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Réfugiés afghans : la nouvelle vie et les défis, après la quarantaine

Deux hommes aux visages floutés sont assis dans un avion.

Mohammad (à droite) et son fils (à gauche) à bord de l'avion qui les a transportés, avec le reste de leur famille, vers la Turquie. Un autre avion les a ensuite amenés au Canada.

Photo : Soumis par Mohammad

Alors que plusieurs centaines de réfugiés poursuivent leur quarantaine dans des hôtels de la région de Toronto, certains ont déjà atteint leur destination finale dans la province et au pays, et commencent le long processus de démarrage de leur nouvelle vie.

Mohammad est arrivé le 11 août à Toronto avec sa femme et ses deux fils de 18 et 21 ans, après un long voyage depuis Kaboul en passant par la Turquie. À leur arrivée, ils ont été dirigés vers un hôtel de la région de Toronto pour effectuer leur quarantaine.

Au début, c’était dur pour nous. Mais petit à petit, jour après jour, nous nous sommes adaptés à ce nouveau gouvernement et à ce beau pays.

Une citation de :Mohammad, réfugié afghan

C'était très occupé, raconte-t-il, on avait des rendez-vous sur Zoom pour nous expliquer comment se passera notre installation, les formulaires administratifs à remplir, nos numéros d'assurance sociale, comment nous déplacer, etc.

Un jeune homme avec un masque et au visage flouté se prend en photo devant un avion.

Le fils de Mohammad se prend en photo devant l'avion qui les a évacués, lui et sa famille, de la capitale afghane.

Photo : Soumis par Mohammad

À la fin de ces deux premières semaines, c’est à Thunder Bay que Mohammad a décidé de s’installer avec sa famille, parce que mon ami, mon ancien patron vit là-bas.

Comme Mohammad, quelque 500 Afghans ont déjà été réinstallés dans des collectivités ontariennes, selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Les premiers défis après l’arrivée

À London, le centre London Cross Cultural Learner a été chargé d’accueillir les 36 Afghans réinstallés dans leur communauté. Ils ont un bon esprit et sont en relativement bonne santé, rapporte le directeur général du centre, Valerian Marochko.

Ce sont des personnes qui ont travaillé pour l'ambassade du Canada, pour les Forces armées canadiennes, ils sont prêts à entrer dans le milieu du travail, explique-t-il, ajoutant que ces nouveaux arrivants passent par un parcours très minutieux.

On fait d’abord l’évaluation de leurs besoins, et on s’assure de leur fournir un soutien pour le logement, l'apprentissage de la langue, la recherche d'un emploi, l'inscription de leurs enfants à l'école, la recherche d'un médecin de famille et de les mettre en contact avec la communauté, pour se faire des amis.

Une citation de :Valerian Marochko, directeur général, London Cross Cultural Learner

Trouver un logement est souvent le plus grand défi et la première priorité, rapporte M. Marochko. Nous avons établi des relations avec les propriétaires au fil des ans. Et nous passons au crible toutes les possibilités de logement disponibles; nous demandons de l'aide à la communauté s'ils ont une résidence secondaire qu'ils pourraient louer pour un an ou deux ou de façon permanente.

Pour Mohammad, en chaise roulante depuis une embuscade survenue en 2009, la tâche est d’autant plus difficile. Nous avons visité une maison, mais elle n’était pas accessible à cause du nombre de marches, rapporte-t-il. Mais il ne désespère pas, et considère même que le plus grand défi pour sa famille, à l’heure actuelle, est plutôt l’apprentissage de la langue.

Un homme en fauteuil roulant au téléphone.

Mohammad a perdu l'usage de ses jambes après avoir été victime d'une embuscade armée alors qu'il rentrait chez lui en voiture après une journée de travail.

Photo : soumis par Mohammad

Ma femme n’est pas familière avec l’anglais, mais les garçons se débrouillent, assure-t-il. Et la prochaine étape sera de trouver un travail.

Si des employeurs ont des emplois qui peuvent être effectués par des personnes qui ne connaissent pas très bien le Canada, contactez-nous, lance en souriant Valerian Marochko.

Mais le soutien moral sera aussi très important selon lui, car les traumatismes sont profonds, et nombreux.

Surmonter les traumatismes

Lorsque Mohammad raconte comment a démarré son épopée vers le Canada, il remonte au 13 octobre 2020, un jour qu’il appelle son jour de malchance. Ce jour-là, les talibans ont attaqué sa maison, dans la province de Kandahar.

Nous avons résisté, nous avons participé à la résistance, et par conséquent, j’ai perdu mon plus jeune fils, mon père, mon cousin et son fils.

Une citation de :Mohammad, réfugié afghan

Six membres de sa famille ont péri aux mains des talibans en l’espace de deux mois, ce qui l’a poussé à prendre la fuite vers la province voisine et ensuite vers Kaboul. Ayant travaillé en tant qu'interprète avec l’équipe médicale des Forces armées canadiennes, il a réussi à obtenir les papiers nécessaires pour se rendre au Canada.

