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Arrivée de réfugiés afghans : des Canado-Syriens racontent leur expérience

Les deux hommes posent sur un terrain de soccer

Nabil (à gauche) et Hussein Qarqouz invitent les Canadiens à faire preuve d'hospitalité à nouveau, cette fois-ci envers les ressortissants afghans.

Photo : Radio-Canada / ZACHARIE ROUTHIER

Alors que la prise du pouvoir des talibans plonge l'Afghanistan dans l’incertitude, le Canada promet d'accueillir au moins 20 000 réfugiés du pays. Des Canados-Syriens, qui ont eux aussi connu l'exil il y a six ans en raison de la guerre, reviennent sur leur expérience.

Hussein Qarqouz se souvient très bien du 13 décembre 2015. Alors réfugié au Liban, il reçoit un appel d’un agent des Nations Unies le pressant de se rendre au Canada. Une semaine plus tard, il était en Ontario.

En arrivant en territoire canadien, les premiers mots du père de famille ont été : Nous sommes en sécurité maintenant.

Comme des milliers d'autres réfugiés syriens, Hussein Qarqouz a quitté la guerre, qui lui a pris trois de ses frères, mais aussi sa maison et la ferme familiale. L'expérience a été douloureuse.

Je me souviens. Ma famille pleurait, car je quittais avec mes enfants. Je ne sais toujours pas quand je pourrai la revoir. Ça fait six ans que je suis ici. Je m’ennuie vraiment d’eux. Mais si Dieu le veut, je retournerai les voir lorsque ce sera sécuritaire, dit-il, la voix étouffée.

Il habite maintenant Sudbury, dans le Nord de l'Ontario. Avec ses enfants, l’homme a mis sur pied un restaurant dont la réputation n’était plus à faire. Il a récemment dû fermer boutique en raison d’un problème de logement.

Hussein Qarqouz prépare de la nourriture.

Hussein Qarqouz au comptoir de son restaurant maintenant fermé.

Photo : Radio-Canada / Zacharie Routhier

Ayant bénéficié du support de plusieurs membres et d'organismes de la communauté à son arrivée, Hussein Qarqouz espère maintenant donner au suivant en parrainant une famille venant de l’Afghanistan.

Parce que je sais ce que c’est. J’avais très peur en arrivant au Canada. Oui, c’est un beau pays, mais je n’étais jamais venu auparavant, explique-t-il.

Je veux leur enseigner comment commencer une nouvelle vie ici.

Une citation de :Hussein Qarqouz, citoyen canadien et réfugié syrien

Son fils, Nabil, a lui aussi un message à transmettre aux jeunes Afghans qui pourraient arriver en terre inconnue.

Quand on arrive ici, c’est un nouveau monde. On ne sait pas ce qui va arriver. C’est difficile, les premiers mois. Mais après, ça redevient normal. La vie est bonne au Canada, dit-il.

Le jeune homme invite également les Canadiens à faire preuve d'hospitalité à nouveau, cette fois pour les Afghans.

Quand la communauté aide une nouvelle famille, elle veut aider à son tour. On a ouvert un restaurant. On veut toujours aider et redonner à la communauté, assure-t-il.

Hussein Qarqouz pose avec un homme à qui il a donné un repas.

Lorsqu'elle avait son restaurant, la famille Qarqouz s'était fait un devoir d'offrir des repas gratuits à ceux dans le besoin.

Photo : Damascus Café & Bakery

Vivre ses identités

Dans le sud de la province, Elias Elaneh, 21 ans, a lui aussi dû quitter sa Syrie natale en raison de la guerre. Six ans après son arrivée au Canada, il tente encore de réconcilier ses identités syrienne et canadienne.

Je me suis bâti ici, au Canada, mais mon enfance est en Syrie. Je suis toujours en processus de réconcilier ces deux identités. Je pense que je vais rester avec ça jusqu’à la fin de ma vie, mais je dois trouver une certaine paix avec ce processus, dit-il.

N’empêche, le jeune homme a trouvé une certaine sérénité depuis son arrivée en terre canadienne. Il se souvient encore des sentiments ambigus qu’il a éprouvés en quittant la Syrie, aux prises avec une guerre qui s'éternise.

C’est comme s’il y a une tragédie que vous laissez derrière vous. Vous êtes sauvés, vous êtes content. Mais est-ce complet? Il vous manque une famille, une maison, des souvenirs que vous laissez là-bas. C’est un pied devant, un pied derrière, vous vous déchirez, un peu.

Une citation de :Elias Elaneh, citoyen canadien et réfugié syrien
Elias Elaneh et sa famille lors de sa cérémonie de citoyenneté canadienne.

Elias Elaneh (à droite) et sa famille lors de sa cérémonie de citoyenneté canadienne.

Photo : Soumise par Elias Elaneh

Elias Elaneh pense aux jeunes Afghans qui pourraient vivre à leur tour ces émotions. Il leur recommande d’abord et avant tout de faire preuve d'empathie envers eux-mêmes.

Ça prend beaucoup de temps de s’intégrer à un monde nouveau. Il faut prendre son temps pour apprendre la langue, réaliser c’est quoi la culture, bâtir des relations avec les autres, dit-il.

Puis, du courage. C’est une grande opportunité d’être au Canada, il faut prendre avantage de ça, affirme-t-il.

En 2019, un retour en Syrie lui a permis de rafraîchir l’image qu’il se faisait de son pays natal. Il s’agit d’une expérience ayant brisé, en quelque sorte, ses souvenirs romancés.

Le jeune homme le dépeint comme un pays laissé à lui-même, abandonné par les communautés internationales - ce qui n’est pas sans rappeler l'Afghanistan, selon lui.

Elias Elaneh espère maintenant faire pression de l’extérieur pour un retour en force des interventions humanitaires. Ça se perd, cette tradition d’aider les autres pays, souffle-t-il.

Des réfugiés syriens sur une route poussiéreuse.

Le camp de Zaatari, dans la ville jordanienne de Mafraq, près de la frontière avec la Syrie, est encore la maison de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés.

Photo : Reuters / Alaa Al Sukhni

Apprendre de la Syrie pour l'Afghanistan

Le Canada peut tirer des leçons de l’expérience des réfugiés syriens. C'est du moins ce que croit la professeure à l'Université d’Ottawa, la Dre Luisa Veronis, qui est spécialiste des questions liées à la migration, à l’identité et à la citoyenneté dans les villes canadiennes.

D’abord et avant tout, la professeure avertit les Canadiens souhaitant parrainer des familles de ne pas tomber dans le piège de l’infantilisation des personnes réfugiées.

Il y a eu une infantilisation des réfugiés [syriens] parrainés, où on sent que nous, on est mieux qu’eux, et qu’on doit prendre les décisions pour eux. C’est ce qui est ressorti très fortement, que ce soit au niveau de l’apprentissage de la langue, du logement, des meubles dans l’appartement, ou de comment élever leurs enfants.

Une citation de :La Dre Luisa Veronis, professeure à l'Université d'Ottawa
Luisa Veronis, professeure agrégée au département de géographie, environnement et géomatique à l’Université d’Ottawa, pose, avec un bras accoté sur une rampe.

La Dre Luisa Veronis.

Photo : uottawa.ca

Le respect de l'autonomie doit-être, selon la Dre Veronis, au cœur des efforts d'accueil des familles afghanes.

Elle demeure toutefois prudente quant aux comparaisons entre réfugiés afghans et syriens. Il s’agit de populations différentes, dit-elle, et leurs besoins risquent donc d’être distincts.

Même si l’expérience d’exil et de déplacement forcé est la même, chaque groupe est différent. On peut savoir qu’il y aura des traumatismes, des séquelles. Mais comment cela va-t-il se manifester? Leurs besoins seront uniques, conclut-elle.

Femmes, journalistes, défenseurs des droits de la personne, membres de la communauté LGBTQ+ et membres de familles d'interprètes afghans déjà au Canada font partie des groupes prioritaires, a annoncé le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, en conférence de presse lors de l'annonce de l'accueil de 20 000 réfugiés, le mois dernier.

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