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Armes d’assaut : les volte-face conservatrices suscitent confusion et inquiétudes

Portrait d'Erin O'Toole.

Erin O'Toole pendant son point de presse lundi dans un studio de l'hôtel Westin, à Ottawa

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Le chef qui contredit sa plateforme et ses positions passées, puis un candidat qui contredit le chef. Le flou entourant la position conservatrice sur l'interdiction des armes d'assaut continue de créer la confusion, bien qu'Erin O'Toole ait tenté de clarifier son plan depuis dimanche et qu'une note ait été ajoutée sur le site du Parti conservateur.

Le leader conservateur a eu beau répéter sa position à plusieurs reprises lundi, pendant un point de presse dans son studio de l'hôtel Westin, à Ottawa, il semble que l'incompréhension persiste quant au plan du Parti conservateur concernant l'interdiction des armes d'assaut.

Nous allons garder toutes les restrictions qui sont en place pendant que nous allons mener une révision publique et transparente du processus de classification des armes, afin d’en évacuer la politique, a indiqué Erin O'Toole lundi, comme il l'avait fait la veille.

En point de presse à Vancouver dimanche, il a en effet assuré que les restrictions actuelles d'un certain nombre d'autres armes à feu resteront en place le temps de revoir le processus de classification des armes au pays.

Cette déclaration est toutefois en contradiction avec ce qui se trouve dans la plateforme électorale du Parti conservateur du Canada, qui stipule que la première chose qu'un gouvernement conservateur ferait en matière de lutte contre la criminalité, ce serait d'abolir le projet de loi C-71 et le décret libéral interdisant l'achat, la vente, l'importation et l'utilisation de 1500 armes d'assaut de style militaire, c'est-à-dire semi-automatiques.

Une note a depuis été ajoutée au bas de la page 96 de la version disponible en ligne de la plateforme conservatrice : Toutes les armes à feu actuellement interdites le resteront.

Le député sortant et candidat conservateur dans Kootenay–Columbia, Rob Morrison, avait insisté dimanche soir, peu de temps après la volte-face de son chef, sur le fait que la position de son parti n'avait pas changé. Nous allons abolir C-71 et le décret libéral sur l’interdiction des armes d’assaut de style militaire. Nous soutenons les agriculteurs qui respectent la loi, les chasseurs et les tireurs sportifs et nous nous attaquerons aux gangs de rue et au crime organisé, a-t-il écrit sur Facebook.

Je suis le chef, a simplement déclaré Erin O'Toole, invité à réagir à cette sortie du candidat Morrison, avant de rappeler une énième fois les grandes lignes de son plan.

M. O'Toole n'a cependant pas fermé la porte à ce que les 1500 modèles d'armes à feu semi-automatiques interdits par les libéraux soient de nouveau autorisés à l'issue de la révision du processus de classification qu'il promet au Canada.

Un flou dénoncé par les autres chefs

Pendant la course au leadership du Parti conservateur en 2020, Erin O'Toole avait indiqué être en faveur de l'abolition non seulement de C-71, mais aussi de quatre autres projets de loi concernant les armes à feu : C-42 (adopté en 2015), C-68 (adopté en 1995), C-17 (adopté en 1991) et C-51 (adopté en 1977).

Rappelons que ce dernier projet de loi, C-51, est celui qui a prohibé les armes automatiques pour la première fois au pays, il y a maintenant plus de 40 ans, et c'est ce projet de loi que M. O'Toole avait d'abord indiqué vouloir maintenir lors du Face-à-face organisé par le réseau TVA, jeudi dernier.

Il avait alors été accusé par ses adversaires, Justin Trudeau le premier, de jouer sur des questions de sémantique, parlant d'armes d'assaut (qui sont automatiques) tandis qu'il était questionné sur les armes d'assaut de style militaire (qui sont semi-automatiques), pour éviter de dévoiler sa volonté d'abolir les dernières interdictions entrées en vigueur.

Le chef libéral a d'ailleurs réitéré son attaque lundi. Au lieu d'être franc avec les Canadiens, Erin O'Toole utilise un langage codé pour essayer de faire paraître raisonnable sa position sur les armes d'assaut de style militaire, a-t-il lancé dans son discours, avant même qu'une question lui soit posée sur le sujet.

M. O’Toole a fait la promesse au lobby des armes à feu, pour se faire élire, de renverser ce qu’on a fait pour bannir les armes d’assaut. Et là, il s’est fait prendre jeudi passé. Et il doit renverser des décisions qu’il avait prises, il vient de changer sa plateforme. Ce n’est pas ça, du leadership; ce n’est pas ça, de l’intégrité, a-t-il ajouté.

