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Armes de poing : des maires du Québec exhortent les chefs à faire preuve de courage

Valérie Plante s'adresse aux journalistes.

Les maires de Québec, Gatineau, Longueuil et Laval ont répondu à l'invitation de leur collègue de Montréal, Valérie Plante, pour réclamer des mesures claires et courageuses du prochain gouvernement fédéral en matière de lutte contre le trafic d'armes de poing.

Photo : Radio-Canada

Les maires de Montréal, Québec, Laval, Longueuil et Gatineau ont uni leurs voix, mardi, pour exhorter les chefs des partis fédéraux en campagne électorale à s’engager fermement à bannir les armes d’assaut et de poing par le biais d’une politique nationale. Une tâche qui, d'après eux, ne doit pas incomber aux administrations municipales, comme le prévoit le projet de loi C-21.

Lors d’un point de presse commun convoqué par la mairesse de Montréal, Valérie Plante, les dirigeants des cinq plus grandes villes du Québec ont déploré la tiédeur des leaders fédéraux pour instaurer un contrôle efficace des armes d’assaut et de poing, à l’heure où les fusillades se multiplient.

On demande aux chefs fédéraux de s’engager clairement et fermement à contrôler les armes à feu, les armes d’assaut et les armes de poing, parce qu’il ne faut pas que le débat demeure seulement sur les armes d’assaut. Les armes de poing, c’est ça qui est dans nos rues actuellement, a déclaré Valérie Plante.

Ce qu’on veut, c’est un plan clair, pas d’échappatoire. Quel est le plan de match? Comment on contrôle les frontières? Comment on donne des ressources supplémentaires? Mais surtout, comment est-ce qu’on prend son courage à deux mains et on en fait une priorité?

Une citation de :Valérie Plante, mairesse de Montréal

Accusant les chefs de louvoyer sur la question du bannissement de ces armes et même d'avoir voulu réviser l’interdiction de certains types d’armes dans le cas du chef conservateur, Erin O’Toole, les maires ont souligné que les armes de poing et d’assaut n’ont aucune utilité dans les mains des citoyens.

Je ne crois pas qu’une arme de poing serve à chasser l’orignal ou qu’une arme d’assaut serve à chasser la perdrix… Il ne resterait plus de perdrix de toute façon, a ajouté le maire de Québec, Régis Labeaume. Il n’y a aucune raison d’accepter la possession de ces armes, à part pour les forces de l’ordre ou le tir sportif ou olympique.

Or, depuis des mois, les armes de poing et, parallèlement, les fusillades se succèdent à une cadence alarmante dans les rues des grandes villes.

Depuis le début de l’année, il y a 34 armes à feu qui ont été saisies à Laval, on a eu 30 événements de coups de feu, deux meurtres, neuf tentatives de meurtre et beaucoup d’autres crimes sont commis avec l’aide des armes à feu : séquestrations, agressions sexuelles, enlèvements..., a énuméré le maire de Laval, Marc Demers.

Après sept mois, cette année, le Service de police de la Ville de Québec a saisi plus d’armes qu’annuellement dans les dernières années, a noté Régis Labeaume.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, s'adresse aux journalistes.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a expliqué que les policiers de sa ville ont saisi au cours des sept derniers mois plus d'armes qu'ils n'en saisissent en une année.

Photo : Radio-Canada

À Gatineau ça varie entre une et sept fusillades par année, tandis que, de l’autre côté de la rivière [des Outaouais], c’est une à deux par semaine. Ils sont rendus à 55 cette année à Ottawa…, s’est inquiété le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Pour la mairesse de Montréal, l’élection fédérale du 20 septembre prochain sera un point déterminant au Canada en matière de sécurité des citoyens.

Soit on se dirige vers une société à l’américaine où l’utilisation des armes à feu devient banale et les drames, quotidiens, ou bien le fédéral prend ses responsabilités, il fait preuve de courage en s’attaquant de façon sérieuse, cohérente, globale au trafic d’armes pour s’assurer que tout le monde au pays est en sécurité, a-t-elle averti.

Pour y parvenir, il est clair pour les cinq maires qu’une stratégie nationale tablant sur le concours des provinces et des villes s’impose pour endiguer le trafic et la possession des armes d’assaut et de poing.

