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Washington et Londres n’écartent pas une éventuelle collaboration avec les talibans

À Kaboul, la nomination du nouveau gouvernement taliban semble imminente.

Des talibans dans une camionnette font des signes de la main.

Des talibans patrouillent dans les rues de Kaboul à bord d'une camionnette.

Photo : Getty Images / AFP/AAMIR QURESHI

Radio-Canada

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont, sur des plans différents et sans grand enthousiasme, évoqué une certaine collaboration avec les nouveaux maîtres de l'Afghanistan, qu'ils ont combattus pendant plusieurs années.

Londres n’entend toujours pas reconnaître le futur gouvernement taliban « dans un avenir prévisible », mais comprend tout de même « la nécessité d’établir un dialogue direct » avec lui, a affirmé jeudi le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, Dominic Raab.

Dans l’immédiat, a-t-il dit, la priorité du gouvernement Johnson consiste à s’assurer que l’évacuation de ses citoyens, des Afghans qui ont aidé l’armée britannique et d’autres Afghans vulnérables demeurés dans leur pays, puisse se poursuivre sans entrave.

Au-delà de cette priorité, partagée par de nombreux autres pays occidentaux, dont le Canada, M. Raab a évoqué une liste d’éléments à l’aune desquels son gouvernement entend juger la possibilité d’établir des liens avec les talibans.

Le premier est de s’assurer que l’Afghanistan n’est pas un repaire ou un havre pour les terroristes, a-t-il expliqué. Le second est de prévenir une crise humanitaire […] et le troisième, par effet d’entraînement, est de préserver la stabilité régionale.

Quatrièmement, [il faudra] tester et s’assurer que les talibans respectent leurs engagements [envers] un gouvernement inclusif. Évidemment, nous étudierons très attentivement ce qui arrive en matière de droits de la personne, et le traitement [réservé] aux femmes et aux filles.

« Il faut nous ajuster à la nouvelle réalité en Afghanistan. »

— Une citation de  Dominic Raab, ministre britannique des Affaires étrangères

À l’instar de plusieurs de ses homologues des pays occidentaux, Dominic Raab a répété que son gouvernement jugera essentiellement le futur gouvernement taliban en fonction de ses gestes et actions et non de ses déclarations.

Dominic Raab entre dans une pièce suivi de son homologue qatari.

Le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab et son homologue du Qatar, Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, à leur arrivée pour une conférence de presse, jeudi, à Doha.

Photo : Reuters / HAMAD I MOHAMMED

Le chef de la diplomatie britannique a fait ses commentaires depuis Doha, au terme de discussions avec son homologue du Qatar, Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, alors que les talibans sont sur le point de dévoiler comment ils entendent gouverner leur pays.

Le Qatar s'est imposé ces dernières années comme un médiateur entre les talibans et les pays occidentaux. Le pays a accueilli le bureau politique des talibans il y a déjà plusieurs années.

Les négociations entre l'administration Trump et les talibans qui ont abouti à l'accord de Doha y ont aussi eu lieu, tout comme des pourparlers entre les talibans et l'ancien gouvernement, qui n'ont cependant rien donné.

 Le général Mark Milley, bardé de médailles, les mains jointes, s'adresse à la presse.

Le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a évoqué des jours « extrêmement difficiles émotionnellement » lors d'une conférence de presse sur la fin de mission en Afghanistan.

Photo : Reuters / EVELYN HOCKSTEIN

La veille, le général Mark Milley, chef d’état-major des armées américaines, a de son côté jugé possible une éventuelle coordination avec les talibans en ce qui concerne des frappes antiterroristes en Afghanistan contre des militants du groupe armé État islamique ou d'autres groupes.

Au cours des dernières semaines, les commandants militaires américains se sont coordonnés quotidiennement avec les commandants talibans afin de faciliter l'évacuation de plus de 124 000 personnes à partir de l'aéroport international de Kaboul.

La fin justifiait les moyens, a expliqué mercredi le plus haut gradé de l'armée américaine au cours d'une conférence de presse à Washington aux côtés du secrétaire à la Défense, Lloyd Austin.

« Dans la guerre, vous faites ce que vous devez faire pour réduire les risques pour la mission et les troupes, pas nécessairement ce que vous voulez faire. »

— Une citation de  Mark Milley, chef d’état-major des armées américaines

Pour la suite, il a cependant refusé de faire des prédictions quant à une éventuelle collaboration avec les nouveaux dirigeants de l'Afghanistan.

Nous ne savons pas comment seront à l'avenir les talibans, mais je peux vous dire par expérience personnelle que c'est un groupe impitoyable du passé, et il reste à voir s'ils changeront ou non, a-t-il déclaré.

Le secrétaire américain à la Défense a affiché les mêmes réserves, soulignant que la coordination de ces derniers jours à l'aéroport de Kaboul ne laissait pas nécessairement présager une future coopération sur des questions plus larges.

Maintenant que la guerre est terminée, au terme de deux décennies, l'étendue et la nature de la relation entre les talibans et l'Occident, notamment les États-Unis, est l'une des questions clés qui se posent.

Les derniers soldats américains ont quitté l'Afghanistan lundi dernier.

En attendant le nouveau gouvernement taliban

Les talibans, eux, s’apprêtent à dévoiler la forme et la composition de leur futur gouvernement. Ils avaient déjà indiqué qu’ils n’entendaient pas le faire avant le départ des Américains.

Un haut responsable du mouvement, Ahmatullah Muttaqi, a indiqué sur les réseaux que les préparatifs pour une cérémonie officielle de présentation de ce gouvernement étaient en cours au palais présidentiel de Kaboul.

Un autre porte-parole, Zabitullah Mujahid, a déclaré à Reuters qu’il n’était pas en mesure d’avancer de date pour la tenue de la cérémonie. Cela pourrait prendre encore quelques jours, a-t-il dit.

Des sources talibanes de l’AFP avancent pour leur part que la composition du futur gouvernement pourrait être dévoilée juste après la prière du vendredi.

Il est attendu que le gouvernement prenne la forme d’une théocratie à l’iranienne, dirigée par le chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada. Les opérations quotidiennes seraient cependant confiées à un de ses adjoints, qui porterait le titre de président.

Un homme agite le drapeau taliban au milieu d'une rue commerçante.

Un partisan des talibans agite le drapeau du mouvement au milieu d'un marché public de Kaboul.

Photo : Reuters / WANA NEWS AGENCY

Les Afghans et le monde attendent impatiemment de connaître la composition de ce gouvernement, dont les talibans ont maintes fois promis qu'il serait « inclusif ».

Le chef adjoint de leur bureau politique au Qatar, Sher Mohammad Abbas Stanekzai, a renouvelé cette promesse mercredi dans une interview à la BBC.

Il a cependant aussi laissé entendre qu'il pourrait ne pas y avoir de femmes nommées ministres ou à des postes à responsabilité, mais uniquement à des échelons inférieurs.

Fait exceptionnel, une cinquantaine d'Afghanes ont d'ailleurs protesté contre cette perspective, jeudi, revendiquant leur droit à travailler et réclamant la participation de femmes au nouvel exécutif.

Une relation cruciale pour l'économie

La capacité des pays occidentaux et des talibans à établir une relation, même teintée de méfiance, sera cruciale pour l'économie afghane, qui risque de s'effondrer après la prise de pouvoir des talibans, selon l’ONU et de nombreux analystes.

Après un règne – qui a duré de 1996 à 2001 – marqué par une interprétation très rigoriste de la charia (loi islamique), les talibans ont tenté de montrer un visage plus modéré, promettant de protéger les droits de la personne et de ne pas se venger de leurs anciens ennemis.

Les pays occidentaux qui ont combattu les talibans pendant 20 ans ne cachent cependant pas leur scepticisme.

Les organisations humanitaires ont mis en garde contre une catastrophe après qu'une grave sécheresse et les bouleversements de la guerre ont forcé des milliers de familles à fuir leurs domiciles.

L'Afghanistan a en outre besoin d'argent pour rebâtir une économie détruite par deux décennies de guerre et largement dépendante de l'aide internationale, en grande partie gelée après la prise du pouvoir par les talibans.

Il leur faut entre autres trouver d'urgence les fonds pour verser les salaires des fonctionnaires et maintenir en état de marche les infrastructures vitales (eau, électricité, communications).

Une longue file d'Afghans dans une rue.

À Kaboul, de très longues files se forment devant les banques, qui limitent les sommes que les Afghans peuvent retirer.

Photo : Reuters / Pigiste

Les talibans ont déjà ordonné la réouverture des banques, mais des limites strictes de retrait ont été imposées.

Tout est cher maintenant, les prix augmentent tous les jours, affirme Zelgai, un habitant de Kaboul.

Avec l'arrivée des talibans, il est juste de dire qu'il y a la sécurité, mais les affaires sont au-dessous de zéro, soutient Karim Jan, un commerçant en électronique de Kaboul.

Avec les informations de BBC, Reuters, et AFP

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