•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Attendez-vous à payer pour la pénurie de conteneurs

Un empilement de conteneurs.

Une montagne de conteneurs

Photo : Radio-Canada

Marie-Claude Morin

Retards de livraison, produits indisponibles, explosion des coûts de transport : la pénurie de conteneurs représente tout un casse-tête pour les importateurs et, de plus en plus, pour les consommateurs. Et c'est loin d'être terminé : les prix à la caisse vont encore grimper.

Yannick Beaudoin, propriétaire des boutiques Evos et Moncost, vient enfin de recevoir un conteneur de baignoires. Ça m'a coûté 21 000 $ US de transport! Tout un contraste avec les 4500 $ US qu'il devait débourser il y a un an à peine pour faire venir le même conteneur d'Asie. Le prix de vente va passer de 899 $ à 1599 $. On n'a pas le choix!

Au moins, ce conteneur est arrivé. D'autres produits, comme des lavabos, attendent dans l'entrepôt de fournisseurs depuis avril. Soit il n'y a pas de conteneurs, soit ceux qu'on trouve sont vraiment trop chers , explique l'homme d'affaires de Montréal. Il s'inquiète pour les prochains mois : Comment les Québécois vont pouvoir payer pour la prochaine saison des rénovations, en février?

Il est loin d'être le seul à qui la pénurie de conteneurs cause de gros maux de tête. C'est tout un enjeu, dit d'un ton un peu découragé Lili Fortin, présidente de Tristan. L'augmentation des coûts de transport est énorme et les délais, aussi, ont un coût.

Des conteneurs au port de Vancouver.

La chaîne de vêtements sort normalement une nouvelle collection par mois. Ce qui est assez compliqué quand les vestons et les pantalons de tailleurs n'arrivent pas en même temps. On ne vend pas juste des items, on vend des looks! Ça devient très difficile à gérer.

Le détaillant n'a pas encore augmenté ses prix, mais surveille la situation de très près. On attendait de voir si c'était passager, mais on n'est pas très optimistes, explique Lili Fortin. Une chose est sûre, les soldes seront plus rares cet automne. Oubliez ça les ventes du Black Friday qui commencent en septembre!

Le président de Point Zéro, lui, s'est résigné à augmenter de 10 % le prix de tous ses vêtements et manteaux cet automne. Ça nous coûte à peu près 3 millions de dollars de plus cette année, seulement en surplus pour le transport. Trois millions! C'est beaucoup d'argent, raconte Maurice Benisti.

Pour refléter la hausse réelle des coûts de transport, ajoute-t-il, il aurait fallu une augmentation de 30 %, plutôt que 10 %. On préfère prendre la pilule et rester dans le marché, compétitif, et se reprendre avec les années, gentiment.

La marchandise de Point Zéro arrivera en magasin seulement au début d'octobre, un mois plus tard que d'habitude. Mais malgré ce retard et les prix plus élevés, Maurice Benisti s'attend à ne pas suffire à la demande. Je pense que la demande va aller en flèche parce qu'il y a un manque. Ce n'est pas tout le monde qui peut se permettre de payer d'avance pour le transport.

Des conteneurs à prix d'or

Des conteneurs sur un quai de port.

Le transport de marchandises a connu une forte hausse depuis l'éclatement de la pandémie.

Photo : Radio-Canada

La situation actuelle prend tout le monde un peu par surprise. On s'attendait qu'il y ait des soubresauts, mais la crise des conteneurs, je ne m'attendais pas vraiment à ça, dit Jacques Roy, professeur en gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal.

Transporter un conteneur de la Chine vers l'Amérique du Nord coûtait environ 3000 $ US avant la pandémie. Le prix avait déjà doublé l'automne dernier, à 6000 $ US, et il a encore quadruplé depuis, pour atteindre maintenant 25 000 $ US, parfois même plus.

La pandémie a complètement chamboulé le transport maritime. Les usines chinoises ont d'abord fermé ou ralenti leurs activités, puis quand elles ont recommencé à expédier de la marchandise en Amérique du Nord et en Europe, c'était au tour des entreprises là-bas d'être à l'arrêt. Les conteneurs sont restés coincés dans la cour des importateurs, parfois même dans les ports.

À cela s'est ajouté la fermeture du canal de Suez pendant une semaine, en mars, quand le porte-conteneurs Ever Given est resté coincé, puis les feux de forêt sur la côte ouest, qui ont perturbé le transport ferroviaire, essentiellement pour faire cheminer les conteneurs de Vancouver vers l'est du pays.

Tout ça alors que la consommation, elle, est en hausse. C'est la recette parfaite : augmentation de la demande, diminution de la capacité. Alors les prix se sont mis à augmenter, et pas légèrement, résume Jacques Roy.

Le pouvoir dans les mains des transporteurs

Les 10 principaux transporteurs maritimes contrôlent 85 % du volume mondial. À eux seuls, les cinq plus gros – Maersk, MSC, CMA, COSCO et Hapag-Lloyd – transportent 65 % de la marchandise. Face à ces géants, et dans un contexte de pénurie, le pouvoir des transitaires, ces firmes qui gèrent le transport pour les importateurs et les exportateurs, est bien limité.

Un bateau chargé de conteneurs.

Les navires cargos sont en forte demande.

Photo : Radio-Canada

Il faut un vaste réseau de contacts et plusieurs solutions de rechange simplement pour trouver et faire partir des conteneurs, explique Jean-François Drolet, vice-président, ventes et marketing chez Omnitrans : C'est pas négociable. C'est vraiment un exemple pur de la loi de l'offre et la demande. Il y a tellement de demande que les compagnies de lignes maritimes ont le choix de qui embarque et qui n'embarque pas.

Dans le meilleur des cas, les délais de livraison sont deux à trois fois plus longs qu'à l'habitude. Et la facture est salée. Si tu paies plus, t'as beaucoup plus de chances de bouger, dit Jean-François Drolet. Si tu veux y aller avec le taux régulier, sans les additions, c'est dommage, mais malheureusement ton produit ne bouge pas.

Les experts s'attendent à ce que la pénurie de conteneurs et les prix élevés durent au moins jusqu'en janvier prochain. Et les impacts risquent de faire mal aux consommateurs. À court terme, c'est des pénuries de stock. À moyen terme, on doit s'attendre à une augmentation des prix des biens, dit Jacques Roy.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !