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La crise des opioïdes, l’enjeu oublié des élections, selon des familles de victimes

Entre 2016 et 2020, 21 174 Canadiens sont morts d’une surdose d’opioïdes.

Une femme tient une seringue.

Le nombre de surdoses mortelles a presque doublé en Alberta et en Colombie-Britannique entre 2019 et 2020.

Photo : Getty Images / urbazon

Des proches de victimes de surdose mortelle dénoncent le peu d’attention accordée par les chefs de parti à la crise des opioïdes, qui a pris des proportions sans précédent depuis le début de la pandémie. Ils les accusent également de manquer d’ambition pour s’y attaquer. 

La tristesse a laissé place à la colère dans le cœur de Sandra Lindner. Sa fille, Audrey, est morte d’une surdose il y a un peu plus d’un mois. Comme des dizaines d’autres, elle est venue marcher dans les rues d’Edmonton à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses.

Elle réclame davantage d’aide des gouvernements pour lutter contre ce fléau, qui a coûté la vie à 576 Albertains au cours des 5 premiers mois de 2021.

Elle n’est pas impressionnée par les chefs de partis fédéraux. 

Ils sont en train d’ignorer le problème!

Une citation de :Sandra Lindner, mère d’une victime de surdose

Elle ajoute cependant que les politiciens ne sont pas les seuls à souffrir d’aveuglement volontaire. On stigmatise encore énormément les utilisateurs de drogue, explique-t-elle. On doit sortir tout ça du placard pour que les gens se sentent suffisamment en sécurité pour en parler.

Sandra Lindner, le regard perdu au loin.

La fille de Sandra Lindner était âgée de 41 ans quand elle a perdu la vie.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Je sais que tout le monde est préoccupé par la COVID-19, mais on ne peut pas ignorer cette crise comme on le fait en ce moment, ajoute la cofondatrice de l’organisme Moms Stop the Harm, Petra Schulz. Il y a très peu [à ce sujet] dans les plateformes des partis jusqu’à présent.

Son organisme, qui regroupe des familles de victimes de surdoses mortelles, milite notamment en faveur de l’ouverture d'un plus grand nombre de centres d’injection supervisée, de la décriminalisation de la possession de petites quantités de drogue et de l’accès à un approvisionnement de drogue sécuritaire pour les toxicomanes.

Les plateformes des partis politiques ne répondent cependant pas à la plupart de ces demandes.

Les libéraux et le statu quo

Justin Trudeau promet d’éliminer les peines minimales pour la possession de drogue s’il est réélu, mais s’oppose à la décriminalisation. Il propose aussi d’investir 500 millions de dollars supplémentaires pour soutenir les provinces et les territoires.

Avant les élections, son gouvernement a investi 50 millions de dollars dans des projets pilotes destinés à fournir des drogues sécuritaires aux utilisateurs. La plateforme libérale n’en fait cependant pas mention.

La professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Calgary Jennifer Jackson croit que les promesses du Parti libéral sont encore trop proches du statu quo.

Je trouve que leurs propositions sont très vagues et pas très courageuses ou innovantes.

Une citation de :Jennifer Jackson, professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Calgary

Changement de discours chez les conservateurs

Les conservateurs proposent de leur côté plusieurs mesures, dont la création de 1000 places de traitement résidentiel.

Jennifer Jackson croit cependant que les conservateurs ne vont pas assez loin, même si elle reconnaît que le discours d’Erin O’Toole est différent de celui que tenait l’ancien premier ministre Stephen Harper. 

Je vois un changement dans leur discours, mais pas nécessairement dans leurs actions, ajoute Petra Schulz, dont le fils, Danny, a succombé à une surdose en 2014. [Erin O’Toole] faisait partie du gouvernement quand Stephen Harper s’est attaqué au centre d’injection supervisée Insight [à Vancouver].

Petra Schulz parle dans un mégaphone.

Petra Schulz a cofondé le groupe Moms Stop the Harm après la mort de son fils, Danny, en 2014.

Photo : Radio-Canada / François Joly

L’accent mis sur la désintoxication et sur les stratégies basées sur l’abstinence ne convainc pas non plus Nick Politi. En mars 2018, il a frappé à la porte d’un centre de désintoxication du centre-ville d’Edmonton. Après des années à vivre dans la rue, il a finalement eu la force de demander de l’aide.

J’avais honte de demander de l’aide, raconte-t-il. Je ne savais pas comment faire. Il y a tellement de préjugés au sujet de la dépendance. Pour moi, c’était plus facile à ce moment-là de continuer à consommer que de demander de l’aide.

Nick Politi devant le centre de désintoxication où il a été traité.

Nick Politi ne croit pas que l'abstinence soit une stratégie viable pour la majorité des utilisateurs de drogue.

Photo : Radio-Canada / François Joly

Il est sobre depuis plus de trois ans et travaille maintenant pour un organisme qui vient en aide à d’autres toxicomanes. Selon lui, les centres de désintoxication ne suffisent pas et doivent fonctionner en parallèle avec d'autres mesures comme des centres de consommation supervisée. Comme plusieurs, il craint de voir Ottawa adopter une approche semblable à celle du gouvernement de l’Alberta, qui a décrété la fermeture de deux de ces centres.

Erin O’Toole s’est cependant engagé à continuer de permettre l’ouverture de centres de consommation supervisée.

Le NPD en faveur de drogues sécuritaires

Le NPD prévoit pour sa part la décriminalisation de la possession simple et la déclaration de l’état d’urgence. Plusieurs militants et proches de victimes saluent la proposition de créer un approvisionnement sécuritaire de médicaments de rechange réglementés aux drogues illicites.

Il faut leur offrir des drogues qui sont sécuritaires et, ensuite, on peut les aider à arrêter de consommer graduellement, affirme Sandra Lindner. 

Ce qui tue les gens, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils consomment, ajoute Jennifer Jackson. La présence de fentanyl ou de carfentanyl dans la drogue illicite est l’une des principales causes de décès, en particulier depuis le début de la pandémie. 

Après une année record en 2020, 2021 est en voie de devenir l’année la plus meurtrière depuis le début de la crise des surdoses au Canada. 

Cela devrait être l’un des principaux sujets de discussion parce que les gens meurent, estime Asia Wasaznik, qui travaillait dans un centre de consommation supervisée du centre-ville d’Edmonton que la province a forcé à fermer ses portes.

La COVID-19 est importante, protéger les emplois est important, l’économie est importante, mais les gens meurent d’empoisonnement aux drogues depuis des années, et rien n’a été fait, conclut-elle.

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