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Des milliers d’étudiants étrangers coincés par Immigration Canada

Les longs délais du gouvernement fédéral pour traiter les demandes mettent en péril l’arrivée au pays de ces jeunes. Universités et cégeps haussent le ton contre Ottawa.

Des gens marchent dans un couloir de l'UQAM.

Les longs délais de traitement pour l'obtention d'un permis d'études pénalisent de nombreux étudiants étrangers.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« C’est très stressant. Je n’ai pas de plan B ». Au téléphone, Jasmine Koceir ne cache pas son inquiétude.

Depuis des semaines, cette jeune Française installée à Toulouse attend son permis d’études pour prendre l’avion, en direction de Montréal.

Acceptée en maîtrise en didactique des langues par l’Université du Québec à Montréal (UQAM), elle avait tout prévu : J’avais trouvé une colocation, mais j’ai dû annuler, je ne voulais pas payer un loyer dans le vide.

L’université m’a dit de reporter mon arrivée au prochain semestre, mais je n’ai pas envie, je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire en attendant. Je préfère annuler mon projet au Canada.

Une citation de :Jasmine Koceir, une étudiante française

Ottawa évoque la pandémie et la crise afghane

Les universités canadiennes commencent leur session automnale la semaine prochaine au moment où des milliers d’étudiants des quatre coins du monde sont actuellement coincés, bloqués dans leur pays.

Impossible pour eux de venir au Canada sans permis d’études validé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Ce dernier admet un ralentissement dans le traitement de ces demandes.

La pandémie a eu des répercussions importantes sur le système d’immigration du Canada et nous comprenons le sentiment de frustration qu’éprouvent les demandeurs en ces moments difficiles.

Une citation de :Rémi Larivière, porte-parole d’IRCC

Dans un premier temps, indique le ministre fédéral, Ottawa a traité les demandes reçues avant le 15 mai dernier. Or, en fonction des réalités pandémiques dans différents pays, de nombreux étudiants étrangers n’ont pu respecter cette date.

Nous comprenons que les demandeurs de permis d’études dans les pays où d’importantes restrictions liées à la COVID-19 sont en vigueur peuvent avoir rencontré des difficultés à présenter une demande complète au 15 mai, car ils n’ont peut-être pas été en mesure de fournir leurs données biométriques, leurs certificats de police ou leur preuve d’études, ou alors de subir un examen médical aux fins de l’immigration à temps, reconnaît Rémi Larivière, porte-parole d’IRCC.

Pour toutes les autres demandes, nous ne pouvons pas garantir qu’une décision définitive pourra être rendue avant le début du trimestre d’automne, précise le ministère de l’Immigration.

La crise sanitaire n'est pas la seule raison évoquée par Ottawa. Lorsque ces étudiants tentent d'écrire à des agents d'Immigration Canada, une réponse automatique les invite à la patience.

Afin de répondre à un volume élevé de demandes liées à la crise en Afghanistan, nous avons dû réaffecter les ressources de notre Centre de soutien à la clientèle. Cela aura un impact sur notre capacité à répondre à certaines de vos demandes, peut-on lire dans ce message.

Seules les demandes prioritaires, liées par exemple à la situation en Afghanistan, sont traitées, est-il précisé.

Une frustration partagée par les établissements

Combien d’étudiants sont concernés? Difficile d’avoir une échelle précise, mais le nombre de personnes en attente se compte assurément en milliers à travers le Canada.

À l’UQAM, quelques centaines de nos nouveaux étudiants internationaux sont toujours en attente de l'approbation de leur demande de permis d'études pour venir au Canada, révèle une porte-parole de l’établissement.

Les chiffres varient selon les établissements. HEC Montréal parle de 180 étudiants en attente de leurs permis d’études. À Sherbrooke, on attend encore entre 200 et 400 étudiants étrangers.

Le retard de traitement est important. Nous demeurons préoccupés quant à la capacité du gouvernement fédéral d’ouvrir les frontières et d’assurer un traitement rapide des demandes.

Une citation de :Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke

L’Université de Toronto, la plus importante du pays avec plus de 24 000 étudiants étrangers, subit le même sort. Nous compatissons avec la frustration provoquée par ces longs délais de traitement, déclare l’établissement, qui dit être en contact avec le gouvernement fédéral.

[Nous] avons eu des centaines de messages d’étudiants aux prises avec ce problème, note également Darshan Daryanani, le président de l’Association étudiante de l'Université McGill, à Montréal, qui reçoit chaque année environ 12 000 étudiants étrangers.

Impossible de prendre l'avion sans ce permis, prévient Ottawa

Alors que les frontières canadiennes s'ouvrent à nouveau aux touristes à partir du 7 septembre, Ottawa reste ferme. Impossible, prévient le ministère de l'Immigration, d'arriver au Canada de cette manière, afin d'étudier au pays.

Un demandeur de permis d'études ne peut pas entrer au Canada et commencer à étudier avant que son permis d'études n'ait été délivré, assure Rémi Larivière.

Un problème structurel à IRCC, déplorent les cégeps

Face à cette situation, différentes universités ont expliqué à Radio-Canada qu’elles proposeront des cours en ligne, durant quelques semaines, pour les étudiants touchés.

C’est le cas par exemple de l’Université Concordia, qui a repoussé sa date limite pour une arrivée au Canada à début novembre. Faute de quoi la session sera annulée.

Mettre à disposition des élèves étrangers un enseignement à distance n’est cependant pas possible dans tous les établissements. Pour les cégeps, en raison des structures plus petites, il est impossible d’offrir de tels accommodements.

Entre 20 et 25 % des quelques 3000 nouveaux étudiants étrangers attendent toujours le feu vert d'Ottawa, assure Bernard Tremblay, le président de la Fédération des cégep.

On est sur le point de dire à ces jeunes que malheureusement, ce ne sera pas possible de venir étudier au Québec pour cette session. C’est déchirant.

Une citation de :Bernard Tremblay, président de la Fédération des cégeps

Une session d’études a une durée assez limitée. On peut difficilement penser que des étudiants pourront arriver après trois ou quatre semaines et prendre le fil de leur formation avec un retard aussi grand, souligne Bernard Tremblay, qui déplore un processus opaque.

Au Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, une quarantaine d’étudiants, provenant majoritairement d'Afrique francophone, sont dans l’incertitude. On comprend le processus rigoureux du ministère, mais lorsque ces permis sont donnés à la dernière minute, les gens peuvent changer d’idée, regrette Kathleen Slobodian, directrice des affaires étudiantes.

C’est tout un projet de vie qui est remis en question. Ce sont des étudiants en moins pour donner un coup de main pour lutter contre la pénurie de main-d'œuvre.

Une citation de :Kathleen Slobodian, directrice des affaires étudiantes du Cégep de l'Abitibi-Témiscamingue

On est déçus pour nos étudiants, c’est beaucoup de stress et d’incertitude pour eux, juge, de son côté Brigitte Lavoie, coordonnatrice au Cégep de Matane, où 34 étudiants sont toujours espérés.

Souvent, beaucoup de ces jeunes viennent étudier dans des domaines en forte demande et ils veulent rester au Québec. C’est vraiment la première fois qu’on vit un si gros problème, clame-t-elle.

Aux yeux de la Fédération des cégeps, Ottawa doit se remettre en question. Ce n’est pas un phénomène isolé. [Les délais d’immigration], c’est un problème récurrent, reprend Bernard Tremblay.

Il y a vraiment quelque chose de structurel. Il faut trouver une solution. Il y a un enjeu plus profond qui doit être analysé et on est en droit d’attendre que ce problème finisse par être corrigé.

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