wylde invite quant à elle le public à méditer sur le fond de l'histoire au lieu de crier à la censure, puisqu’elle doute que brûler un livre soit bien vu dans nos cultures.

Pour Mme Wylde, il en va d’un choix de société que nous avons à faire. On continue à mentir et propager des stéréotypes ou on refait l’histoire? soulève-t-elle en conclusion de son enfilade de gazouillis publiés mardi.

Des réactions mitigées au sein des conseils scolaires

Basé à Ottawa, l’organisme Parents partenaires en éducation a pour mandat d’agir comme porte-parole des parents dont les enfants fréquentent une école de langue française en Ontario. Sa directrice générale, Julie Béchard, reconnaît que le geste puisse être controversé, bien que son intention soit louable.

Nous avons cette responsabilité individuelle et collective de rendre nos espaces scolaires plus inclusifs au niveau des peuples autochtones, fait valoir Mme Béchard.

Selon elle, la solution réside dans la sensibilisation des jeunes à la réalité des premiers peuples du pays.

Si cette documentation [qui aborde divers stéréotypes] circule librement et que les enfants ont la chance de la lire sans être conscientisés du contexte et de l’impact, là, ça peut propager davantage ces stéréotypes, qui sont très défavorisants.

Une citation de :Julie Béchard, directrice générale de l’organisme Parents partenaires en éducation

Une perte de la liberté d'expression, selon Julius Grey

De son côté, l’avocat spécialisé en droits de la personne Julius Grey croit plutôt l’inverse. Il soutient que le rejet de certaines œuvres constitue une perte de la liberté d'expression.

Les enfants qui lisent des livres où existent des stéréotypes ou des versions injustes de l'histoire autochtone [...] vont vite s'apercevoir que ce n'est pas juste, surtout s'ils sont exposés à d'autres points de vue, juge l’avocat. L’élimination de ces sources veut dire qu'ils ne pourront jamais comprendre le passé, les attitudes, la littérature, l'histoire.

Détruire les œuvres du passé, les effacer des tablettes, est néfaste. Cela dit aux enfants, aux étudiants : "Nous allons vous dire comment penser."

Une citation de :Julius Grey, avocat spécialisé en droits de la personne

Le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l'Ontario (ACEPO), Denis Chartrand, croit lui aussi que ces ouvrages peuvent servir d’exemples à ne pas suivre, pour que nos jeunes comprennent ce qui était, ce qui est aujourd'hui et où on veut aller, dit-il.

Je ne suis pas pour la censure. Je suis, au contraire, pour un débat ouvert sur tout sujet qui pourrait amener notre société à grandir et à être plus ouverte, pluraliste, au 21e siècle, indique M. Chartrand. Je pense que si on essaie d'éliminer certaines parties de notre histoire, cela ne nous aide pas.

M. Chartrand souligne que les quatre conseils scolaires de l'ACEPO - dont le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) - se sont engagés, en août dernier, à contribuer activement à la réconciliation avec les peuples autochtones, notamment en portant une attention toute particulière à l'enseignement autochtone et en combattant les stéréotypes.

Avec les informations de Claudine Richard et Patricia Sauzède

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