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Un autre gouvernement minoritaire pourrait ne durer que 18 mois, dit Trudeau

Justin Trudeau participant à la joute oratoire.

Justin Trudeau (chef du Parti libéral du Canada) lors de la soirée du « Face-à-Face 2021 » aux studios de TVA à Montréal dans le cadre des élections fédérales 2021 le jeudi 2 septembre 2021.

Photo : Martin Chevalier / Agence QMI

Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a lancé un appel à peine voilé à l'élection d'un gouvernement majoritaire, jeudi soir, dans le cadre du Face-à-Face du réseau TVA qui a permis d'exposer les lignes de fracture entre les leaders fédéraux sur des sujets comme la santé, les garderies et l'environnement.

Dans le cas où les élections du 20 septembre déboucheraient à nouveau sur un gouvernement minoritaire, les chefs du Parti conservateur, Erin O’Toole, et du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, se sont entendus pour dire que les partis politiques devraient travailler ensemble.

On est supposés respecter les mandats de quatre ans en vertu de la loi sur les élections à date fixe, a également estimé le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. Dans son allocution de clôture, le chef bloquiste a demandé aux Québécois de lui donner la balance du pouvoir. Et le prochain gouvernement, quel qu’il soit, devra respecter le Québec, a prévenu M. Blanchet.

Justin Trudeau, lui, a fait preuve de beaucoup moins d’enthousiasme. En raison des différences qu'on a avec les conservateurs sur la vaccination, sur les garderies, sur l'environnement, a-t-il dit, je pense [...] qu’on se retrouverait peut-être en 18 mois dans une autre élection, si on avait un gouvernement minoritaire.

Les Québécois, les Canadiens, ont un choix clair à faire. M. O’Toole veut revenir en arrière sur la vaccination, ne peut même pas exiger à ses candidats d’être vaccinés.

Une citation de :Justin Trudeau, chef du Parti libéral

Les chefs des trois principaux partis d’opposition au Parlement sortant ont martelé que non, des élections fédérales n'étaient pas nécessaires durant la présente pandémie. Et ils l’ont dit haut et fort au premier ministre sortant dans le premier segment de la soirée.

Pourquoi avez-vous déclenché une élection en plein [milieu] d’une quatrième vague de pandémie, avec des feux de forêt en Colombie-Britannique et avec la situation sur le terrain en Afghanistan?, lui a demandé le chef conservateur Erin O’Toole dans le premier quart d’heure du débat. Notre démocratie est plus robuste que vous ne le pensez, a répondu Justin Trudeau.

Si vous aviez été majoritaires, auriez-vous été en élections [quand même] pour obtenir un mandat clair pour lutter contre la pandémie?, avait auparavant demandé le chef bloquiste Yves-François Blanchet au chef libéral. C’est une bonne question, M. Blanchet, lui avait répondu M. Trudeau, légèrement décontenancé.

On a été élus pour quatre ans, a pour sa part rappelé le leader néo-démocrate Jagmeet Singh. Et il reste deux ans.

Système de santé

Erin O’Toole participant à la joute oratoire.

Erin O’Toole (chef du Parti Conservateur du Canada) lors de la soirée du « Face-à-Face 2021 » aux studios de TVA à Montréal dans le cadre des élections fédérales 2021 le jeudi 2 septembre 2021.

Photo : Martin Chevalier / Agence QMI

Le ton a monté d’un cran après 30 minutes d’échanges, lorsque le chef libéral Justin Trudeau a accusé son adversaire conservateur, Erin O’Toole, de croire à un système de santé à deux vitesses, où les riches peuvent payer pour accélérer leur traitement, pour sauter par-dessus la file d’attente.

M. O’Toole a répliqué en soulignant que le PLC avait, en début de campagne, manipulé une vidéo pour mélanger les Canadiens, en faisant référence à un tweet controversé de la vice-première ministre sortante Chrystia Freeland. Le commissaire aux élections fédérales a dit depuis qu'elle n'avait pas contrevenu à la loi électorale.

