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Nassara, la pièce québéco-burkinabè mise en scène par Sophie Cadieux 

Une femme aux cheveux bruns sourit.

L'actrice et metteuse en scène Sophie Cadieux

Photo : Trio orange

Radio-Canada

Présentée dès mardi au Centre du Théâtre d'Aujourd'hui, à Montréal, Nassara a représenté un défi de mise en scène pour Sophie Cadieux. Cette dernière a usé de créativité pour maintenir au sein de la distribution un comédien malien dont le visa pour le Canada a été refusé trois fois.

La pièce de théâtre Nassara est née de l’émotion ressentie par la dramaturge Carole Fréchette lors de sa rencontre avec des enfants pendant un voyage au Burkina Faso.

Signifiant le blanc ou la blanche, nassara est le mot que beaucoup d’enfants crient amicalement en courant vers les personnes blanches croisées dans la rue au Burkina Faso, où Carole Fréchette s’est rendue en 2014 pour donner un atelier d’écriture à de jeunes auteurs et auteures. 

C’était plutôt joyeux, et pas du tout agressif, a raconté la dramaturge en entrevue avec Catherine Richer, chroniqueuse culturelle au 15-18. J’ai été très touchée. Chaque jour, j’avais hâte de retourner dans la rue [pour voir les enfants].

« C’est bouleversant d’être en Afrique pour la première fois, pour toutes sortes de raisons. »

— Une citation de  Carole Fréchette, dramaturge

À son retour au Québec, Carole Fréchette s’est accrochée à ces moments-là, comme elle le dit, pour écrire une pièce sur une sexagénaire québécoise blanche qui, dans le cadre de son travail, part assister à un colloque en agriculture urbaine au Burkina Faso. Là-bas, les enfants réveillent en cette femme, incarnée par Marie-Thérèse Fortin, des peines enfouies depuis longtemps. 

Un récit haletant

Quand Sophie Cadieux s’est plongée dans le texte de Nassara, elle a tout de suite voulu en assurer la mise en scène. Je l’ai lu en un souffle. J’ai été happée par l’histoire, a-t-elle déclaré. J’étais super émue.

Depuis, tout le travail qu’on fait est de garder cette impression, la qualité de cette première lecture, dans un récit extrêmement haletant, a-t-elle ajouté. J’ai l’impression que c’est un film d’action qu’a écrit Carole, et tout ce qu’il y a comme décors et comme vêtements, ce sont des mots.

Au fil de l’écriture de la pièce, un personnage, pourtant très éloigné de Carole Fréchette, s’est imposé à la dramaturge malgré sa réticence. Vendeur sur un marché, Ali est un jeune homme de 18 ans animé par une certaine violence qui gronde en lui. 

J’ai beaucoup lutté pour que [ce personnage fictif] ne rentre pas dans ma pièce, car je ne suis pas une auteure qui écrit des situations de violence, mais il insistait, a-t-elle raconté.  

Humblement, et le plus honnêtement possible, j’ai essayé de m’approcher de ce garçon, de comprendre ce qui l’habitait et trouver une place en moi où ça résonnait. Et la place qui résonnait le plus en moi était le besoin d’Ali de dire et d’être entendu. Je pouvais me relier à ça.

Un comédien coup de cœur, mais bloqué hors du Québec

Lors des auditions pour le personnage d’Ali, Sophie Cadieux et son équipe ont eu un coup de cœur pour le comédien Moussa Sidibé, un jeune finissant du Conservatoire de Bamako, au Mali. 

Toutefois, ses trois demandes de visa faites avant la pandémie pour qu’il vienne au Québec travailler sur Nassara ont été refusées, malgré le fait que Moussa Sidibé a une vie bien établie sur le continent africain. Il joue dans des productions là-bas, a expliqué Sophie Cadieux. Je pense que c’est parce que c’est un jeune homme africain [que ses demandes de visa ont été rejetées].

D’autres institutions culturelles ont été confrontées à ces difficultés de faire venir des artistes d’Afrique, les autorités canadiennes craignant que ces personnes ne retournent pas dans leur pays d’origine. 

« En France, il existe des passeports talents qui permettent à ces artistes de voyager. Ici, ça n’existe pas, [alors] que ça peut juste enrichir notre culture et nos échanges internationaux. »

— Une citation de  Sophie Cadieux, metteuse en scène

Malgré ce refus de visa, Sophie Cadieux n’a pas voulu abandonner Moussa Sidibé. 

Je ne pouvais pas le laisser tomber, car "On me refuse une place ou une voix dans le monde, qu’est-ce que je fais?" est exactement le propos de la pièce.

Elle a donc eu l’idée de lui faire déclamer son texte à distance et de l’enregistrer. On a décidé que cette absence allait créer une présence et devenir aussi une prise de position.

Il est là avec nous en voix, c’est une autre qualité de présence, a-t-elle précisé. Sa voix vibre et elle est capable de remplir le théâtre.

Les difficultés de la jeunesse africaine

La comédienne canadienne d’origine burundaise Stephie Mazunya complète la distribution de Nassara. Elle se félicite que ce texte aborde le problème d’une partie de la jeunesse africaine qui ne trouve pas d’emploi après sa sortie de l’université, ce qui peut la mener vers la violence. 

Ça parle d’un enjeu réel : le désespoir de certains jeunes Africains qui n’ont aucune opportunité, qui ne voient pas d’avenir et qui sont délaissés par les politiciens et la société, a-t-elle expliqué à l’émission Pénélope.   

Je suis contente que Carole ait eu le courage de parler de cette jeunesse-là, même si elle est loin d’elle.

La pièce Nassara est une coproduction québéco-burkinabè. Elle sera jouée au Centre du Théâtre d’Aujourd'hui, à Montréal, du 7 au 25 septembre. Il est prévu qu’elle soit aussi interprétée au Burkina Faso, mais cette tournée est pour le moment sur la glace en raison de la pandémie. 

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