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Analyse

Entre le laisser-aller et l’épouvantail de la dette

Justin Trudeau devant un grand écran montrant plusieurs partisans qui écoutent.

Justin Trudeau a présenté la plateforme de son parti avant le début de la période des débats électoraux.

Photo : Radio-Canada / Christian Noël

C’est à la mi-campagne que les libéraux ont finalement décidé de présenter leur plateforme électorale. Fait à souligner, le PLC est aussi le premier parti à présenter une évaluation chiffrée de ses promesses.

Quand il est question de finances publiques, de dépenses, de déficits et de dette de l’État, la feuille de route est plus importante qu’un objectif qui se veut précis, mais qui, dans les faits, n’est pas du tout expliqué. Vous pouvez promettre l’équilibre budgétaire dans cinq ou 10 ans, si vous le voulez, mais si vous ne dites pas comment vous allez y arriver, comment peut-on évaluer la crédibilité de l’exercice?

Quand vient le temps d’évaluer la notation d’un pays ou d’une entreprise, les agences vont plus loin que la simple photo du moment ou celle qui est projetée dans un an, cinq ans ou 10 ans. Ce qui est important, c’est le plan de match. Quelles sont vos dépenses, quels sont vos revenus, comment entendez-vous contrôler vos dépenses, d’où viendront vos revenus, les marchés vous font-ils confiance, avez-vous des clients fiables, etc.

Le Canada a, depuis longtemps, une note parfaite de AAA parmi toutes les agences de notation, sauf une. Avant la COVID-19, le budget était tout près de l’équilibre, avec un déficit représentant environ 1 % du PIB. Les projections qui sont faites en ce moment – celles du budget d’avril 2021 et celles du directeur parlementaire du budget (DPB) – laissent entrevoir un retour à un déficit semblable à celui d’avant-pandémie quelque part autour de 2024-2025.

Le poids de la dette va baisser

Dans le cadre financier présenté mercredi, les libéraux prévoient un déficit de 35 milliards de dollars en 2024-2025 et de 32 milliards de dollars en 2025-2026, soit moins de 1 % du PIB envisagé. Avant d’intégrer les promesses de la campagne électorale, le Directeur parlementaire du budget prévoyait des déficits de 24 à 25 milliards de dollars pour chacune de ces deux années.

Les libéraux prévoient également que la dette par rapport au PIB passera de 48,5 % cette année à 46,5 % en 2025-26. Sans les promesses libérales, la baisse aurait été encore plus marquée, d’environ cinq points de pourcentage. Néanmoins, la dette, qui augmente de façon absolue, est appelée à baisser dans les prochaines années comparativement à la valeur du produit intérieur brut.

C’est l’indicateur le plus important. En réalité, avec la feuille de route financière, le ratio de la dette au PIB est l’indicateur qui nous permet de bien mesurer le cadre financier gouvernemental. Il est utile que les libéraux l’aient dévoilé et il sera tout aussi utile de prendre connaissance des cadres financiers des autres partis également.

Sinon, à quoi sert-il d’analyser les promesses de campagne si on n’est pas en mesure de chiffrer le coût réel des engagements? Si on ajoute un programme – les garderies par exemple – il est important de savoir que dans cinq ans, il va coûter 8,3 milliards de dollars au gouvernement fédéral. Hausser le Supplément de revenu garanti, comme veulent le faire les libéraux, c’est 1 milliard de plus par an. Et créer un Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) pour l’achat d’une première propriété, c’est aussi, dans cinq ans, plus d’un milliard de dollars par année.

Qui va payer?

Qui va payer ça? Comment va-t-on générer des revenus? C’est ici que le test de crédibilité commence. Pour plus de 100 nouveaux investissements, le Parti libéral (PLC) ne propose qu’une dizaine de nouvelles sources de revenus, dont certaines soulèvent des questions.

Deux exemples. D’abord, un gouvernement Trudeau réélu viendrait surtaxer de 3 % les grandes banques et les compagnies d’assurance, ce qui pourrait rapporter entre 1,2 et 1,3 milliard de dollars par an. Très bien, mais, dans les faits, les banques et les compagnies d’assurance vont probablement refiler la facture à leurs clients, en frais de service ou en primes. Est-ce véritablement une bonne mesure?

Ensuite, la moitié des nouveaux revenus identifiés proviennent d’une série de mesures qui ont pour objectif de rendre le système fiscal plus équitable. Parmi ces mesures : Augmenter considérablement les ressources de l’Agence du revenu du Canada (ARC) pour lutter contre la planification fiscale agressive et l’évitement fiscal qui permettent aux plus riches d’éviter de payer les impôts qu’ils doivent.

C’est un engagement louable, mais il est loin d’être acquis que les résultats seront au rendez-vous. Comment le Parti libéral peut-il asseoir la moitié de ses objectifs de nouveaux revenus sur des gains fiscaux incertains?

D’un côté, la route financière du PLC semble tenir la route alors qu’on assistera à une réduction du poids de la dette. Mais, de l’autre, on peut se demander si le parti a travaillé aussi fort sur ses capacités de revenus que sur ses nouvelles dépenses.

Les gros chiffres

Mercredi, on a parlé de 78 milliards de dollars de promesses sur cinq ans et de 336 milliards de déficit supplémentaires. Ce sont de gros chiffres impressionnants, qu’il faut mettre en perspective.

Dans les faits, les promesses totalisent en moyenne 14 milliards de dollars sur une année. C’est 14 milliards de plus en dépenses par année pour 5 milliards de revenus supplémentaires à chacun des exercices. La croissance des dépenses promises sera donc plus forte que les revenus identifiés. Mais la croissance de l’économie sera encore plus importante, ce qui permettra donc à la dette relative au PIB de baisser.

Vous avez dit 1800 milliards de dollars?

Finalement, c’est avec un certain étonnement que j’ai pris connaissance des calculs du Parti conservateur sur la hausse potentielle de la dette si Justin Trudeau demeure premier ministre pour les quatre prochaines années. Selon Erin O’Toole, si les libéraux maintenaient le même rythme de dépenses dans les quatre prochaines années que lors des années 2016 à 2019, on arriverait à 1800 milliards de dollars de dette.

Au 31 mars 2021, la dette fédérale était de 1056 milliards de dollars. Selon le directeur parlementaire du budget, dans quatre ans, elle sera à 1300 milliards de dollars. Les conservateurs, en évaluant une hausse moyenne de 6,5 % des dépenses par année, semblent faire abstraction du niveau exceptionnel des dépenses liées à la COVID-19.

Il est possible également que les conservateurs évoquent la dette brute, qui est actuellement de 1600 milliards de dollars, qui ne tient pas compte ainsi des actifs financiers. Peut-être voulaient-ils évoquer la hausse du plafond de la dette, à 1831 milliards de dollars, qui a été autorisé par l’adoption du projet de loi C-14 dans la dernière année.

Quoi qu’il en soit, la publication de promesses chiffrées serait plus utile que d’agiter des épouvantails sur la dette du pays.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

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