•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Une tragédie pour les familles » : les garderies, un enjeu électoral en Ontario

Des jouets rangés le long de l'extérieur de l'édifice.

L’Ontario est la province où les frais de garde d'enfants sont les plus élevés au pays.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Des parents qui décident de rester à la maison pour économiser, des familles qui changent de province pour payer moins cher, des grands-parents qui prennent leur retraite plus tôt : en Ontario, le coût exorbitant des garderies force de nombreux ménages à prendre des décisions difficiles. Les partis fédéraux en campagne électorale veulent courtiser ces familles.

On veut que nos amis arrêtent de partir, lance à la blague Meaghan Payeur, dans sa maison en banlieue de Toronto. La jeune maman fait référence à ses amis qui ont quitté l’Ontario pour le Québec et le Nouveau-Brunswick en raison du coût des garderies dans le Grand Toronto.

Meaghan et son conjoint, Nicolas Roland, ont aussi envisagé le déménagement lorsqu’ils ont appris qu’ils attendaient une petite fille, il y a maintenant près de deux ans. Au lieu de cela, le couple a quitté Toronto pour s’installer à Mississauga — et a acheté une maison sur la même rue que la famille de Meaghan.

Ce qu’on a entendu des prix nous a toujours inquiétés, explique Nicolas Roland. Donc on s’est dit, on n’y pense même pas, on ne peut pas payer, on ne veut pas payer ces prix-là.

L’Ontario est en effet la province où les frais de garde sont les plus élevés au pays. Selon un rapport du Centre canadien de politiques alternatives publié l’an dernier, le coût médian d’une garderie était de 1774 $ par mois à Toronto. À Montréal, il s’élève plutôt à 179 $ par mois, soit environ le taux fixé par la province dans les garderies subventionnées.

Nicolas Roland enlace Meaghan Payeur et leur fille dans leur maison.

Campagne électorale: l'enjeu des garderies en Ontario

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Pour éviter de dépenser des centaines de dollars par mois en frais de garde, Nicolas et Meaghan ont demandé à leur famille de mettre la main à la pâte. Ce sont donc les deux grands-mères de la petite Joséphine, 9 mois, qui se partageront sa garde. L’une devra prendre une retraite anticipée tandis que l’autre aménagera son horaire de travail dès que le congé maternité de Meaghan prendra fin.

Il y a eu des choix difficiles à faire, admet Judith Levasseur, la grand-mère paternelle de Joséphine. Médecin de famille à Oakville, c’est elle qui ajustera son horaire de travail pour s’occuper de sa petite-fille une journée par semaine.

On a trouvé [que] dans le milieu économique où on est, avec nos enfants qui essaient de se payer une maison, cette solution-là pour l’instant allait être une bonne solution, précise Mme Levasseur. Originaire du Québec, elle s’explique mal que la situation de son fils soit si différente de celle de ses neveux et nièces.

C’est une tragédie pour les familles, soupire-t-elle.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

Quand les partis fédéraux courtisent les parents

Bien avant le déclenchement des élections, le Parti libéral du Canada a fait des garderies abordables son cheval de bataille.

Dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau mettait de l’avant un programme pancanadien de services de garde qui permettrait à toutes les familles d’avoir accès à une garderie à 10 $ par jour d’ici cinq ans. Le Parti conservateur du Canada propose pour sa part un crédit d’impôt qui couvrirait jusqu’à 75 % des frais de garde pour certaines familles.

L’économiste Alexandre Laurin, de l’Institut C.D. Howe, ne s’oppose pas à l’instauration d’un système centralisé de garderies subventionnées, mais fait valoir que des crédits d’impôt seraient plus rapides et plus simples à instaurer.

C’est sûr que bâtir un réseau de garderies subventionnées prend du temps. Ce n’est pas non plus dans la juridiction du gouvernement fédéral, et ça dépend des ententes avec les provinces, explique l’expert, qui ajoute toutefois que les deux modèles pourraient coexister, comme c’est le cas au Québec.

Kerry McCuaig sourit dans un parc.

Kerry McCuaig, chercheuse à l’Université de Toronto, estime qu'une solution universelle est préférable en matière de services de garde.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

La chercheuse à l’Université de Toronto Kerry McCuaig préconise quant à elle une solution universelle, comme celle suggérée par les libéraux et les néo-démocrates. Elle souligne tout de même qu’il faudra s’assurer d’investir adéquatement les milliards promis par Ottawa.

On peut offrir des garderies abordables, mais si on n’investit pas dans l’infrastructure et dans la main-d'œuvre, ça donne de mauvais programmes pour les enfants, prévient l’experte.

Sans soutenir ouvertement un parti, Meaghan Payeur et Nicolas Roland affirment que la question des garderies abordables influencera leur vote le mois prochain. Pour la jeune famille, les promesses des chefs fédéraux se concrétiseront probablement trop tard pour permettre à Joséphine de fréquenter une garderie.

Ça a un grand impact sur nos calculs et notre désir d’avoir d’autres enfants, explique néanmoins Nicolas Roland.

Avec les informations de Julie-Anne Lamoureux

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !