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« Un chapitre important » : le procès des attentats du 13 novembre débute à Paris

1800 parties civiles, 20 coaccusés, neuf mois d’audiences : le procès qui s’ouvre est l’un des plus importants de l’histoire moderne de la France. Rencontre avec des survivants et proches de victimes.

Une salle rénovée dans un ancien bâtiment.

Une salle d'audience a été créée au centre de Paris pour accueillir le procès des attentats du 13 novembre 2015.

Photo : Reuters / SARAH MEYSSONNIER

« Quand on est dans un pays où c’est possible, il faut le faire. C’est indispensable. » De l'avis de Grégory Reibenberg, propriétaire de La Belle Équipe, l’un des restaurants ciblés par les terroristes le 13 novembre 2015, l’importance du procès qui s’ouvre dans la capitale française ne fait aucun doute.

Ce soir-là, il a perdu des collègues, des amis et la mère de sa fille.

Près de six ans après le drame, le restaurateur ne ressentait pas nécessairement le besoin de prendre la parole. Mais il fera finalement partie des centaines de témoins qui s'exprimeront au cours des prochains mois.

Il n’y a pas que moi. Il y a vingt personnes qui sont mortes dans mon établissement. C'est important d'y participer. C’est aussi parce que je suis soutien indéfectible de ma fille. Sa maman a été assassinée, explique Grégory Reibenberg.

Portrait de Grégory Reibenberg.

Grégory Reibenberg, propriétaire de La Belle Équipe, témoignera dans le cadre du procès.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Ce que j'attends, c'est que ça n'affecte pas trop ma fille, que justice soit rendue. Encore une fois, que ça nous permette collectivement d'être utiles et que ça se passe dans la plus grande sérénité.

Une citation de :Grégory Reibenberg, propriétaire de La Belle Équipe

Une préparation de plusieurs mois

Chose certaine, ce procès, au cours duquel comparaîtront des centaines de survivants et de proches de victimes, mais aussi l’ancien président François Hollande ainsi que le seul survivant parmi les assaillants du 13 novembre, n’a rien d’un événement commun.

C’est pourquoi, au cours des derniers mois, des associations ont multiplié les efforts pour préparer et accompagner les survivants et les proches de victimes.

Portrait de Philippe Duperron.

Philippe Duperron, dans les locaux de l'association 13onze15 qui vient en aide aux victimes, a lui-même perdu son fils dans les attentats.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Les phases de la procédure, le langage technique, mais aussi la portée du procès et le fait qu’il n’apportera pas toutes les réponses : voilà autant d’explications qu’a fournies à ses membres l’association 13onze15, que dirige Philippe Duperron.

Il faut qu'une préparation à la fois psychologique et technique soit organisée pour que les meilleures réponses soient apportées et que nos adhérents soient bien le plus solidement armés pour confronter cette épreuve, explique-t-il.

Philippe Duperron, dont le fils Thomas est mort au Bataclan, devra lui-même se préparer à prononcer une allocution très personnelle. Une manière de s’exprimer au nom de ceux qui ne sont plus là pour porter leur témoignage.

Des hommages devant le Bataclan en novembre 2020.

Le procès du siècle en France

Photo : Reuters / BENOIT TESSIER

Le procès des attentats du 13 novembre en chiffres :

  • 1800 parties civiles

  • 300 avocats

  • 20 coaccusés

  • Près d’un million de pages de dossier

Un impact ambigu

À l’approche du procès, les participants au procès ont aussi été invités à visiter la salle d’audience créée sur mesure pour l’événement, au cœur du vieux palais de justice de Paris.

La salle est intimidante, l’idée de me retrouver avec toute cette audience me fait peur, reconnaît Sophie Reungeot, qui s’est rendue dans les installations en juillet.

Cette survivante du Bataclan, qui a consacré un livre aux événements, n’entend pas témoigner au cours des audiences.

Si elle reconnaît l’importance du procès, Sophie Reungeot ajoute que les prochains mois feront également revivre à de nombreuses victimes de douloureux souvenirs qu’ils aimeraient oublier.

C'est quand même très important d'avoir un procès, parce que c'est quelque chose qui doit être officialisé. On a été assez seul face à cet événement. Donc là, il y a cette chose-là. Mais oui, en contrepartie, c'est une résurgence des images et d'une époque qu'on aimerait enterrer. C'est deux choses qu'il va falloir gérer.

Une citation de :Sophie Reungeot, survivante de l’attentat au Bataclan
Portrait de Sophie Reungeot.

Sophie Reungeot a survécu à l'attentat du Bataclan. Elle n'entend pas témoigner dans le cadre du procès.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Sophie Reungeot n’est pas la seule à appréhender les prochains mois.

Pour moi, ça représente une dimension symbolique et une fin, dit Fred Dewilde, qui était lui aussi au Bataclan le 13 novembre. Mais il ajoute ressentir ça de manière assez ambiguë. Parce que pour moi, cette fin en soi est à double tranchant.

L’illustrateur, qui est revenu sur son expérience dans plusieurs livres, craint qu’une fois l’étape du procès franchie, il soit plus difficile pour les victimes de se faire entendre.

Or il explique que les besoins ne disparaîtront pas une fois le verdict connu. Fred Dewilde, atteint de stress post-traumatique depuis les événements, raconte avoir perdu son emploi après les attentats et reçu tardivement l’aide de l’État français.

Comme quoi, pour de nombreuses victimes, ce procès, bien qu’important, ne permettra pas nécessairement de tourner la page.

Le livre ne se refermera jamais, mais ce chapitre important dans notre parcours de reconstruction, [...] il se refermera, déclare de son côté Philippe Duperron, le père de Thomas.

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