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Changements climatiques : comment reconnaître la sincérité des politiciens?

Justin Trudeau, Annamie Paul, Jagmeet singh et Erin O'Toole devant une usine.

Le réchauffement climatique est l'un des enjeux au coeur de l'élection fédérale.

Photo : Radio-Canada

Camille Vernet

Changements climatiques : comment déceler les promesses qui apporteront de réels changements? L’auteur du livre The Citizen’s Guide to Climate Success et professeur à l’École de gestion des ressources et de l’environnement de l’Université Simon-Fraser, Mark Jaccard, s’est intéressé à la sincérité des politiciens et nous donne des astuces pour y voir plus clair.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de parler des promesses électorales sur l’environnement afin que les citoyens puissent s’informer et faire un vote éclairé?

Mark Jaccard (M.J.) : Cela fait 30 ans que j'aide les gouvernements, les groupes environnementaux, ou les industries lorsqu’ils veulent avoir des politiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et j'ai aussi aidé les médias pendant, et entre, les élections et j'ai constaté que ça semble très difficile pour les citoyens de faire une évaluation comparative entre les politiques de chaque parti. Mais, en fait, ce n'est pas si compliqué que ça. Donc, j'essaie dans le livre de présenter quelques règles simples.

Par exemple, pendant l'élection fédérale actuelle, les verts ont promis de réduire les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 de 60 %, le NDP vise 50 %, les libéraux, 40 %, et les conservateurs, 30 %. Une analyse naïve serait de dire que ce sont les verts qui sont les plus sincères. Je vais voter pour le Parti vert si je veux faire des progrès en ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Je constate simplement qu'on peut promettre n'importe quelle cible, mais ce qui compte vraiment, ce sont les politiques concrètes.

Et, donc, quelles sont ces politiques concrètes et quelles sont les règles pour reconnaître la sincérité des politiciens?

M.J. : Un politicien sincère, [en ce qui a trait à] la grande question du climat, doit avoir une cible de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Et cette cible doit être réaliste en termes économiques, et en même temps ambitieuse. Ça, c'est la première chose.

Il doit y avoir, et c'est essentiel, des politiques qui sont sérieuses, qui vont vraiment avoir un effet de diminution des émissions de gaz à effet de serre. Les experts indépendants, les modélisateurs de l'économie comme moi, doivent pouvoir démontrer que ces politiques vont atteindre leurs cibles.

Les politiques sérieuses sont, ou bien une taxe carbone, ou bien des réglementations qui deviennent de plus en plus restrictives. Cela peut être une taxe carbone, comme on a en Colombie-Britannique aujourd'hui, ou un cap [système de plafonnement et d'échange de droits] sur les émissions de gaz à effet de serre avec des permis échangeables comme au Québec.

D'autre part, il y a aussi les réglementations sur les technologies et leur efficacité sur leurs émissions. Par exemple, sur les voitures, les bâtiments, les processus industriels, la production d'électricité. Il doit y avoir les réglementations qui obligent l’utilisation de certaines technologies ou le choix d’une énergie à faibles émissions ou zéro émission.

Ces politiques, dans leur ensemble, doivent être organisées et implantées d'une manière qui soit bonne pour l'économie [...] et pas trop mauvaise pour les peuples, qui doivent être protégés. Comme les travailleurs dans les industries qui sont sous pression, les gens dans les régions qui sont les plus vulnérables, surtout les plus pauvres, ou les peuples autochtones qui vivent dans des villes isolées et qui dépendent encore aujourd'hui du diesel. Il faut qu’il y ait de l’aide pour ces gens dans la transition vers un système économique qui utilise moins de combustibles fossiles et beaucoup moins d'émissions de gaz à effet de serre.

Mark Jaccard a dirigé la Commission de régulation de l’énergie de la Colombie Britannique de 1992 à 1997. Il est membre du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Auteur de plusieurs livres sur les changements climatiques et l’économie, il est également professeur à l'École des ressources et de la gestion de l’environnement à l’Université Simon-Fraser, à Burnaby.

Quels sont, selon vous, les pièges à éviter, les promesses inefficaces?

M.J. : Les programmes d’innovation ou de subventions pour les maisons ou pour acheter des voitures zéro émission, ce genre de politiques ne sont pas suffisantes pour observer de vraies réductions. Il faut des prix [sur le carbone] et des réglementations.

Il y a l’exemple d'une promesse qui sera que l'industrie va payer, et pas nous. L'industrie au Canada, c'est des emplois pour les gens, de la richesse. Les mines, l'industrie forestière, toutes ces industries comme l'acier, l'aluminium, le ciment, ce sont des industries qui ont beaucoup d’émissions.

L'ensemble des pays dans le monde n'ont pas la même rigueur, les mêmes ambitions politiques au niveau du climat. Donc, il y aura toujours un défi pour un pays qui veut agir et qui veut avoir un rôle de leader. Comment protéger vos industries et, en même temps, réduire les émissions?

C'est un défi, mais il y a d'autres pays qui sont en avance sur nous, comme les pays scandinaves. Ils ont trouvé un moyen de subventionner les investissements à faible et zéro émission dans les processus de production de ces industries. Et l’on commence à faire ça un petit peu au Canada, au niveau fédéral, mais également au niveau des provinces.

Ce texte ayant été tiré d'une entrevue, certaines réponses ont été adaptées pour en faciliter la lecture.

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