On entre dans des considérations techniques de nature à mélanger tout le monde, a de nouveau réagi Yves-François Blanchet lundi.

Ce qu’on demande aux chefs de partis dans une campagne électorale, ce n’est pas les définitions techniques; c’est la sincérité de l’engagement, c’est la crédibilité de l’engagement.

Une citation de :Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

S’il vous plaît, prenez la position qui assure la sécurité des gens : c’est une interdiction des armes d’assaut. Les experts vont peaufiner au besoin la définition, a-t-il indiqué à l'attention des conservateurs, comme des libéraux.

Le chef néo-démocrate a quant à lui salué la plus récente volte-face de son adversaire conservateur, qualifiant la position d'Erin O'Toole sur le maintien des interdictions le temps de revoir la classification de bonne décision.

Jagmeet Singh aimerait cependant vouloir une réglementation accrue, et non le contraire. On veut protéger la population. On sait qu’on vit toujours dans la douleur et les blessures causées par les massacres où ce genre d’armes d’assaut a été utilisé, a-t-il affirmé, accusant les libéraux au passage de ne pas avoir mis en place un programme de rachat, comme promis.

Des organismes se disent inquiets

Les volte-face d'Erin O'Toole n'ont rien pour rassurer les groupes de pression qui militent pour un meilleur encadrement des armes à feu, tout comme sa position initiale d'ailleurs.

En entrevue lundi à ICI RDI, Nathalie Provost, survivante du massacre de Polytechnique et porte-parole de PolySeSouvient, a été sans équivoque. On ne le croit pas, a-t-elle dit concernant la volonté de M. O'Toole de maintenir les interdictions actuelles.

Nous, on croit qu’il se cache derrière son fameux exercice de révision de la classification. Quand il parle de la classification simplifiée, c’est une classification qui rendrait non restreintes beaucoup d’armes qui sont aujourd’hui restreintes, et pour nous, ce serait une catastrophe.

Une citation de :Nathalie Provost, survivante du massacre de Polytechnique et porte-parole de PolySeSouvient

Pour Mme Provost, les volte-face n'ont que peu d'effet sur sa perception du chef, dont elle estime les positions claires. Monsieur O’Toole a trop souvent publiquement annoncé son appui aux groupes proarmes pour qu’on croie que l’intention derrière ses positions, c’est d’ouvrir vraiment le débat et d’écouter toutes les parties de la société civile qui sont pour un meilleur contrôle des armes à feu.

Publiquement, on peut lire que monsieur O’Toole appuie l’idée que les Canadiens se protègent eux-mêmes en acquérant des armes. Cette pensée-là, c’est une pensée très, très, très dangereuse pour la sécurité publique. [...] La prolifération des armes entre les mains des citoyens ne réduit pas les risques de morts par armes à feu, au contraire, elle les augmente, a ajouté Mme Provost.

Une position que partage Médecins pour un meilleur contrôle des armes à feu, un organisme qui représente des médecins, mais aussi des scientifiques, des survivants de violences causées par des armes à feu et des chercheurs. L'organisme affirme que ses membres sont davantage alarmés par la déclaration de dimanche faite par M. O'Toole.

Ils craignent aussi de ne pas être consultés pendant le processus de révision proposé par M. O'Toole. Dans sa plateforme, il s’engage de façon spécifique à consulter les fabricants et les propriétaires d’armes. Aucune mention n’est faite quant aux survivants, médecins, femmes, chercheurs anti-haine, scientifiques ou universitaires, écrit l'organisme dans un communiqué.

Invité lundi à dire si les groupes de victimes, notamment, feraient partie du fameux processus de révision, le chef conservateur est d'ailleurs demeuré évasif. On va avoir un processus public et transparent avec tous les groupes intéressés dans le processus, a-t-il dit.

Le 18 août dernier, trois jours après le déclenchement des élections, la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu a passé en revue, sur son site web, le plan conservateur pour lutter contre la criminalité. Comme promis depuis la course à la direction, M. O'Toole a pris l'engagement d'abroger C-71 dans son intégralité, peut-on lire. C'est un geste fort.

Lundi, la Coalition a réagi sur son compte Facebook, se disant d'accord avec la position d'Erin O'Toole quant à une consultation publique et transparente sur le processus de classification, sans toutefois mentionner le revirement sur le maintien des interdictions. À notre avis, M. O'Toole réagit à la tentative de Justin Trudeau de faire une élection inutile pendant une pandémie sur le contrôle des armes à feu, peut-on lire.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

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