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Non, les vaccins et les écouvillons n’infectent pas les gens avec du graphène

Vaccins infectieux, injection de graphène par écouvillon, tests PCR invalides et plus : une vidéo mettant en vedette la chercheuse suisse Astrid Stuckelberger qui contient toutes sortes de fausses informations liées à la pandémie a cumulé plus d’un demi-million de visionnements depuis sa mise en ligne à la mi-août.

Astrid Stuckeberger regarde la caméra lors d'un appel Zoom. Le mot "FAUX" est superposé sur l'image.

Cette vidéo virale d'Astrid Stuckelberger vue plus de 580 000 fois a été populaire au Québec.

Photo : Rumble

La récente intervention d’Astrid Stuckelberger à la webtélé alternative française LaUneTV n’est pas passée inaperçue. Un extrait de huit minutes dans lequel elle multiplie les fausses déclarations au sujet des vaccins et des tests COVID-19 – plusieurs d’entre elles ayant déjà été réfutées dans la dernière année – a été vue plus de 580 000 fois en plus d’avoir été partagée à plus de 28 000 reprises. Nombreux sont les lecteurs ayant signalé cette vidéo aux Décrypteurs.

Spécialiste de la santé publique, de la gériatrie et du vieillissement, Astrid Stuckelberger est parfois qualifiée à tort de médecin dans les médias. Selon une enquête de Heidi.news (Nouvelle fenêtre), bien qu’elle se présente sur son site web (Nouvelle fenêtre) comme étant chercheuse et professeure à l’Université de Genève, Mme Stuckelberger n’y travaille plus depuis l’été 2016 en raison d’une procédure en cours, dont les détails demeurent confidentiels. Elle est présentement chargée de cours à l’Université de Lausanne, où elle donne un cours de soins à la personne âgée. Elle a également participé à des projets en santé publique, ou les a dirigés, de l’ONU, de l’OMS et de la Commission européenne.

Dans la dernière année, la Dre Stuckelberger s’est surtout fait connaître pour ses positions covido-sceptiques, sa tendance à propager de la désinformation (Nouvelle fenêtre) au sujet de la pandémie ainsi que sa participation au documentaire complotiste Hold-Up. Elle est également une invitée récurrente dans les diffusions en ligne de la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple, un groupe québécois qui conteste les mesures sanitaires et qui qualifie la gouvernance actuelle de la province de dictature.

Les vaccins ne contiennent pas de graphène

Le propos principal de Mme Stuckelberger dans la vidéo est que les vaccins contre la COVID-19 rendent les gens vaccinés malades et contagieux (on y reviendra plus tard, mais c’est faux). Son propos repose sur la théorie que les vaccins contiennent du graphène, et qu’un médecin belge non identifié lui a rapporté un cas de graphène dans le sang d’une femme qui vit avec une personne vaccinée.

Cette femme non vaccinée aurait ressenti des symptômes s’apparentant à ceux de la COVID-19, et la personne vaccinée qui lui aurait transmis la maladie a été infectée par son vaccin au graphène, selon les dires de Mme Stuckelberger. J’ai une autre théorie : c’est que le graphène se transmet à d’autres , dit-elle dans la vidéo.

Une main tient une seringue.

Astrid Stuckelberger affirme faussement que les vaccins contre la COVID-19 contiennent du graphène.

Photo : (CBC/Radio-Canada)

Cette histoire n’a pu être validée par les Décrypteurs, et nous n'avons pas été en mesure de trouver des anecdotes semblables sur le web. Nous avons contacté Mme Stuckelberger pour avoir plus de détails et connaître l’identité du médecin belge, sans obtenir de réponse.

Toutefois, cette idée que les vaccins contre la COVID-19 contiennent du graphène a été démentie par de nombreux (Nouvelle fenêtre)médias (Nouvelle fenêtre)de vérification (Nouvelle fenêtre) ayant scruté les listes d’ingrédients des principaux vaccins disponibles sur le marché. Notons que ces vaccins font l’objet de tests, d’analyses et de vérifications de différentes agences de santé partout dans le monde, dont Santé Canada.

La théorie des écouvillons vaccinateurs au graphène

Mme Stuckelberger théorise ensuite que les tiges servant aux tests de dépistage de la COVID-19 pourraient également être utilisées pour injecter du graphène.

Le PCR est un vaccin, dit-elle. Chez les animaux, on utilise des tiges pour vacciner les animaux, demandez aux vétérinaires.

Pourquoi on fait tellement de PCR? Hypothèse A : c’est vraiment que le PCR est un vaccinateur aussi. Comme le graphène est au bout des PCR, on utilise les PCR pour remettre une dose. L’hypothèse B, c’est que le vrai vaccin, c’est peut-être le graphène, poursuit-elle.

Il faut d’abord noter que la tige en soi n’est pas un PCR : ce dernier est plutôt le type de test qui se fait en laboratoire pour analyser l’échantillon prélevé par la tige, qui n’est qu’un dispositif de prélèvement.

Une main ouvre le couvercle d'un appareil muni d'un écran.

Un appareil servant à faire des tests PCR dans un laboratoire de recherche.

Photo : Radio-Canada / Erik Chouinard

Le Dr Eric Troncy, directeur du Groupe de recherche en pharmacologie animale du Québec à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, confirme par ailleurs que les tiges ne sont pas utilisées pour vacciner des animaux.

Les vétérinaires ne vaccinent pas avec des tiges mais avec des aiguilles, si et seulement si le vaccin est administré par injection hypodermique, confirme-t-il par courriel, ajoutant qu’il existe plusieurs autres modes d’administration vaccinale pour les animaux, notamment par voie orale ou par nébulisation intranasale.

Cela dit, il serait hypothétiquement possible de se servir de ces tiges pour injecter une substance dans un humain, explique le Dr Simon Lévesque, spécialiste clinique en biologie médicale au CIUSSS de l’Estrie. Mais le Dr Lévesque assure que les tiges qui sont utilisées pour des prélèvements sont stériles.

J’ai vérifié, et pour les tiges qu’on utilise dans notre laboratoire – mais aussi dans l’ensemble des laboratoires du Québec et du Canada – les composantes sont soit du polyester, du nylon, de la rayonne ou même du coton, assure-t-il.

Ce n’est que ça, la composante : un bout de fibre de tissu sur une tige de plastique. Tout ça est stérile et on l’insère dans le nasopharynx du patient pour ensuite faire l’analyse PCR de l’échantillon dans le laboratoire.

Une citation de :Dr Simon Lévesque, spécialiste clinique en biologie médicale au CIUSSS de l’Estrie

Mme Stuckelberger ne fournit d’ailleurs aucune preuve pour appuyer ce qu’elle avance au sujet du graphène sur les tiges, mais mentionne des rapports de la Slovaquie qui [...] ont montré que dans le PCR, il y a du lithium et de l’hydrogel, comme par hasard.

Vérification faite : le seul rapport slovaque que nous avons pu trouver à ce sujet est en fait un document sans auteur, lié à aucune institution connue (Nouvelle fenêtre), qui s’est mis à circuler sur le réseau social russe Vkontakte (VK) il y a quelques mois. Il avance que l’hydrogel et le lithium qui se trouvent supposément sur les tiges servent à transformer les gens en biorobots contrôlables. En d’autres mots, ce rapport n’a aucune valeur scientifique, comme l’expliquait le média de vérification Vox Ukraine à la fin mai (Nouvelle fenêtre).

Une personne se fait insérer un écouvillon dans le nez par une infirmière.

Le prélèvement nasopharyngé n'est qu'un moyen parmi tant d'autres de prélever un échantillon à tester pour la COVID-19.

Photo : (Evan Mitsui/CBC)

Les vaccins ne rendent pas les gens malades ou contagieux

Dans la vidéo, Mme Stuckelberger soutient que les vaccins contre la COVID-19 infectent les gens qui les reçoivent, et que ces gens transmettent ensuite le virus aux autres. Elle se justifie en soutenant qu’il s’agit d’un phénomène connu avec les vaccins contre la poliomyélite (polio) et le virus de la dengue.

Il existe deux types de vaccins contre la polio, et l’un des deux est administré sous forme de gouttelettes par voie orale. Puisque celui-ci est un vaccin à virus vivant atténué, il peut en effet rendre les gens infectieux et contagieux. Les symptômes ressentis ne sont presque jamais très graves puisqu’il s’agit d’un virus atténué, mais dans de rares cas (1 sur 2,4 millions, selon l’OMS (Nouvelle fenêtre)), les gens peuvent contracter la poliomyélite paralytique associée au vaccin (PPAV) – c’est-à-dire être paralysés. Notons que la proportion de cas de paralysie chez les personnes qui contractent la polio sauvage est 12 000 fois plus élevée, c’est-à-dire de 1 sur 200, selon l’OMS (Nouvelle fenêtre).

C’est surtout dans les populations avec une mauvaise couverture vaccinale que la PPAV est un problème majeur, explique le professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et spécialiste en virologie, Benoit Barbeau. C’est un virus extrêmement transmissible et c’est pour cette raison qu’il faut justement insister et s’assurer que la population entière est protégée du virus, dit-il.

