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L’histoire mouvementée de la création de l’Université de l’Ontario français

L’ouverture de l'Université de l’Ontario français est l’aboutissement d'une lutte menée par les Franco-Ontariens depuis plusieurs décennies.

Façade d'un immeuble moderne.

Le campus de l'Université de l'Ontario français est situé rue Lower Jarvis dans un immeuble neuf du centre-ville de Toronto.

Photo : Capture d'écran - Google Street View

L’Université de l'Ontario français ouvre enfin ses portes ce mois-ci après des dizaines d’années de revendications de la communauté franco-ontarienne pour se doter de sa propre institution unilingue protégée par la loi provinciale.

Ce mouvement de longue haleine trouve ses origines à la fin des années 60, devant la réduction des effectifs d'étudiants francophones à l’université bilingue d’Ottawa puis les limites mises à l’expansion de la programmation en français à la Laurentienne.

Deux solutions étaient proposées par les partisans, selon Linda Cardinal, professeure émérite à l'École d'études politiques à l'Université d'Ottawa et professeure associée à l'UOF : élargir la francophonie ontarienne à l'Université d'Ottawa, ou bien créer un établissement d'enseignement supérieur en français, géré par et pour les francophones.

Mais pendant une quarantaine d’années, la volonté politique et l’organisation communautaire n’étaient cependant pas assez fortes pour faire bouger les lignes, malgré un sursaut à la fin des années 1980 dans la foulée de l’adoption de la Loi sur les services en français.

Les conseils scolaires francophones étaient intronisés, tout comme certains collèges, mais aucune solution universitaire n’était intégrée à la loi.

L’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 a aussi joué un rôle, selon Mme Cardinal, en ce sens qu’il confirme le droit des minorités de langue officielle à une éducation dans leur langue maternelle. Mais ce droit s’applique au primaire et au secondaire, ce qui fait que le postsecondaire dans les collèges et les universités n'avait pas été pris en compte à l'époque, dit-elle.

Le dossier était très, très chaud, se remémore Dyane Adam, présidente du Conseil de gouvernance de l'UOF et ancienne commissaire aux langues officielles, surtout dans la région du Nord-Est et de Sudbury.

C'était vraiment un besoin d'affirmation de la part de la communauté d'être en contrôle de ses institutions. Elle ne se sentait pas, à l'époque, bien servie par l'Université Laurentienne.

Une citation de :Dyane Adam, présidente du Conseil de gouvernance de l’Université de l’Ontario français

La suite des revendications suivra le fil de différents rapports, commissions et de l’élection de gouvernements ouverts à la mise en place d’un tel projet, comme celui dirigé par le libéral Dalton McGuinty.

Ufo, cliquez ici.

Les années 2010, cycle de revendications décisif

Mais il aura fallu l’apparition d’un acteur clé, le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) en 2009, pour qu’un nouveau cycle, décisif, se mette en marche.

Cette formation est un symbole de la génération de l'article 23 (de la Charte), qui est habituée à une école primaire en français, une école secondaire en français et qui est habituée au principe des établissements gérés par et pour les francophones, analyse Linda Cardinal.

Ils procèdent à l'alignement sur les différents acteurs, font le travail de démarchage politique, s'imposent et réussissent à faire mettre cette question à l'agenda ou à l'ordre du jour gouvernemental au moment où les libéraux reviennent au pouvoir, à partir de 2013.

Un portrait de Linda Cardinal

Linda Cardinal. (archives)

Photo : Radio-Canada / Courtoisie Linda Cardinal

L’Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) participent à l’effort de promotion auprès de la communauté et du pouvoir politique

Ce travail est ardu, en partie parce que les universités bilingues avaient beaucoup de réticences – pour rester poli – au projet d'Université de l'Ontario français, estime le président du RÉFO, François Hastir, dans une entrevue fin août.

Le choix d'établir le projet à Toronto découle entre autres de l'explosion de la démographie francophone dans le centre sud-ouest de la province, rappelait en 2017 Serge Dupuis, spécialiste de la culture d'expression française en Amérique du Nord à l'Université Laval.

La loi 177, un soulagement de courte durée

C’est en décembre 2017 que le projet de loi 177, qui comprend le projet de l'université franco-ontarienne, est officiellement adopté à l’Assemblée législative de l’Ontario.

Je pensais que ça y était, se souvient Linda Cardinal. C'était l'aboutissement de 40 ans d'histoire.

Pourtant, quelques mois plus tard, le nouveau gouvernement du conservateur Doug Ford brisera - temporairement, mais brusquement - l’élan en fermant les vannes du financement de la future Université de l’Ontario français.

La loi, elle, reste en vigueur.

Il a fallu reprendre le bâton du pèlerin [...] pour qu'on puisse avoir un nouveau pacte avec le gouvernement.

Une citation de :Linda Cardinal, professeure associée à l'Université de l'Ontario français

Surtout, la compression dans les services en français, dont le financement de l’UOF, a donné lieu à des manifestations de grande ampleur de la part des Franco-Ontariens, le 1er décembre 2018.

Une foule avec des drapeaux ontariens levés dans les airs par plusieurs.

Des milliers de manifestants réunis à Ottawa, le 1er décembre 2018.

Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE

Ça nous a pris un peu moins d'un an quand même à travailler avec le gouvernement, l'influencer pour qu'il comprenne davantage la nécessité de cette institution, le pourquoi et le comment, rappelle Mme Adam.

Après une série de va-et-vient entre les gouvernements provincial et fédéral, une entente permettant de financer l’UOF pendant huit ans a finalement été ratifiée.

À l’aube de l’entrée de la première cohorte étudiante au 9, rue Lower Jarvis, la pérennité de l’établissement doit désormais être priorisée.

La question du financement est constante dans la tête des responsables des universités, notamment des petites universités, assure Linda Cardinal.

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