Avec son organisme Enfants sans frontières, Nooria Kamran a été mandatée par le gouvernement pour fournir de l’aide de base, des vêtements et des jouets à quelque 350 Afghans en quarantaine près de Toronto.

Certains m’ont montré des vidéos, et m’ont parlé de leur expérience d'être coincés à l’aéroport pendant des jours, et aussi de l’attaque-suicide survenue la semaine dernière et qui a coûté la vie à de nombreuses personnes, se souvient avec émotion la jeune femme, elle-même originaire d’Afghanistan.

Une femme en vidéoconférence.

Nooria Kamran est la fondatrice et présidente de l'association Children Without Borders (Enfants sans frontières, en français).

Photo : Radio-Canada

Hier, un enfant de 6 ans en détresse psychologique a été envoyé à l'hôpital, raconte-t-elle.

Ils sont traumatisés, mais ont de l'espoir.

Une citation de :Nooria Kamran, fondatrice et directrice générale, Enfants sans frontières

L'hôtel a mis en place un service de santé mentale. Il y a un médecin de garde qui les examine, une infirmière sur place ainsi qu’une pharmacie, précise Mme Kamran. La route qui les attend est longue, mais différents organismes attendent déjà de pouvoir leur venir en aide.

C’est le cas de New Circles, une association qui collecte des vêtements pour les offrir aux plus démunis. Sa directrice, Rosie Smythe, explique avoir été contactée par le ministère de l’immigration, qui lui a demandé de préparer des vêtements pour environ 500 personnes, avant d’être rejoint par des agences locales travaillant directement avec ces réfugiés, qui ont ajouté environ 300 personnes à qui fournir de quoi s’habiller.

Certains d'entre eux n'ont même pas été en mesure de préparer une valise et sont venus avec juste les vêtements qu'ils portaient, rapporte Mme Smythe.

Une femme donne une entrevue par vidéoconférence depuis son bureau.

Rosie Smythe dirige l'organisme New Circle Community Services, à North York, au nord de Toronto.

Photo : Radio-Canada

Elle explique que les Torontois ont été très généreux, et que plusieurs sont venus lui demander de quoi ces réfugiés avaient besoin afin de pouvoir les aider. On ne peut pas les surcharger de vêtements non plus, dit-elle, mais dans quelques semaines, avec l’arrivée de l’hiver, ce seront des bottes et des manteaux qui leur seront nécessaires.

D’autres arrivées prévues

Alors que les organismes se rodent et que les communautés s’organisent et accueillent progressivement leurs nouveaux membres, plusieurs milliers d’autres réfugiés sont attendus prochainement.

En plus des 3700 personnes évacuées d’Afghanistan par le Canada, Ottawa vient de signer un accord avec les États-Unis pour réinstaller 5000 Afghans sur son territoire.

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a précisé que les personnes déjà arrivées seront dirigées vers des collectivités de la Colombie-Britannique, de l’Alberta, du Manitoba, de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard, mais n’a pas donné de chiffres par ville ni par province.

Tout le monde ne peut pas rester à Toronto, souligne Wendy Long, résidente de Niagara et fondatrice de l’association Afghan-Canadian Interpreters.

Destination pas toujours choisie

Mohammad, lui, a pu choisir sa destination. Dans ce cas-là c’était facile, raconte Wendy qui connaît bien le réfugié et sa famille, car pour Thunder Bay, il n’y a pas beaucoup de demandes. Mais pour les villes comme Toronto et Ottawa, c’est plus compliqué, notamment à cause du manque de logement disponible pour ces gens-là, explique-t-elle.

Une femme assise sur une chaise dans un jardin.

Wendy Long, fondatrice et présidente de l'association Afghan-Canadian Interpreters

Photo : Soumis par Wendy Long

Elle précise qu’avoir des amis et un plan concret pour s’installer dans une certaine communauté peut aider les réfugiés à obtenir la destination de leur choix. Certains peuvent aussi être déçus dans un premier temps mais finalement ça peut très bien se passer, tempère la présidente de Afghan-Canadian Interpreters.

C’est une discussion [entre ces familles et l’immigration], mais la décision se fait aussi en fonction des services disponibles et de leur capacité dans la région de destination, résume Valerian Marochko.

Selon Mohammad, l’essentiel reste encore, et de loin, d’être dans un pays où sa vie et celle de ses proches ne sont pas en danger. Ce n’est pas le cas de plusieurs membres de sa famille restés en Afghanistan, confie-t-il humblement.

Et si l’adaptation a pu paraître un peu dure au départ, Mohammad dit qu’il se sent maintenant chez lui au Canada. Nous devons travailler pour notre avenir, pour le bel avenir du Canada, assure-t-il, avant de lancer un message à ses compatriotes qui font, en ce moment, les mêmes premiers pas que lui dans leur nouveau pays : Vous avez des compétences, montrez-les, éduquez-vous et rendez au Canada tout ce qu’il a fait pour vous.

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