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Le « malaise » du recentrage dans les rangs conservateurs

Depuis son arrivée à la tête du parti, Erin O’Toole promet d’élargir la tente conservatrice avec une approche « modérée ». À l’interne, cette transition ne se fait pas sans grincements de dents.

Un homme se tient devant un lutrin. L'éclairage lui fait une auréole.

Depuis des mois, le chef conservateur Erin O’Toole tente de dépeindre son parti comme étant « conventionnel, modéré et pragmatique ». Mais les divisions internes ressortent parfois au grand jour.

Photo : La Presse canadienne / David Kawai

« Le plus grand défi pour Erin O’Toole sera avec son caucus, après l’élection », lance un candidat conservateur en Alberta, sous le couvert de l’anonymat.

Chaque jour, alors que ce député sortant, qui n’en est pas à son premier mandat, fait campagne dans sa circonscription, des Albertains l’abordent en expliquant à quel point ils ont été déçus de voir le parti d’Erin O’Toole adopter un prix sur le carbone, en avril dernier.

Ils me disent : je n’aime pas votre taxe sur le carbone, mais j’aime Trudeau encore moins, donc je vais me pincer le nez et voter pour vous.

Ce candidat, qui ne souhaite pas parler publiquement de l’enjeu, a lui aussi été offusqué de voir sa formation mettre de l’avant une tarification sur le carbone, alors que son parti a fait campagne contre une telle politique en 2019.

Si les conservateurs remportaient l’élection et que leurs propositions se retrouvaient dans un projet de loi, ce député sortant albertain ne sait même pas s’il voterait en faveur : ce serait vraiment très dur pour moi de l’appuyer dans sa forme actuelle, précise-t-il.

Pourtant, il y a quelques jours, le chef Erin O’Toole, voulait projeter une image d’unité autour de sa plateforme sur l’environnement. Tous les conservateurs font campagne avec ce plan, écrivait-il dans un communiqué. S’il y a des candidats qui ne [le] soutiennent pas […], ils ne feront pas partie du caucus d’un futur gouvernement conservateur.

Un homme parle derrière un lutrin dans un décor représentant le Soleil et la Terre.

Le chef du Parti conservateur du Canada (PCC), Erin O'Toole, dévoile son plan « Agir pour l'environnement » lors d'une conférence de presse à Ottawa en avril.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Présenté pour la première fois au printemps, le document intitulé Agir pour l’environnement prévoit la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005, une cible moins ambitieuse que celle des libéraux, qui atteint maintenant 40 à 45%, ou celle du Bloc et du NPD, qui a été fixée autour de 50 % de réduction.

Les conservateurs souhaitent notamment taxer les consommateurs canadiens pour chaque achat de carburant à base d’hydrocarbure. Les fonds recueillis, plutôt que d’être remis directement aux Canadiens grâce à leur déclaration de revenus, seraient versés dans un compte d’épargne personnel, qui pourrait être utilisé pour faire des achats verts (vélos, laissez-passer de transport en commun, véhicules électriques, etc.).

Notre parti a vraiment pivoté rapidement sur cet enjeu, et bien des gens ont un malaise avec ça. Après les élections, il risque d’y avoir des rencontres animées au caucus, précise le député albertain sortant à qui nous avons parlé cette semaine.

Au congrès conservateur en mars, les membres du parti ont défait à 54 % une motion visant à reconnaître l’existence des changements climatiques. L’opposition est surtout venue de l’Alberta, de la Saskatchewan et de Terre-Neuve-et-Labrador. Les délégués du Québec ont voté à 70 % en faveur de la motion.

D’autres députés sortants choqués

Un mois plus tard, lorsqu'Erin O'Toole a présenté son plan sur le climat, d'autres élus conservateurs ont aussi sursauté. C’était un choc au début, admet la députée conservatrice sortante de Calgary Midnapore, Stephanie Kusie, concernant la tarification du carbone présentée par le chef. Surtout qu’initialement, le caucus n’a pas eu le temps d’étudier la proposition, se souvient-elle.

