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Le postsecondaire en français, un enjeu de la campagne fédérale

L'Université de Sudbury.

Les étudiants qui souhaitaient fréquenter l'Université de Sudbury devront patienter.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Les déboires des établissements postsecondaires francophones à l’extérieur du Québec, ces dernières années, trouvent un écho dans la campagne électorale fédérale. L’enjeu est une priorité pour les communautés francophones et acadiennes.

Maintenant, ce n’est pas possible de terminer mon baccalauréat entièrement en français. [...] L’année prochaine, je vais devoir prendre des cours en anglais, parce qu’ils sont obligatoires, mais ne sont pas offerts à Saint-Jean.

Étudiante en 2e année du baccalauréat ès arts au Campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta, Chiara Concini dit voir de très près les effets des difficultés financières de son établissement, qui ont conduit à la suppression de plusieurs cours l’année dernière.

Plusieurs autres étudiants se retrouvent dans la même situation, dit celle qui est également vice-présidente externe de l'Association des universitaires de la Faculté Saint-Jean.

Une femme pose pour une photo dehors, elle sourit.

Chiara Concini, étudiante au Campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta et vice-présidente externe de l'Association des universitaires de la Faculté Saint-Jean

Photo : Gracieuseté

Ancienne élève de l’immersion, elle s’est fait un point d’honneur d'étudier en français. Et dans sa province, le Campus Saint-Jean lui est apparu comme la meilleure option. Mais à 19 ans, cette anglophone d’Edmonton commence à imaginer l’avenir loin de chez elle.

Je sais que l’année prochaine, la majorité de mes cours seront en anglais si je continue au Campus. Alors je regarde les options, comme l’Université d’Ottawa, car je veux vraiment étudier en français, raconte-t-elle.

Un réseau en difficulté

Le Campus Saint-Jean n’est pas le seul établissement postsecondaire francophone à connaître des difficultés, note l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), qui regroupe 22 collèges et universités de la francophonie canadienne.

Même si elle a évité un déficit redouté cette année, l’Université de Moncton est elle aussi à la recherche d’un second souffle.

Photo de Denis Prud'homme.

Denis Prud'homme, recteur et vice-chancelier de l'Université de Moncton (archives)

Photo : Radio-Canada

On a un déficit structurel opérationnel. En raison de l’inflation, chaque année, on a une charge additionnelle qui peut varier entre deux et trois millions de dollars, alors que les subventions provinciales sont stables, explique son recteur et vice-chancelier, Denis Prud'homme. Ça finit par rattraper les différents programmes en termes de ressources humaines, d’infrastructures, de services auprès des étudiants, par exemple en santé mentale.

On n’a pas eu un "jeudi noir", on a eu 10 ans de noirceur.

Une citation de :Denis Prud'homme, recteur et vice-chancelier de l’Université de Moncton

L’Université de Moncton a décidé d’augmenter ses droits de scolarité, mais cette arme est à double tranchant, dit le recteur.

Notre mandat, c’est d’augmenter l’accès à l’éducation postsecondaire des Acadiens et des francophones [...] donc on doit faire attention que ça ne devienne pas une barrière. [...] Et si on est trop près de nos compétiteurs anglophones, ça va tenter plusieurs Acadiens de poursuivre leur formation en anglais.

Un rôle particulier

Le rôle des établissements postsecondaires francophones ne se limite pas à transmettre le savoir, rappelle Linda Cardinal, professeure émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa et spécialiste de la francophonie canadienne. Raison pour laquelle, dit-elle, les organismes de la francophonie canadienne en ont fait une priorité de la campagne électorale fédérale.

Ce sont les nouveaux centres culturels, parce que c’est à travers [eux] que passent l’avenir des communautés en milieu minoritaire, leur développement, l’accueil des immigrants… C’est ça qu’a compris le milieu communautaire, analyse Mme Cardinal.

La communauté acadienne a besoin d'institutions d’éducation fortes pour assurer sa survie.

Une citation de :Julien Massicotte, président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université de Moncton, campus d’Edmunston

Aujourd’hui, les yeux sont tournés vers le gouvernement fédéral, qui finance une partie de ces établissements dans le cadre de son rôle quant à l’épanouissement des communautés de langues officielles en situation minoritaire.

Si on fait appel au fédéral, c’est parce que les gouvernements provinciaux se sont jusqu’à un certain point déresponsabilisés par rapport à l’éducation postsecondaire, estime le président de l’Association des professeures et professeurs de l’Université de Moncton, campus d’Edmunston, Julien Massicotte.

Denis Prud’homme estime qu’il lui faudrait 1000 étudiants de plus par année pour pouvoir avoir les coudées franches. Mais dans le contexte démographique du Nouveau-Brunswick, l’atteinte d’un tel objectif ne sera pas chose aisée.

