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Le territoire comme source de guérison

« Nous nous réapproprions ce que les pensionnats autochtones nous ont enlevé. »

Un homme regarde à l'horizon, dans la toundra.

Au Nunavut, des initiatives communautaires tentent de pallier le manque de ressources en santé mentale.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Face à un manque criant de ressources en santé mentale, des résidents et des organismes du Nunavut prennent de leur propre chef les grands moyens pour venir en aide aux jeunes. Leurs initiatives communautaires proposent une nouvelle approche pour les soutenir : la guérison par le territoire.

Andrew Akerolik est un chasseur aguerri de Rankin Inlet, une communauté d’environ 2500 habitants située dans la région de Kivalliq, dans le centre du territoire. En 2019, il était président de l’Association des chasseurs et des trappeurs Kangiqliniq lorsqu’il a mis sur pied un programme de chasse pour des jeunes de la collectivité.

Nous avons embauché des guides locaux pour amener les jeunes sur le territoire, explique-t-il. Apprendre à chasser le caribou, à dépecer un béluga, à se repérer dans la toundra… Les ateliers visaient surtout à aider les jeunes à se réapproprier des pratiques qui leur ne sont plus systématiquement transmises.

Un béluga qui vient d'être pêché a été posé sur les berges, à Grise Fiord.

Andrew Akerolik croit que les jeunes Nunavummiut ont tout à gagner à approfondir leurs connaissances de leur culture et de leurs traditions.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Nous avons constaté que les jeunes s’ouvraient davantage à nous après avoir passé du temps sur le territoire, relate Andrew Akerolik. Ils étaient mentalement et physiquement plus heureux.

Le meilleur remède est de passer du temps dehors, sur le territoire.

Une citation de :Andrew Akerolik, chasseur

Son programme a été maintenu pendant un an avant d’être suspendu, faute de financement. Andrew Akerolik croit que ce type d’initiatives répondait à un besoin crucial du territoire, qui se heurte depuis des années à des ressources médicales limitées.

Andrew Akerolik regarde à travers une fenêtre.

« Je n'insisterai jamais assez sur l'importance de maintenir ce type de programmes », affirme Andrew Akerolik.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Des ressources inégales

Iqaluit est la seule communauté du territoire qui dispose d’un hôpital. Il compte 25 lits, dont l’un est destiné aux soins intensifs. Six autres lits sont disponibles au centre de santé de Rankin Inlet, dans la région de Kivalliq.

Les 24 autres communautés du territoire dépendent de centres de soins de santé qui doivent conjuguer avec des équipes parfois restreintes, un haut taux de roulement du personnel soignant et des soins spécialisés limités, voire inexistants.

Iqaluit fonde ses espoirs sur la construction d’un centre de traitement des traumatismes et des dépendances, un projet annoncé en 2019, qui en est toutefois au stade embryonnaire, puisqu’aucun échéancier n’a encore été établi.

La façade de l'hôpital.

Iqaluit est la seule communauté du Nunavut à disposer d'un hôpital.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Briser l’impact du colonialisme

La présidente du Conseil d’alphabétisation du Nunavut, Adriana Kusugak, est bien au fait des lacunes du système de santé du territoire en matière de santé mentale. Nous n’avons pas toujours les ressources [...] dont nous avons besoin pour obtenir du soutien dans nos communautés du Nunavut, affirme-t-elle. Pourtant, c’est notre réalité.

Son organisme orchestre chaque année entre 40 et 50 programmes aux quatre coins du territoire. Ces derniers offrent des ateliers qui vont de la couture à la cuisine, en passant par le plein air. Adriana Kusugak assure que ces initiatives s’inscrivent dans une approche holistique qui va bien au-delà de l’alphabétisation.

Un tambour traditionnel inuit dans une salle de jeux pour enfants.

La plupart des programmes du Conseil d'alphabétisation du Nunavut impliquent à la fois des enfants et des aînés pour faciliter une transmission intergénérationnelle du savoir.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Je pense que nos programmes offrent aux gens un espace sûr pour être eux-mêmes [...] et pour se concentrer sur le développement de leurs compétences et sur leur engagement avec leurs pratiques culturelles, croit-elle. Ce sont toutes ces choses qui soutiennent la santé mentale et le bien-être.

Elle ajoute que leur objectif est d’atténuer les effets des traumatismes intergénérationnels à travers des ateliers où différentes générations sont amenées à apprendre des choses les unes des autres.

Apprendre des choses de nos aînés est tellement important et nécessaire pour développer notre identité et notre fierté, mais aussi pour [renforcer] notre connaissance de soi et notre autonomisation, affirme Adriana Kusugak.

Adriana Kusugak devant une rue de Rankin Inlet.

Adriana Kusugak, présidente du Conseil d'alphabétisation du Nunavut

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Nous nous réapproprions ce que les pensionnats autochtones nous ont enlevé. Il est important pour nous [...] de briser l’impact du colonialisme sur notre territoire.

Une citation de :Adriana Kusugak, présidente du Conseil d'alphabétisation du Nunavut

Des thérapies sur le territoire

Tagalik Eccles, une étudiante en droit originaire de Rankin Inlet, abonde dans le même sens. Elle croit que les ressources en santé mentale du territoire devraient prioriser une approche axée sur les traumatismes. Notre communauté est aux prises avec de nombreux traumatismes intergénérationnels qui remontent [à l’époque] où la GRC est arrivée ici, dit-elle.

Elle raconte qu'elle a eu recours à des consultations psychologiques dans le passé, mais que cela n’a pas répondu adéquatement à ses besoins. Tu as l’impression que tu dois sans cesse expliquer, voire enseigner [au thérapeute], explique-t-elle.

Tagalik Eccles devant une rue de Rankin Inlet.

Tagalik Eccles, 23 ans, est étudiante en droit au Collège de l'Arctique du Nunavut.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Selon elle, la solution repose en partie sur des thérapies basées sur le territoire. [Ces thérapies] apprennent aux gens à développer de nouveaux outils qu’ils détiennent ensuite pour le reste de leur vie, poursuit-elle.

Si elle croit, elle aussi, que le territoire a tout à gagner à promouvoir ce type d’initiatives, Adriana Kusugak a certaines réserves : L’un de nos principaux défis [...] est que notre financement se limite à chaque projet, ce qui empêche de maintenir une continuité et une cohérence dans notre programmation.

Elle aimerait que le gouvernement territorial octroie un financement continu et homogène pour mieux répondre aux besoins des communautés dépourvues de ressources.

Nous faisons une grande partie du travail qu’il [le gouvernement du Nunavut] veut voir au territoire, assure-t-elle. Nous sommes ceux qui passent à l’action.

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