J’ai appris le contenu de notre plan environnemental, y compris notre taxe sur le carbone, quand le chef en a fait l’annonce. Son bureau nous a gardés à l’écart, confiait à l’époque un membre du caucus du parti.

Depuis, la surprise a fait place au pragmatisme. C’est difficile pour quelques candidats ou députés de l'accepter, mais c’est mieux de le faire, souligne Stephanie Kusie.

La plupart d’entre nous croyons que c’est impossible de gagner l’élection sans un plan pour le climat.

Une citation de :Stephanie Kusie, députée sortante de Calgary Midnapore

C’est aussi ce que confie un haut placé dans la campagne conservatrice, selon qui le calcul a été fait en sachant qu'il y aurait un prix à payer à l'interne. Il estime toutefois que les avantages surpassent les inconvénients.

Le calcul est simple, précise un candidat conservateur du Québec, il faut convaincre les électeurs de l’Ontario et du Québec que nous sommes sérieux sur la question environnementale. Et il faut convaincre certains collègues du caucus que ça vaut la peine de perdre quelques points dans l’Ouest si on veut former le gouvernement.

La chose la plus importante, c’est d’avoir un gouvernement conservateur, affirme Mme Kusie, pour protéger les intérêts de l’Alberta et de l’Ouest. Même si certains conservateurs ne sont pas contents, ils acceptent, dit-elle.

L’influence du caucus québécois

Si des conservateurs osaient toutefois défier le chef lors d'un vote aux Communes après une victoire conservatrice, il faudrait leur montrer la porte sur-le-champ, croit un député sortant québécois de la formation.

Il faut que tu casses le caucus en partant, nous a-t-il confié, préférant garder l’anonymat. À ses yeux, le scénario d’une mutinerie est peu probable, surtout si c’est en contexte de gouvernement minoritaire.

Cet élu fait valoir que l’aile québécoise du parti a eu beaucoup d’influence dans la conception de la nouvelle plateforme conservatrice. Ce n’est pas un plan de l’Alliance canadienne, souligne ce conservateur pour illustrer le mouvement vers des idées plus centristes.

Ça ne nous donne rien de gagner 80 % des votes dans l’Ouest si on ne peut pas gagner 20 % dans l’Est.

Une citation de :Un député conservateur sortant sous le couvert de l’anonymat

À ses yeux, tous les députés sortants et candidats de la formation, même ceux plus à droite, doivent s’unir et ramer dans la même direction. Tu ne peux pas laisser des valeurs personnelles nuire à l’ensemble du parti, a-t-il indiqué.

Depuis des mois, Erin O’Toole tente de dépeindre le PCC comme étant conventionnel, modéré et pragmatique.

Ce sont les mots que le chef a utilisés dans une déclaration écrite publiée en janvier dernier, dans la foulée de l’assaut du Capitole à Washington. Il n’y a pas de place pour l’extrême droite dans notre parti, avait-il souligné.

Le chef avait alors précisé qu’il était pro-choix, soulignant qu’il voulait accueillir dans son parti tous les Canadiens, peu importe la race, la religion, la situation économique, le niveau d’éducation ou l’orientation sexuelle.

Il répète depuis qu’il veut s’attaquer aux changements climatiques, aux inégalités, au coût de la vie et au déclin du syndicalisme dans le secteur privé.

Toutefois, cette vision du chef s’est parfois retrouvée en contradiction avec celle de plusieurs membres de sa propre équipe. En juin, par exemple, plus de la moitié du caucus s’est opposée à un projet de loi visant à bannir les thérapies de conversion au Canada. Erin O’Toole a pourtant voté en faveur.

Autre illustration de la dynamique qui a cours au sein du Parti conservateur, le chef s’est récemment prononcé contre un projet de loi privé présenté par une de ses députés pour interdire les avortements sexo-sélectifs au pays. Près de 70 % du caucus du parti avait pourtant voté en faveur du texte.

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