La professeure Linda Cardinal de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l'Université d'Ottawa.

Linda Cardinal, professeure émérite à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa (Archives)

Photo : Radio-Canada

Les formules de financement reposent sur des nombres et, en milieu minoritaire, les nombres [...] ça pénalise toujours. [...] On ne peut pas s’attendre [...] à renflouer les coffres seulement avec les inscriptions des étudiants, parce qu’on n’aura jamais des cours à 600 étudiants comme dans les grandes universités, rappelle Mme Cardinal.

Un enjeu de campagne

L’enjeu semble suffisamment important pour avoir attiré l’attention des partis. La preuve en est la récente visite de Jagmeet Singh et de Justin Trudeau à Sudbury, sur fond de crise à l'Université Laurentienne.

Le chef en compagnie de son équipe devant un édifice.

Le chef du Nouveau Parti démocratique Jagmeet Singh a fait un point de presse devant les locaux de l’Université Laurentienne à Sudbury, fin août (archives).

Photo : Radio-Canada

La question du financement des institutions postsecondaires de langue française, notamment sur le modèle "par et pour" que propose l’Université de Sudbury, est devenue un enjeu national. Et [notre] institution en est devenue en quelque sorte le symbole, estime le recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury, Serge Miville.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) demande à chaque parti d’appuyer publiquement le projet de transformation de l’Université de Sudbury en université de langue française.

Un homme à son bureau.

Serge Miville, recteur et vice-chancelier de l’Université de Sudbury (archives)

Photo : Radio-Canada

C’est clair qu’avec un engagement de tous les partis, ça veut dire que Mme Dunlop [ministre des Collèges et Universités] n’a plus qu’à signer, juge M. Miville, expliquant attendre encore la décision de la province pour voir avancer le projet.

Des engagements et des demandes

À Sudbury, le chef du Parti libéral du Canada s’est engagé à investir 40 millions de dollars de plus par année dans les universités en milieu linguistique minoritaire. Du côté des conservateurs, on propose de créer une nouvelle enveloppe budgétaire de 30 millions de dollars par année afin d’offrir un financement fédéral aux établissements d’enseignement postsecondaire francophones. Le Nouveau Parti démocratique n’a, pour sa part, pas encore chiffré l’appui qu’il promet.

Justin Trudeau accompagné de partisans habillés en rouge avec des masques.

De passage à Sudbury, Justin Trudeau a promis plus d'argent pour les établissements d'enseignement en milieu linguistique minoritaire (archives).

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

C’est vraiment de la musique à nos oreilles, dit la présidente-directrice générale de l’ACUFC, Lynn Brouillette, qui rappelle qu’un financement permanent est demandé depuis des années. Un financement additionnel amènerait cette stabilité qui n’est pas là présentement [...] pour ultimement augmenter la formation en français.

Les enjeux francophones, ce sont des enjeux canadiens. Et le bilinguisme, c’est un enjeu canadien.

Une citation de :Chiara Concini, vice-présidente externe de l'Association des universitaires de la Faculté Saint-Jean

Il y a déjà un certain appui du fédéral, mais c’est clair que, ce qu’on voit dans les dernières années, ce n’est pas suffisant, explique Mme Brouillette.

Les trois demandes de l'ACUFC :

  • un règlement d’application de la partie VII de la Loi sur les langues officielles
  • un énoncé de politique publique qui reconnaît la mission civique des établissements postsecondaires en contexte francophone minoritaire
  • un nouveau programme permanent d’appui aux établissements postsecondaires

Ce financement additionnel devrait être versé directement aux établissements, soutient M. Prud’homme, et ne plus reposer sur des projets car dans une institution francophone en situation minoritaire, le nombre d’étudiants est toujours limité et quand le financement fédéral finit, c’est l’Université qui doit l’absorber, dit-il.

La PDG de l’ACUFC insiste sur le fait que les établissements postsecondaires en français sont des alliés importants pour permettre au gouvernement de réaliser ses objectifs, comme celui d’accroître le bilinguisme, mais aussi de répondre à la pénurie de main-d'œuvre, notamment en éducation.

Elle rappelle, par ailleurs, qu'à l’issue des élections, l’ACUFC entamera des états généraux sur le postsecondaire en milieu minoritaire, dont les conclusions seront connues au printemps 2022.

Dans votre agenda :

Les enjeux francophones seront au cœur d'un débat animé par Mathieu Nadon le 15 septembre, de 20 h à 21 h, qui sera diffusé en direct sur les ondes de RDI, en plus d’être disponible sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux de Radio-Canada.

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