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Une entreprise prône des journées sans visioconférence

Après plus d’un an de télétravail, des employés ressentent les effets négatifs de longues périodes passées connectés chez soi. Une entreprise de l'Estrie encourage la déconnexion.

Un homme est assis chez lui devant son écran d'ordinateur. Il regarde son horaire pour la semaine à venir.

Les nombreuses heures en visioconférence finissent par avoir un impact sur des télétravailleurs.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

Les employés de la boîte spécialisée en informatique Kezber pratiquaient le télétravail à raison de quelques jours par semaine avant la pandémie. C’est devenu une obligation dès mars 2020. Puis les nombreuses réunions en visioconférence ont commencé à peser sur certains employés.

À mi-parcours, on a commencé à voir les effets plus négatifs du télétravail [...] cette fatigue, de finir une journée et de ne pas être capable de cocher une case sur sa liste. On a été pris dans une spirale de rencontres. C’est facile d’être sollicité tout le temps. Ça crée un tourbillon, on nous l’a mentionné, relate la directrice des ressources humaines de l’entreprise, Alexandra Lacroix-Bélanger.

Les dirigeants ont décidé d’encourager les employés à prévoir des périodes ou des journées sans réunion virtuelle. Ils ont prôné la déconnexion pour se concentrer sur les tâches à accomplir. L’effet a été immédiat.

Une augmentation de la productivité, une diminution du stress, de la pression d’être constamment en ligne. Ça nous a permis de se déposer et d’être plus performants, affirme Mme Bélanger.

La directrice des ressources humaines, Alexandra Lacroix-Bélanger, est debout à la réception devant le logo de l'entreprise.

L'entreprise Kezber, qui œuvre dans les technologies de l'information, encourage ses employés à se prévoir des périodes sans visioconférence pour améliorer la productivité.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

Depuis quelques semaines, Kezber met en pratique son plan de retour au travail en présentiel. La quasi totalité des employés a exprimé le désir de revenir au bureau, au moins quelques jours par semaine. Une situation bénéfique, d'après la directrice des ressources humaines. Une journée avec le même nombre de rencontres, lorsque je suis en présentiel, [...] je sens que j’ai beaucoup plus d’énergie à la fin de ma journée.

L’effet des visioconférences sur le cerveau

Alex Fortin a changé d’emploi en pleine pandémie. Le Montréalais organise des consultations publiques pour des projets d’urbanisme. Il carburait aux rencontres avec les citoyens. Maintenant, il doit enchaîner les réunions en virtuel et n’a que très peu de temps entre chaque rencontre. L’interface des plateformes de visioconférence finit par l’épuiser.

On devient hyper conscient de ce dont on a l’air. [...] Il y avait un certain épuisement d’analyser les réactions faciales et le non-verbal des gens que tu vois tous en même temps dans le même format, en même temps, chacun dans sa petite boîte.

Alex a même cru qu’il faisait un épuisement professionnel. Il a réduit son nombre d'heures travaillées et s’est accordé une longue période de vacances durant l’été. Les contacts sociaux au travail lui manquent.

Un homme est assis devant son ordinateur, à la maison.

Alex Fortin est en télétravail depuis le début de la pandémie. Il a hâte de retourner au bureau en présentiel.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

Le retour au travail comme avant la pandémie devra attendre, pour bien des employés. Les fonctionnaires du Québec, qui devaient pouvoir retourner graduellement en présentiel dès septembre, devront patienter au moins un mois de plus. Ceux de Revenu Québec devront attendre au moins jusqu'à janvier. La santé publique du Québec a recommandé aux employeurs de repousser le retour progressif au bureau des employés.

Ça me déprime. Je n'imagine pas passer un autre automne chez moi.

Une citation de :Alex Fortin, télétravailleur

Des chercheurs de l’Université de Stanford ont mis un mot sur le sentiment d'épuisement que vivent de nombreux télétravailleurs : la fatigue Zoom.

D’abord, l’interface des plateformes de visioconférence sollicite le cerveau de façon différente que lors d’une conversation en personne, explique Isabelle Rouleau, neuropsychologue et professeure titulaire au Département de psychologie de l’UQAM.

[Dans une visioconférence] vous avez juste le visage, le non-verbal est absent. Les autres indices non verbaux sont difficiles à décoder. Les gens que je regarde ne sont pas dans le même environnement que moi. [...] C’est extrêmement exigeant pour le cerveau d’être dans une situation toute la journée, à être en train de décoder des trucs qui se passent alors qu’il me manque trop d'informations pour résoudre le problème.

Se voir constamment lors d’une visioconférence est peu naturel, ajoute Isabelle Rouleau. On a beaucoup d’autocritique. Ça peut miner notre vie par rapport à d’habitude.

La mémoire aussi touchée

Les réunions qui s’enchaînent l'une après l’autre finissent par avoir des conséquences sur la mémoire, constate la neuropsychologue. En temps normal, il y a des moments de pause entre les rencontres. Mais plusieurs télétravailleurs ne s’accordent pas le même temps de repos à la maison, et l’information ne se consolide pas aussi efficacement.

Un Zoom chasse l’autre. Les petits carrés ont beau changer de place, l'environnement se ressemble beaucoup, ajoute Isabelle Rouleau. Les mémoires acquises perdent de leur distinctivité, et au bout de la journée, on a l’impression que ça devient un peu de la bouillie.

La neuropsychologue Isabelle Rouleau est assise dans son bureau de l'Université du Québec à Montréal.

Selon la neuropsychologue Isabelle Rouleau, les multiples visioconférences en télétravail ont des conséquences sur la mémoire.

Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali

Et les interactions au travail, si chères à de nombreux employés, ont leur utilité, au-delà du télétravail, ajoute Isabelle Rouleau. Les conversations de machine à café sont importantes. Ça oblige à organiser ma pensée, à recevoir des arguments et à contre-argumenter. Ça tient les neurones en forme.

Y aura-t-il des impacts à long terme de cette période prolongée du télétravail? Certains anticipent une prévalence de démence, en raison de l’appauvrissement de la mémoire ou du fonctionnement de certaines structures cérébrales, mentionne la professeure.

Moi, je suis optimiste pour les jeunes. Je pense que ça va rentrer dans l’ordre avec le retour progressif au bureau, conclut-elle.

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