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Envoyé spécial

Dune : la lettre d’amour de Denis Villeneuve au cinéma

Un homme barbu sourit.

Le cinéaste Denis Villeneuve lors de la présentation de «Dune» en première mondiale à Venise vendredi

Photo : afp via getty images / MIGUEL MEDINA

Dune est un événement cinématographique présenté en grande première mondiale à la Mostra de Venise ce vendredi. Au-delà du marketing et du tapis rouge, est-ce que ce film est à la hauteur? Oh que oui! 

Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit est la phrase la plus célèbre du livre Dune. Visiblement, le réalisateur Denis Villeneuve a bien appris la leçon, jouant d’audace pour son adaptation cinématographique de ce chef-d'œuvre de science-fiction.

Il fallait être un peu fou et ne pas avoir froid aux yeux pour adapter à nouveau au cinéma le roman Dune, de Frank Herbert, paru en 1965. Après le projet d’Alejandro Jodorowski avorté dans les années 70 et l’échec du film de David Lynch sorti en 1984, Denis Villeneuve a voulu gravir l’Everest cinématographique. Le livre est à la fois complexe et sinueux, le Dune (partie 1) était donc un pari risqué.

Huit hommes et trois femmes posent sur un tapis rouge.

Visuellement éblouissant

Avec ses déchirements, ses luttes à n’en plus finir et son océan de sable, Dune version Denis Villeneuve est une fresque cinématographique visuellement à couper le souffle qui a été tournée dans le désert de Jordanie. Avec en toile de fond des émotions à fleur de peau, le cinéaste, à grands coups de plans rapprochés, vise la tête, pour ensuite mieux toucher le cœur. De ce livre de science-fiction à la fois politique, philosophique, religieux et écologique, le réalisateur a fait un film passionnant de 2 h 35 min.

Dune est un voyage en 10191 où les Atréides et les Harkonnens se livrent une guerre sans merci pour régner sur la planète de sable Arrakis (Dune), dont le sol contient l’épice gériatrique, la ressource la plus prisée de tout l’univers puisqu’elle permet de prolonger la vie et d’effectuer des voyages interstellaires. Entre les deux clans rivaux se trouvent les Fremens, le premier peuple de Dune. Au centre de ce monde à la fois mystique et shakespearien évolue Paul Atréides, incarné par le très convaincant Timothée Chalamet, qui s’est notamment démarqué dans Appelle-moi par ton nom (Call Me by Your Name) en 2017. Le jeune Paul, âgé de 15 ans, pourrait bien changer la destinée de Dune et de tout l’univers connu. 

Le livre original contient environ 600 pages, et ce n’est pas une mince affaire que de tout bien raconter. En 1984, David Lynch avait décidé d’en faire un seul film, Denis Villeneuve a décidé d’en faire deux. C’est donc la première partie qui nous est présentée. 

Le film commence avec le point de vue des Fremens, ces guerriers et guerrières qui rêvent d’un monde meilleur sur Dune où il y aurait de l’eau en abondance, une denrée rare. Les Fremens attendent que le messie (Muad’Dib) leur vienne en aide.  

Un récit à la fois digeste et haletant

Le réalisateur brille ici par sa profonde connaissance du texte original et par ses choix artistiques pour en tirer le meilleur. Par rapport au roman, Denis Villeneuve a pris certaines libertés – le personnage de Liet Kynes est interprété par une femme, Sharon Duncan-Brewster – et il a effectué quelques raccourcis nécessaires pour rendre le récit digeste et haletant, comme la scène du sauvetage en ornithoptère.

On retrouve dans le Dune 2021 plusieurs scènes mémorables, qu’on pense à celle du Gom Jabbar ou encore à la grande rencontre avec le Shai-Hulud, un ver des sables. Les scènes de combats à la Kurosawa nous restent aussi en mémoire, tout comme le grand affrontement lors du débarquement des Sardaukar. Tout au long du film, on voit l’épice s’écouler à flots , une autre phrase culte de Dune.

Depuis le succès de son film Incendies (2010), Denis Villeneuve fait des films d’auteur avec des moyens hollywoodiens, dont Prisonniers (Prisoners), en 2013, L’arrivée (Arrival), en 2016, et Blade Runner 2049, en 2017. Dune a bénéficié d’un budget de près de 200 millions de dollars. Denis Villeneuve fait partie de ces rares réalisateurs capables de faire des films à la fois divertissants et riches en contenu. 

Un film qui rappelle des classiques hollywoodiens

Avec Dune, Denis Villeneuve rend hommage à un classique du cinéma en utilisant une musique similaire à celle entendue dans la scène de la porte des étoiles de 2001 : l’odyssée de l’espace (1968), de Stanley Kubrick. Sous une fine pluie de sable, Dune est à mi-chemin entre Laurence d’Arabie (1962), La guerre des étoiles (Star Wars, 1977), C’est l’apocalypse (Apocalypse Now, 1979) et tous ces films légendaires qui ont marqué nos écrans de cinéma. Le baron Vladimir Harkonnen de ce Dune est un émule du colonel Kurtz (Marlon Brando) dans Apocalypse Now

Denis Villeneuve a puisé son inspiration dans ce qu’il a vu, mais aussi dans ce qu’il a créé depuis le début de sa carrière. Il y a des effluves d’Arrival dans la conception des vaisseaux et des couleurs de Blade Runner 2049 dans son esthétique. Son plus récent long métrage est un hommage aux classiques du cinéma, mais surtout la synthèse de tout ce que Denis Villeneuve a fait de mieux. 

Un homme et une femme debout dans le désert avec des fils dans le nez.

Timothée Chalamet et Rebecca Ferguson dans une scène de « Dune » dans le désert de Jordanie

Photo : Chiabella James Warner

Après avoir vu sa sortie reportée à cause de la pandémie, Dune débarque enfin au cinéma, d’abord en grande première à la Mostra de Venise puis au TIFF de Toronto, et ensuite partout dans le monde. Il s’agit d’une production importante pour le réalisateur, qui, après avoir lu le livre à l’adolescence, avait toujours rêvé d’en faire un film. 

Il est fort probable que nous entendrons encore longtemps parler de ce Dune, qui se retrouvera sans doute et sans surprise à la prochaine cérémonie des Oscars au minimum dans les catégories de la meilleure réalisation, des meilleurs effets spéciaux, des meilleurs costumes et de la meilleure musique. 

En ce qui concerne la deuxième partie, il faudrait attendre longtemps avant de la voir. Les studios Warner ont annoncé que l’épice devra couler à flots dans les salles de cinéma lors de la sortie de la première partie, dont la sortie est prévue le 22 octobre, pour que la suite soit produite.

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