Dans la cour des municipalités

Selon les termes du projet de loi C-21 présenté par le gouvernement Trudeau en février dernier, la restriction des armes de poing reviendrait en partie aux municipalités qui pourraient, selon leur volonté et les moyens dont elles disposent, en interdire l'entreposage à domicile ou à l'intérieur des limites municipales.

Pour la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, une telle approche est ingérable et dangereuse. Il est impensable de réglementer les armes de poing d’une certaine façon dans une municipalité et d’une autre façon dans une municipalité voisine, a-t-elle souligné en évoquant l’apparition de zones non sécuritaires dans la mosaïque de règlements municipaux qui s’ensuivraient.

Plutôt que de transférer aux municipalités le rôle de réglementer, le gouvernement fédéral doit prendre ses responsabilités en s’assurant notamment de l’étanchéité des frontières et en implantant des règles uniformes sur l’ensemble du territoire.

Une citation de :Sylvie Parent, mairesse de Longueuil

Il est utopique de penser que la sécurité des citoyens puisse être assurée si on laisse à chacune des municipalités la lourde tâche d’appliquer la loi avec les moyens du bord, a poursuivi la mairesse Parent.

Comme une grande partie des armes qui se retrouvent dans les rues au Canada proviennent des États-Unis et sont ensuite distribuées dans tout le pays à travers les frontières provinciales, les maires ne voient pas comment ils pourraient empêcher la prolifération des armes de poing par le biais de règlements municipaux sans une intervention concertée des provinces et du fédéral, qui détient notamment le contrôle des frontières.

On a beau tout faire au niveau municipal […], à un moment donné, si, à chaque fois que les policiers retirent une arme, il y en a 10 qui rentrent… c’est comme un coup d’épée dans l’eau. On n’en viendra pas à bout. Et c’est pour ça que le fédéral doit prendre ses responsabilités.

Une citation de :Valérie Plante, mairesse de Montréal

Justin Trudeau prêt à travailler avec les provinces

Questionné par les journalistes sur la façon dont il compte s’attaquer à ce problème de sécurité, le premier ministre sortant, Justin Trudeau, a rappelé que son gouvernement a pris des mesures importantes pour assurer un meilleur contrôle des armes, y compris l’interdiction des armes d’assaut de style militaire.

En ce qui a trait aux armes de poing, M. Trudeau s’est dit ouvert à l’idée de travailler avec les provinces qui le désirent pour que les armes de poing soient interdites à l'intérieur de leurs frontières.

Nous avons clairement entendu l’Assemblée nationale [du Québec] et d’autres personnes [réclamer] qu’elles soient interdites dans toute la province. Nous avons donc proposé 1 milliard de dollars pour commencer, et s’il faut plus, nous fournirons plus aux provinces, comme le Québec, qui veulent interdire complètement les armes de poing sur leur territoire, a promis Justin Trudeau.

Pour le chef conservateur, Erin OToole, la solution ne réside pas tant dans l’interdiction des armes de poing que dans le travail qui n’a pas été fait pour enrayer la contrebande d’armes aux frontières et pour lutter contre les gangs de rue.

Je vais travailler en étroite collaboration avec les maires, toutes les municipalités, les provinces, contre les gangs de rue et la contrebande. Ça, c'est le problème à Montréal, à Vancouver, à Surrey...

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada

De son côté, le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a dit comprendre la situation des municipalités parce qu’on a un grand problème de violence causée par les armes à feu.

Et ça frappe fort dans les grandes municipalités, a-t-il convenu.

On est pour un rachat obligatoire des armes d'assaut, parce qu’on veut protéger la population.

Une citation de :Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique du Canada

On veut aussi investir plus de ressources dans nos services qui travaillent à la frontière, parce qu’on veut arrêter le transport illégal des armes, a-t-il dit. [...] Donc, plus de ressources, plus de travailleurs et travailleuses pour nous aider dans cette lutte.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a dit croire que le gouvernement fédéral doit transférer aux provinces le pouvoir d’interdire ces armes.

L'Assemblée nationale du Québec avait demandé en février par un vote unanime que, si le fédéral n’était pas pour le faire comme il faut, [...] il fallait transférer les pouvoirs – et moi, j'ajouterais assurément les outils, les moyens financiers – pour que l'État québécois et les provinces, si telle est leur volonté, puissent assumer cette responsabilité-là.

Confions cette tâche à ceux qui veulent et peuvent mieux la réaliser, a plaidé M. Blanchet.

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