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Arrestation musclée : la police d’Ottawa se penche sur le comportement de trois policiers

Capture d'écran d'une vidéo de caméra de surveillance montrant trois policiers tentant de maîtriser un homme.

Le deuxième policier a donné 15 coups de poing et 4 coups de genou en un peu plus de 20 secondes.

Photo : Capture d'écran

Radio-Canada

Une vidéo d’une arrestation musclée impliquant un homme et trois agents du Service de police d’Ottawa (SPO) obtenue par CBC a incité le corps policier à évaluer les moyens utilisés par les agents pour arrêter l’homme de 39 ans.

La courte vidéo, datant du 25 mai, montre d’abord l’homme être jeté au sol par un policier dans un couloir du 14e étage de l’immeuble d’habitation Riverview Place, situé près de l’Université d’Ottawa. Rapidement, deux autres agents se précipitent.

Le deuxième policier a donné 15 coups de poing et 4 coups de genou en un peu plus de 20 secondes.

Ladite vidéo, qui ne permet pas de savoir ce qui s’est déroulé dans les minutes précédentes, a été envoyée à CBC par une source confidentielle qui s’inquiétait du fait que la police ait utilisé une force excessive.

CBC n’a pas été en mesure d’interviewer l’homme arrêté, mais il a été identifié comme étant Ty Truong, qui se trouve présentement derrière les barreaux. Il fait face à huit chefs d’accusation, dont possession de crack, agression sur un agent de la paix, conduite dangereuse avec un véhicule à moteur et manquement aux conditions de la probation.

Par courriel, le SPO mentionne que cette arrestation était l’aboutissement d’un travail entamé trois jours plus tôt. Le 22 mai, Ty Truong aurait agressé un agent et conduit de manière dangereuse lorsque les policiers tentaient de l’arrêter.

La police ajoute que, dans les instants qui ont précédé la vidéo du 25 mai, le suspect a couru vers l’officier et a résisté à son arrestation.

Le rapport d’arrestation allègue que le suspect a été vu tenant un objet et a refusé d’obtempérer aux demandes des officiers de tendre ses mains afin d’être menotté.

Le couloir du 14e étage.

La scène s'est déroulée au 14e étage de l'immeuble d'habitation Riverview Place, situé sur l'avenue Lees, près de l'Université d'Ottawa.

Photo : CBC/Judy Trinh

La règle du un plus un

Invité par CBC à visionner la vidéo des caméras de surveillance et à l’analyser, un criminologue de l’Université de Winnipeg, Kevin Walby, a rappelé que la police est censée suivre la règle du un plus un, ce qui signifie qu’elle peut utiliser un niveau de force supérieur à celui auquel elle est confrontée.

M. Walby a remarqué que l’homme, en l'occurrence Ty Truong, ne semble pas bouger lorsque les deux policiers arrivent. Il n’y a pas de torsion, pas d’agitation des jambes, on ne voit pas ses bras bouger. Pour moi, c’est un niveau de résistance nulle.

Il n’est donc pas logique d’utiliser les genoux, les coudes et les poings à la rate et ainsi de suite.

Une citation de :Kevin Walby, criminologue, Université de Winnipeg

Le comportement du second policier, celui qui assène une pluie de coups, est excessif et brutal, selon le criminologue qui se dit préoccupé par sa réaction.

Kevin Walby devant l'édifice des archives municipales de Winnipeg.

Kevin Walby est particulièrement alarmé par le comportement du deuxième policier dans la vidéo (archives).

Photo : Radio-Canada / CBC / Aidan Geary

L’avis d’un ancien policier

Un ancien chef adjoint de la police d’Ottawa, Larry Hill, a précisé que les policiers sont formés pour utiliser les coups de poing et les coups de genou dans le but de causer une douleur temporaire et ainsi pouvoir passer les menottes à la personne visée.

Larry Hill, qui a pris sa retraite en 2007, a d’abord pensé que le comportement du deuxième agent était un brin excessif. En premier lieu, il s’est demandé s’il n’avait pas été possible de tenir ses membres tout en lui donnant des ordres calmes, mais fermes.

Larry Hill, assis dans sa cour arrière, en train de regarder une vidéo sur un iPhone.

Larry Hill a regardé la vidéo plusieurs fois, changeant même son avis en cours de route.

Photo : CBC

Par contre, après avoir analysé la vidéo à plusieurs reprises, Larry Hill a changé d'avis. Il croit que l’usage de la force était peut-être approprié étant donné que les agents semblent avoir de la difficulté à passer les menottes à Ty Truong.

D’après la façon dont l’agent se débattait avec le suspect, il me semble qu’il essayait d’écarter le bras du suspect afin de pouvoir le menotter et l’arrêter.

Une citation de :Larry Hill, ancien chef adjoint de la police d’Ottawa

Cela dit, M. Hill estime que la police d’Ottawa se devait de revoir l’incident puisque ces arrestations ont toujours l’air mauvaises.

La plupart des gens n'ont pas été exposés à ce genre de choses. Aux yeux d'un membre de la communauté, ils pensent probablement que c'était un [usage de la force] excessif.

Aucun témoin oculaire

Lors de cette altercation du 25 mai, certains résidents de l’étage ont entendu tout le brouhaha causé par l’altercation, mais aucun des quatre résidents rencontrés par CBC n’a vu la scène.

Beverly Hobbes habite à quelques portes de la scène. Elle se souvient d’avoir ouvert sa porte. Devant celle-ci se trouvait un policier debout. Ce dernier a alors dit à la retraitée : Tout va bien, retournez dans votre appartement, se souvient-elle.

Lorsque les agents ont quitté les lieux, Beverly Hobbes est sortie dans le couloir et dans un ascenseur où elle a vu des traces de sang au sol. C’était comme si quelqu’un avait saigné du nez.

Portrait de Beverly Hobbes dans la couloir du 14e étage.

Le jour de l'arrestation, Beverly Hobbes se trouvait dans son appartement. Elle a entendu l'action, mais n'a rien vu de ses propres yeux.

Photo : CBC/Judy Trinh

Après l’arrestation, la police d’Ottawa a soulevé que les agents ont traité une coupure sur l’un des poignets de l’homme arrêté, que celle-ci avait été causée par les menottes, et qu’il aurait refusé toute autre attention médicale.

Étant donné qu’il n’y a aucun témoin oculaire qui peut témoigner, la police doit limiter son évaluation aux vidéos provenant des deux caméras de surveillance dans le couloir ainsi que celle se trouvant dans l’ascenseur. Le SPO va également interroger Ty Truong afin d’avoir sa version des faits.

Avec les informations de Judy Trinh

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