•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La désorganisation à l’origine de la crise dans les CHSLD du Québec

Une médecin au chevet d'un patient âgé.

Québec a confié à Joanne Castonguay le mandat d’examiner la performance du réseau de la santé, en particulier les soins aux aînés, lors de la première vague de COVID-19.

Photo : iStock

Radio-Canada

Une désorganisation généralisée des soins et la transmission défaillante de l’information aux gestionnaires d’établissements ont largement contribué aux milliers de décès dans les centres de soins de longue durée du Québec lors de la première vague de COVID-19, conclut la commissaire Joanne Castonguay dans son rapport préliminaire.

Selon la commissaire à la santé et au bien-être, qui a déposé jeudi un rapport accablant pour le gouvernement du Québec, la conjugaison de ces facteurs en l’absence d’une stratégie établissant une qualité uniforme des soins offerts aux aînés a engendré une crise sans précédent dans les centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), de même que dans plusieurs résidences privées.

Les gestionnaires du réseau qui étaient mal outillés selon elle pour accomplir leur mission n’ont tout simplement pas pu assurer une gestion de crise efficace en raison de l'absence ou du manque d'informations qui auraient pourtant dû leur être transmises rapidement.

Des informations aussi basiques que celles permettant la gestion des horaires des employés ou d'avoir l'heure juste sur les réserves de matériel médical et les besoins d'équipements de protection individuelle du personnel soignant ont manqué à de nombreux endroits.

Selon Mme Castonguay, le gouvernement a littéralement failli à la tâche d’assurer la protection et le bien-être que les aînés sont en droit de recevoir dans les CHSLD.

Un cadavre est évacué du CHSLD Sainte-Dorothée, à Laval.

Plus de 5000 personnes ont trouvé la mort dans les CHSLD du Québec lors de la première vague de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Durant les premiers mois de la pandémie, soit de mars à août, 5157 personnes âgées qui vivaient dans des centres d'hébergement sont décédées, soit 90 % du total des décès attribués à la COVID au Québec. La situation était telle que Québec a dû demander à Ottawa de déployer l’armée et la Croix-Rouge pendant plusieurs semaines dans des CHSLD désertés où le personnel toujours en poste était littéralement submergé.

À l’arrivée de soldats et membres de la Croix-Rouge dans certains établissements privés et publics, des bénéficiaires gisaient morts dans leur lit tandis que d’autres étaient dans un état de déshydratation avancé, parfois après avoir passé des heures, sinon des jours à porter des couches remplies d’excréments. Certains n’avaient pas pu se lever de leur lit depuis plusieurs jours.

Joanne Castonguay en entrevue.

Joanne Castonguay jette un regard critique sur la gestion de la pandémie par le gouvernement Legault.

Photo : Radio-Canada

« Il s'agit probablement de l'une des pires crises que le Québec moderne ait jamais connues, sinon la plus grave d'entre toutes. »

— Une citation de  Extrait du rapport de Joanne Castonguay

Or, cette hécatombe aurait pu être évitée, estime Joanne Castonguay dans le document d’une cinquantaine de pages. Ce rapport préliminaire dresse une série de constats sur ce qui s'est produit alors. Le rapport final, qui formulera des recommandations au gouvernement, est attendu d'ici la fin de l'année.

Occasions manquées

La commissaire, qui a consulté une centaine d’acteurs et travailleurs du réseau de la santé qui ont vécu cette crise de l’intérieur, conclut que la gestion de la première vague de la pandémie a porté une atteinte importante à la dignité et à l'intégrité des personnes âgées, en raison d'une aggravation de leur santé physique et psychologique.

Selon elle, l’appareil d’État a manqué plusieurs occasions de prendre de bonnes décisions aux moments où c’était le plus important de le faire.

Elle rappelle notamment qu'au cours des 20 dernières années, de nombreux rapports ont été produits sur les lacunes dans la gestion des services offerts en centre d'hébergement, mais que peu ont fait l'objet d'un suivi ou de correctifs, autant du gouvernement actuel que des gouvernements antérieurs.

Un échec collectif

Les problèmes dans les CHSLD étaient, selon elle, bien connus et depuis longtemps. La crise n’aura au fond fait que les exacerber. La responsabilité de ce fiasco devait être collective, estime Joanne Castonguay.

Hier comme aujourd'hui, la gouvernance des soins et des services de longue durée n'a fait l'objet que de peu d'attention dans les grandes préoccupations des gouvernements successifs. On observe aussi qu'aucun mécanisme n'a été prévu afin d'assurer la capacité de l'État à financer à long terme les soins et les services de longue durée, déplore-t-elle.

Elle pointe également la création des CISSS et des CIUSSS par l'ancien gouvernement libéral qui n'a rien fait, précise-t-elle, pour améliorer la situation.

Des militaires des Forces armées canadiennes portant un masque dans le couloir d'un collège.

Plusieurs centaines de militaires de Valcartier ont dû être déployés dans la grande région de Montréal pour prêter main-forte dans les CHSLD. Du jamais-vu dans l'histoire du Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Autant l'intégration des soins et des services que l'amélioration des systèmes d'information n'ont jamais généré les résultats escomptés, selon Joanne Castonguay.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a pour sa part réagi par communiqué en affirmant que déjà plusieurs éléments contenus dans ce rapport ont été mis en œuvre dans la gestion des 2e et 3e vagues de la pandémie.

Le gouvernement Legault a chargé la commissaire à la santé et au bien-être en août 2020 d’identifier les raisons et les lacunes qui ont conduit à cette crise majeure dans les centres de soins de longue durée du Québec.

D'ici la fin de ses travaux, la commissaire dit vouloir comprendre pourquoi le Québec n'a pas su mieux protéger les aînés vulnérables au plus fort de la pandémie. Elle s'engage à proposer des solutions au gouvernement pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise.

J'avais alors, et j'ai toujours, la ferme volonté de comprendre pourquoi notre système n'était pas prêt à faire face à cette première vague. Je souhaitais aussi découvrir ce qui a empêché la mise en place de changements qui auraient pu sauver des vies afin d'être en mesure de proposer des solutions permettant de mieux répondre aux besoins de nos aînés.

L’opposition, de son côté, réclame depuis des mois une commission d’enquête publique indépendante pour faire la lumière sur cette crise, car elle estime que la commissaire n'avait peut-être pas les coudées franches pour aller jusqu’au fond des choses.

Avec les informations de La Presse canadienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !