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Conflit Olymel : entre victoire et grosses pertes financières

Sur une chaîne de production dans une usine, des morceaux de viande sont alignés. Au fond de la photo, on aperçoit des ouvriers en combinaison blanche en train de travailler.

Le désossement et le découpage des carcasses de porcs recommencera mardi, à l'usine Olymel de Vallée-Jonction, après plus de quatre mois de grève. (Archives)

Photo : Radio-Canada

L’usine d’abattage Olymel de Vallée-Jonction a repris un semblant d’activité cette semaine, après plus de quatre mois de grève. Pendant que certains travailleurs se réjouissent d’avoir obtenu ce qu’ils voulaient, la direction fait les comptes et ils ne sont pas bons.

À combien s’élèvent les dommages financiers causés par ce conflit de travail pour Olymel? Le montant exact n’a pas encore été déterminé, mais il s’annonce colossal.

« On parle de dizaines de millions de dollars, c’est certain. »

— Une citation de  Paul Beauchamp, 1er vice-président d'Olymel

Au fil des semaines, les déconvenues se sont succédé. Mi-août, l’entreprise a perdu son contrat d’exclusivité avec Costco Japon, parce qu’elle n’était plus en mesure d’honorer ses commandes, encore moins de dire quand elle le pourrait à nouveau.

Nos clients japonais sélectionnent un établissement plus qu’une entreprise. Ils avaient choisi d'obtenir leurs produits à l’usine de Vallée-Jonction. Il n’était donc pas question de substituer avec les produits de Saint-Esprit ou de Red Deer, en Alberta, explique Paul Beauchamp.

Paul Beauchamp premier vice-président d'Olymel.

Paul Beauchamp, premier vice-président d'Olymel, confie que les conséquences de ce conflit de travail se feront sentir sur l'activité de l'entreprise pendant encore un long moment.

Photo : Radio-Canada

L’objectif du dirigeant est maintenant d’atteindre au plus vite la cadence d’avant la crise, à savoir l’abattage de 35 000 porcs par semaine. Mais ça ne se fera pas du jour au lendemain, est-il persuadé.

Les installations de l'usine sont prêtes

L’entente de principe a été acceptée mardi soir. Dès le lendemain, des mécaniciens sont retournés à l’usine pour remettre les installations en route.

Le nettoyage sanitaire a été effectué jeudi et des employés ont repris du service vendredi, avec pour mission d’abattre 3600 porcs, dont les carcasses seront désossées et découpées mardi.

Les travailleurs le savent : ils ne vont pas manquer d’ouvrage. En raison du retard accumulé, les éleveurs ont 180 000 bêtes à conduire à l’abattoir. Le président du Syndicat des travailleurs d’Olymel à Vallée-Jonction, Martin Maurice, assure que ses collègues et lui vont retrouver leur poste, l’esprit satisfait.

On est allé chercher le maximum qu’on pouvait aller chercher. C’est un très gros gain, c’est une victoire qu’on a faite, déclare-t-il.

Des gains hors normes

La nouvelle convention collective conclue cette semaine prévoit de meilleures conditions de travail, avec notamment la mise en place d’un régime de retraite simplifié et des augmentations de salaire de 26,4 % sur six ans. Le pourcentage est conséquent.

C'est hors normes, concède Pier-Luc Bilodeau, professeur agrégé au département des relations industrielles à l’Université Laval. Mais il faut le remettre dans son contexte pour le comprendre. Quelle était la situation salariale au départ? Est-ce qu’un rattrapage était nécessaire? C’est tout ça qu’il faut voir.

Sur ce point, le syndicat souligne que depuis 2007, année d’un précédent conflit de travail à l’abattoir de Vallée-Jonction, la rémunération des salariés avait très peu été revalorisée. L’argent n’est pas seulement ce qui a motivé les syndiqués à camper sur leurs positions aussi longtemps.

C’était une guerre à faire contre un employeur qui a appauvri son monde depuis 2007. On voulait être respecté. J’avais des soldats qui étaient prêts à se battre jusqu’au bout, révèle Martin Maurice.

Martin Maurice, président du syndicat des employés d'Olymel à Vallée-Jonction.

Martin Maurice, président du syndicat des employés d'Olymel à Vallée-Jonction, affirme que le travail dans les abattoirs au Québec n'est pas bien payé ni considéré.

Photo : Radio-Canada

En manque de main-d'œuvre

Comme dans tout combat, certains guerriers se sont perdus en chemin. Sur les 1050 employés concernés, 44 ont démissionné. Un nombre qui pourrait augmenter. Les responsables d’Olymel s’attendent à d’autres départs.

L’universitaire Pier-Luc Bilodeau souligne qu’un conflit comme celui-ci, c’est un traumatisme autant financièrement que psychologiquement pour les personnes qui le vivent directement.

De quoi accentuer encore plus le manque de main-d'œuvre auquel était confrontée l’usine en Beauce avant le début de la grève, fin avril. Paul Beauchamp définit ses besoins ainsi : On pourrait facilement embaucher 150 personnes, demain matin.

Les Ressources humaines sont déjà à pied d'œuvre pour pourvoir les postes à combler. Heureusement, on a eu une annonce politique importante, même si on ne connaît pas encore tous les détails administratifs.

Début août, Ottawa et Québec se sont entendus pour permettre aux employeurs d’embaucher non plus 10 %, mais 20 % de travailleurs étrangers temporaires en ce qui concerne les postes à bas salaire dans des secteurs économiques donnés.

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