Je suis totalement en faveur d’un système de santé public et universel.

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur

Le chef conservateur a ajouté qu’il promettait d’augmenter les transferts en santé de manière historique une fois la pandémie de COVID-19 terminée.

M. O’Toole, vous dites différentes choses dans différentes parties du pays, a rétorqué son homologue libéral. Vous aviez dit que vous vouliez que le secteur privé joue un plus grand rôle!

Mis au défi à plusieurs reprises par Justin Trudeau de rassurer les Québécois en leur disant qu’il ne croyait pas à un système à deux vitesses et qu’il ne voulait pas plus de privé dans le système de santé, le chef conservateur a fini par dire que ce n’était pas le cas, répétant qu’il augmenterait les transferts dans le système public s’il était élu le 20 septembre.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

Garderies

Le chef bloquiste a talonné son adversaire conservateur au sujet de l’entente conclue entre le fédéral et le gouvernement du Québec sur le versement de 6 milliards de dollars sans condition pour les garderies.

Tandis qu’Erin O’Toole évitait de s’engager à respecter l’entente, M. Blanchet a promis de se battre contre tout gouvernement qui la remettrait en question. Et jamais livrer la marchandise, lui a lancé le chef conservateur en guise de réplique.

On va aider toutes les familles québécoises tout en respectant les champs de compétence, a ajouté M. O’Toole, dont le parti promet de créer un crédit d’impôt à l’intention des familles au lieu d’un système universel de services de garde.

M. Legault lui-même a dit : ça va créer 37 000 places, a soutenu Justin Trudeau, ajoutant que les familles à faible revenu ne paient pas pour les garderies au Québec; le crédit d’impôt ne les aidera en rien.

Trudeau attaque O'Toole sur les armes

Le chef libéral s’est également livré à une charge sentie contre son adversaire conservateur vers la fin du débat au sujet du contrôle des armes à feu.

Justin Trudeau a reproché à Erin O’Toole de proposer, à la page 96 de son Plan de rétablissement du Canada, d’abolir la loi 71 adoptée en 2019. M. O’Toole propose de ramener les armes d’assaut dans ce pays, a-t-il affirmé, dont le fusil utilisé par Marc Lépine lors de la tuerie de Polytechnique, en décembre 1989.

Ce n’est pas vrai, a répondu son adversaire. On va maintenir l’interdiction des armes d’assaut, a-t-il répété.

Cette réplique a surpris M. Trudeau. On est en train de voir M. O’Toole dire une chose aux Québécois et une autre chose aux autres, a-t-il lancé, répétant que la promesse du Parti conservateur apparaît bel et bien dans sa plateforme électorale.

M. Trudeau se vante lui-même d’avoir banni les armes d’assaut dans ce pays, ce qui est partiellement vrai. La loi 71 interdit l’achat, la vente et l’utilisation de ces armes; la simple possession, elle, est tolérée.

Tension entre Blanchet et Singh

Jagmeet Singh participant à la joute oratoire.

Jagmeet Singh (chef du NPD) lors de la soirée du « Face-à-Face 2021 » aux studios de TVA à Montréal dans le cadre des élections fédérales 2021 le jeudi 2 septembre 2021.

Photo : Martin Chevalier / Agence QMI

Un autre échange a provoqué des flammèches, cette fois entre le chef du Bloc québécois et son adversaire néo-démocrate, qui s’était fait plus discret jusque-là.

Appelé par M. Blanchet à s’excuser auprès du bloquiste Alain Therrien pour l’avoir traité de « raciste » aux Communes et à condamner l’appui du député néo-démocrate Matthew Green au controversé professeur Amir Attaran, de l’Université d’Ottawa, M. Singh a haussé le ton pour faire le point sur ces questions.

J’ai déjà dénoncé les propos de M. Attaran et M. Blanchet le sait, et c’est complètement inexcusable d’attaquer le Québec comme ça.