Benoit Barbeau, virologue et enseignant au Département des sciences biologiques à l’UQAM, lors d'un appel vidéo.

Benoit Barbeau, virologue et enseignant au Département des sciences biologiques à l’UQAM.

Photo : Radio-Canada

Le problème dans le raisonnement de Mme Stuckelberger est que les vaccins à ARN messager présentement sur le marché (Pfizer et Moderna) ne contiennent pas de virus atténué ou même inactif, rendant une infection par le vaccin impossible, explique Benoit Barbeau. Le seul équivalent possible, c’est l’AstraZeneca ou le COVISHIELD, où l’on utilise un adénovirus infectieux, mais il est non réplicatif, cela voulant dire qu’il a été génétiquement modifié pour ne pas se reproduire et ne pas causer de maladie, ajoute-t-il. C’est là aussi une fausse information qui a été démentie à plusieurs (Nouvelle fenêtre) reprises (Nouvelle fenêtre)

Pour ce qui est de la dengue, la situation est plus compliquée et n’a rien à voir avec les vaccins contre la COVID-19. Il existe quatre sous-types différents du virus avec une immunité spécifique à chaque sous-type. Cela veut dire qu’on peut être infecté par un sous-type, développer une immunité à celui-ci, mais toujours être infecté par les autres sous-types (Nouvelle fenêtre)

De plus, une seconde infection peut avoir des symptômes bien plus graves que la première (Nouvelle fenêtre), un phénomène connu sous l’acronyme ADE (antibody-dependant enhancement en anglais, ou facilitation de l'infection par des anticorps en français). 

C’est entre autres pour ces raisons qu’une campagne de vaccination contre la dengue a été suspendue aux Philippines en 2017, alors qu’une dizaine d’enfants ayant reçu le vaccin sont décédés.

Il y a eu des concours qui ont été lancés, avec du financement, pour s’assurer que le virus COVID-19 n’avait pas un virus ADE. En ce moment, de ce qu’on peut voir, il n’y a pas eu de résultat convaincant qui suggère qu’il y a une possibilité qu’il y ait un phénomène d’ADE qui ressemble au virus de la dengue.

Une citation de :Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et spécialiste en virologie

Les sous-types du virus de la dengue sont suffisamment différents les uns des autres pour que ce phénomène existe. En ce moment, les variants COVID, ce sont quelques mutations ici et là : ce n'est pas comparable. Je ne peux pas vous dire absolument que ça ne va pas arriver, mais en ce moment, il n’y a pas de grands indices que ça va arriver, assure Benoit Barbeau.

D’autres fausses affirmations

Astrid Stuckelberger propage plusieurs autres fausses informations qui ont déjà été démenties dans la vidéo virale.

La chercheuse dit notamment que l’OMS a admis que les tests PCR ne sont pas efficaces (c’est faux, Le Soleil explique pourquoi ici (Nouvelle fenêtre)). Elle dit la même chose au sujet des CDC, ce qui est également faux (l’article des Décrypteurs à ce sujet peut être lu ici).

Mme Stuckelberger soutient également que la COVID-19 n’a jamais été isolée, ce qui prouverait qu’elle n’existe pas en termes scientifiques. C’est faux, et les Décrypteurs l’ont démenti en octobre dernier.

Finalement, elle insiste sur le fait que la campagne de vaccination actuelle est une recherche expérimentale et un essai thérapeutique, en se disant pas antivax, mais aujourd’hui, oui. Cet argument revient souvent chez les militants antivaccin, et Benoit Barbeau croit qu’il est important de nuancer ce type de propos.

Il y a eu des études précliniques et cliniques, des dizaines de milliers d'individus ont été testés, on a fait un suivi serré qui continue, et en ce moment sur le terrain on est à des millions de doses données. Je pense qu'à un moment donné, avec les données qui sortent et un rendement assez élevé, on doit arriver à la conclusion qu'au moins pour l’efficacité et le niveau de sécurité, les données sont extrêmement probantes, dit le virologue.

On entend aussi souvent parler des fameux effets à moyen ou à long terme. On n’a aucun vaccin ou presque qu’on a utilisé dernièrement pour lequel on peut se vanter d’avoir fait des analyses à moyen ou long terme. Je veux dire, on n’attendra pas 20 ou 25 ans pour s’assurer qu’un vaccin est sécuritaire. Les probabilités que quelque chose arrive sont extrêmement faibles parce que les effets secondaires sont habituellement à court terme, ajoute-t-il.

Rappelons que le vaccin de Pfizer a été pleinement autorisé aux États-Unis le 23 août, alors qu’il bénéficiait depuis décembre d'une autorisation d'urgence.

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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