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Erin O’Toole obligé de clarifier sa position sur les armes d’assaut

Erin O'Toole debout parlant au micro.

Erin O'Toole.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Depuis jeudi soir, le chef conservateur semble être en contradiction avec sa propre plateforme électorale en ce qui concerne l’interdiction des armes d’assaut au pays. Ses adversaires l'ont accusé de tenter de tromper la population avec des questions de sémantique, en s'appuyant sur un changement législatif vieux de plus de 40 ans pour justifier un double discours.

On va maintenir l’interdiction sur les armes d’assaut et, en plus, on va travailler en étroite collaboration avec les policiers et avec l’Agence des services frontaliers pour stopper la contrebande, a soutenu Erin O'Toole, vendredi matin, lors d'un point de presse sur la présentation de son plan pour s'attaquer à la violence armée dans les grandes villes canadiennes.

Cette déclaration, le chef du Parti conservateur du Canada (PCC) l'avait aussi formulée la veille, pressé de faire connaître sa position sur l'interdiction des armes d'assaut de type militaire par Justin Trudeau lors du Face-à-Face organisé par le réseau TVA.

Or, dans sa plateforme, le Parti conservateur affirme qu’il souhaite abolir le projet de loi C-71 et le décret de mai 2020 du gouvernement libéral. Techniquement, tout le monde dit vrai. Alors, pourquoi ces deux positions, celle du chef et de la plateforme, semblent-elles en contradiction?

Le diable est dans les détails

En fait, la législation qu'Erin O'Toole répète vouloir maintenir n'est pas celle établie par les libéraux, mais bien le projet de loi C-51 adopté par la Chambre des communes en 1977 (Nouvelle fenêtre) qui désigne les armes d'assaut entièrement automatiques comme étant des armes prohibées.

La législation libérale vise plutôt à resserrer le contrôle d'un autre type d'armes, les armes à feu de style militaire, en plus d'en inscrire 1500 nouvelles en tant qu'armes prohibées. Cette dernière loi serait bel et bien abolie par le chef conservateur, comme l'indique sa plateforme.

Erin O'Toole n'a cependant pas précisé à quelle législation il faisait référence lorsqu'il s'est exprimé publiquement sur le sujet. Devant la confusion quant au discours conservateur, le directeur des communications du parti pour le Québec, Axel Rioux, a tenté d'éclaircir la situation dans une déclaration transmise par courriel.

Nous allons commencer par abolir le projet de loi C-71 et le décret de mai 2020, et faire un examen de la Loi sur les armes à feu avec la participation des forces de l’ordre, des propriétaires d’armes à feu, des fabricants et du public, écrit-il, répétant le passage exact compris dans la plateforme conservatrice.

Comme M. O’Toole l’a toujours dit, les armes d’assaut resteraient interdites — nous n’allons pas abroger l’interdiction des armes d’assaut. Cela a toujours été notre position, ajoute-t-il, cette fois en référence directe au changement législatif de 1977 concernant les armes d'assaut et non les armes d'assaut de type militaire.

Sur son site web, l'Association canadienne pour les armes à feu affirme que le terme arme d'assaut de style militaire est inventé. Ce terme vise à donner l’impression que ces armes à feu ne conviennent pas à la chasse ou au tir sportif. Elle ajoute que les véritables armes d’assaut (celles pouvant être utilisées en mode automatique) sont interdites au Canada depuis au moins 1969.

Un manque de clarté, disent les adversaires d'Erin O'Toole

Les adversaires du Parti conservateur se sont montrés peu impressionnés par cette stratégie de communication.

Justin Trudeau soutient qu'Erin O'Toole tente de confondre les électeurs sur une base sémantique, en donnant une réponse à une question concernant le contrôle des armes d'assaut de style militaire, mais en parlant en fait de l'interdiction des armes d'assaut tout court, deux choses distinctes au sens actuel de la loi.

Le manque de clarté sur cet enjeu est malheureusement typique d’un chef qui dit une chose aux groupes d’intérêts spéciaux, que ce soit les groupes anti-choix, que ce soit le lobby des armes à feu, que ce soit ceux qui nient les changements climatiques, et il essaie de dire le contraire aux Canadiens, a dénoncé Justin Trudeau vendredi.

Il s'est fait prendre en train de dire une chose à ses amis du lobby des armes à feu et le contraire aux Canadiens.

Une citation de :Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

Le chef du Bloc québécois s'est lui aussi inquiété de la rhétorique conservatrice, vendredi. Ce qu’une loi va contenir, à part la phrase qu’on dit dans un débat, souvent, c’est très différent. Moi, je veux voir monsieur O’Toole soit réaliser sa promesse de bannir les armes d’assaut ou soit répéter en anglais ce qu’il a dit hier en français, et voir comment il va être reçu dans l’Ouest, a lancé Yves-François Blanchet en rappelant que la reclassification d'armes est un processus long et complexe.

Jagmeet Singh a pour sa part résumé la confusion en des termes très simples : Les conservateurs disent deux choses. Ils disent qu’ils sont contre, mais dans leur plateforme, ils sont pour les armes d’assaut. Nous, notre position est claire, nous voulons protéger la population, a assuré le chef néo-démocrate.

Les libéraux avaient eux aussi fait l'objet de critiques après avoir choisi de ne pas rendre obligatoire leur programme de rachat des armes d'assaut mises à l'index. Leur plateforme de la présente campagne promet d'instaurer cette obligation et de détruire ou de rendre inutilisables les armes ainsi récupérées.

Un fait que n'a pas manqué de souligner Yves-François Blanchet. Ils ont dit : "Ouais, on va se corriger et on va le rendre obligatoire, parce qu’on est en campagne électorale et qu’on paraît mal à côté du Bloc", a-t-il résumé.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

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