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Hôpital Anna-Laberge : « Il y avait péril en la demeure » – la protectrice du citoyen

La situation à l’urgence de quelques hôpitaux, notamment à l’Hôpital Anna-Laberge, préoccupe grandement la protectrice du citoyen du Québec. À tel point qu’elle compte talonner l’établissement et le ministère de la Santé jusqu’en 2023 afin de s’assurer que ses recommandations sont appliquées.

Une ambulance arrive à l'hôpital.

La protectrice du citoyen se penche sur la situation à l'urgence de l'Hôpital Anna-Laberge

Photo : Radio-Canada

Lorsque l’équipe de la protectrice du citoyen a reçu des signalements à l’automne 2020 sur la situation à l’urgence de l'Hôpital Anna-Laberge, à Châteauguay, en Montérégie, une intervention rapide s’imposait.

L’urgence débordait régulièrement, avec un taux d’occupation aux alentours de 175 %.

Des patients sur civière se retrouvaient dans le corridor et des informations laissaient entendre que la sécurité des patients et la qualité des soins étaient compromises.

On a vu des cas où les gens étaient à toutes fins utiles hospitalisés à l’urgence et qui retournaient chez eux après 48 heures, jusqu’à six jours sur civière à l’urgence, signale la protectrice du citoyen, Marie Rinfret.

Dans un rapport d’intervention publié récemment, les enquêteurs ont pu confirmer que des soins ne sont pas donnés ou sont offerts dans un lieu inadéquat, des erreurs de médication sont observées, certains usagers et usagères ne sont pas bien surveillés [et] le risque de voir se dégrader les capacités physiques et cognitives des personnes âgées en visite à l’urgence est augmenté.

Portrait de Marie Rinfret.

Marie Rinfret, protectrice du citoyen.

Photo : Radio-Canada

Dès le moment où a commencé notre enquête, précise Mme Rinfret, on a interpellé le ministère (MSSS), ce qui n’est pas quelque chose qu’on fait habituellement, mais là on constatait une urgence qu’il y avait péril en la demeure.

Je souhaite qu’on se mette vraiment à l’action parce que là il y a des enjeux de sécurité et de qualité des soins, souligne-t-elle.

Ce sont 45 000 personnes qui fréquentent cette urgence chaque année.

Malheureusement, ce n’est pas la seule urgence et à ce titre là on est en intervention ailleurs, affirme Mme Rinfret.

Un manque de personnel

Un peu partout au Québec, le personnel soignant des hôpitaux multiplie les sit-in et les appels à l’aide sur les réseaux sociaux en raison de la pénurie de personnel.

Pour Mélanie Gignac, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de Montérégie-Ouest (FIQ-SPSMO), sur la Rive-Sud on a dépassé le fond, on est à un point de non-retour.

Selon elle, on évalue à plus de 1000 les postes d'infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes à combler.

Portrait de Mélanie Gignac.

Mélanie Gignac, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de Montérégie-Ouest (FIQ-SPSMO)

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Les heures supplémentaires sont monnaie courante.

On laisse des infirmières travailler des 16 heures, deux, trois, même quatre fois dans la même semaine!, déplore-t-elle. Nous, on se demande constamment où est l'Ordre des infirmières pour protéger le public.

À l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), la directrice au bureau du président, Colette Ouellet, précise par écrit que des mesures doivent être prises afin de modifier l’organisation du travail et assurer aux infirmières et infirmiers tout le soutien dont ils ont besoin pour exercer leur profession dans de meilleures conditions.

La protectrice du citoyen fait d’ailleurs du recrutement du personnel sa recommandation prioritaire afin de s’assurer que le personnel infirmier soit présent en nombre suffisant à l’urgence de l’Hôpital Anna-Laberge, sur tous les quarts de travail.

Mme Rinfret recommande également au ministère de la Santé et des Services sociaux de prioriser le CISSS Montérégie-Ouest lors du recrutement d’infirmières diplômées hors Québec.

Selon nos informations, le Québec a recruté quelques centaines d’infirmières à l’étranger l’an dernier, bien en deçà des mandats confiés par de nombreux établissements partout au Québec.

Soins déficients à l'urgence de l'Hôpital Anna-Laberge

Besoin de 45 lits

Le manque de lits d’hospitalisation est souvent mis en cause pour expliquer les difficultés de l’urgence de l’Hôpital Anna-Laberge. On en compte présentement 201.

L’hôpital voisin du Suroît ne suffit pas et un nouvel hôpital doit ouvrir ses portes dans la région dans cinq ans en 2026.

On exige de la part du CISSS [...] de nommer des personnes responsables pour que les projets pour construire un complexe modulaire, pour ajouter des lits d’hospitalisation [...] puissent aller de l’avant et faire en sorte que le personnel voit la lumière au bout du tunnel, lance la protectrice du citoyen.

Le rapport précise qu’une partie des 45 lits prévus au complexe modulaire avait déjà été autorisée par le ministère dès 2018. Le Protecteur du citoyen s’explique mal ces retards, précise le rapport.

Des travaux sont également recommandés afin que le personnel au triage puisse avoir un contact visuel avec tous les patients. Un mur a plutôt été érigé durant la pandémie et des civières se retrouvent dans un corridor.

Manque de leadership

La gestion de l’urgence a également besoin d’un capitaine.

Selon Marie Rinfret, on arrive à un moment charnière, parce qu'il y a un nouveau PDG au CISSS Montérégie Ouest et ils sont en recrutement pour aller chercher quelqu’un qui va diriger l’urgence à Anna-Laberge.

On suit ça pour que quelqu’un soit désigné, vraiment responsable, imputable des résultats, pour corriger les lacunes constatées et appliquer un plan de désencombrement, précise Marie Rinfret.

Pour Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec, il y a un problème de gestion et de leadership, on le sait, depuis plusieurs années, à Anna-Laberge.

À son avis [derrière] les urgences qui fonctionnent au Québec, ça prend une direction générale qui soutient les urgences, ça prend un directeur des services professionnels, ça prend un leadership fort.

Portrait de Gilbert Boucher.

Gilbert Boucher, président de l'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec.

Photo : Radio-Canada

Des urgences sous surveillance

Selon les statistiques consultées par Radio-Canada, l’urgence de l’Hôpital Anna-Laberge figure parmi celles où les durées de séjour sur civière sont les plus longues au Québec.

Lors de notre passage le 1er septembre, le taux d’occupation sur civière était de 175 % avec 27 personnes sur civière depuis plus de 24 heures et sept depuis plus de 48 heures.

Pour nous, c’est un dossier très important qu’on suit avec beaucoup d’attention, parce que dans le cadre de mon mandat, je dois protéger les usagers du réseau de la santé et des services sociaux, ajoute Marie Rinfret.

Six suivis tous les trois mois débuteront dès la fin octobre 2021.

Au MSSS, une porte-parole précise par écrit : Nous acceptons les recommandations [...], il a été convenu avec le Protecteur du citoyen qu’un suivi de la mise en œuvre des recommandations serait effectué cet automne.

Le CISSS Montérégie-Ouest a préféré ne pas commenter pour l’instant.

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