Une citation de :Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Le professeur ottavien avait déjà comparé le Québec à l’Alabama du Nord.

M. Singh s’est ensuite emporté en rappelant la motion qu’il avait déposée en juin 2020 pour dénoncer le racisme systémique à la GRC que le leader parlementaire du Bloc, Alain Therrien, n’avait pas voulu appuyer. À un tel point qu’Yves-François Blanchet a fini par lui demander, en le tutoyant : Est-ce que je peux m’inviter à ton party?

Dans son exposé, M. Singh a expliqué avoir déposé cette motion après avoir parlé avec des familles qui ont perdu leurs proches à cause des violences policières. Un seul parti s’y est alors opposé, a-t-il rappelé : le Bloc québécois. Un geste irrespectueux de la part de M. Therrien l’aurait fait sortir de ses gonds par la suite et provoqué son expulsion des Communes, a relaté le chef du NPD.

« Fais-toi pousser une colonne! »

Yves-François Blanchet participant à la joute oratoire.

Yves-François Blanchet (chef du Bloc québécois) lors de la soirée du « Face-à-Face 2021 » aux studios de TVA à Montréal dans le cadre des élections fédérales 2021 le jeudi 2 septembre 2021.

Photo : Martin Chevalier / Agence QMI

Yves-François Blanchet a encore une fois reproché à Justin Trudeau l’achat, par son gouvernement, du pipeline Trans Mountain, dans l’Ouest canadien, alors que les libéraux disent être en mesure de financer leurs mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de transition écologique avec l’argent tiré de ce pipeline. Pour le chef bloquiste, c’est comme dire je vais soigner ta jambe cassée en te cassant l’autre, a-t-il lancé.

Si on arrive à transformer notre industrie de l’énergie pour décarboniser, on est dans la bonne direction, a répondu le chef libéral, en rappelant qu’il veut aussi préserver des emplois dans cette transition. Je comprends que l’unité canadienne, ça ne vous intéresse pas, a-t-il laissé tomber.

Sans surprise, le troisième lien entre Québec et Lévis s’est invité dans la joute lorsque l’animateur Pierre Bruneau a rappelé au chef bloquiste certaines de ses déclarations en campagne.

Pierre Bruneau pointe en direction d'un candidat.

La soirée était animée par Pierre Bruneau.

Photo : Martin Chevalier / Agence QMI

La question a donné l’occasion au principal intéressé de réitérer sa position sur le sujet, à savoir que le troisième lien relève uniquement de la juridiction québécoise. Jamais il n'a dit qu’il appuyait le projet, a répété M. Blanchet. Tout au plus a-t-il évoqué le « potentiel écologique » de celui-ci.

Son adversaire libéral avait son attaque toute prête : M. Blanchet, lorsqu’il était ministre de l’Environnement dans le gouvernement Marois, de 2012 à 2014, a contourné trois fois le BAPE, le Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE).

Cette affirmation, vérifiée par Radio-Canada en 2019, a mis en colère le chef bloquiste, qui a reproché à Justin Trudeau et à son candidat Steven Guilbeault de la répéter sans arrêt. Il a demandé des exemples précis à Justin Trudeau en le tutoyant.

T’es sensé le savoir! Tu m’accuses de quelque chose, fais-toi pousser une colonne! Quand est-ce que j’ai contourné le BAPE?

Une citation de :Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, qui s'adressait à Justin Trudeau

Votre record [sic] comme ministre de l’Environnement au Québec, je ne l’ai pas suivi, a admis M. Trudeau. Mais ce dernier a dit faire confiance à son député et candidat Steven Guilbeault, qui a d'ailleurs tweeté quelques minutes plus tard que M. Blanchet avait contourné le BAPE pour l'inversion de la ligne 9B d'Enbridge, la cimenterie McInnis et l'exploration pétrolière à Anticosti.

Les chefs avaient été accueillis par des manifestants environnementalistes et divers syndicats, notamment, à l'extérieur des studios.

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