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Le Pentagone s’engage à « tirer les leçons » de la guerre en Afghanistan

Selon un diplomate américain qui déplore des choix déchirants et qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat, les États-Unis ont dû laisser en Afghanistan la majorité des Afghans qui ont travaillé pour eux et voulaient fuir.

Devant des lutrins, Lloyd Austin et le général Mark Milley répondent à des questions au Pentagone.

Au cours d'une conférence de presse sur la fin de mission en Afghanistan, le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin (à gauche), et le chef d'état-major de l'armée américaine, Mark Milley ont reconnu que plusieurs militaires vivaient difficilement la fin de la mission en Afghanistan.

Photo : Reuters / EVELYN HOCKSTEIN

Agence France-Presse

Les plus hauts responsables du Pentagone se sont engagés mercredi à « tirer les leçons » de la guerre en Afghanistan, reconnaissant ressentir « douleur et colère » après avoir remis le pays aux mains des talibans, leurs ennemis de 20 ans.

Aucune opération n'est jamais parfaite, a reconnu le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, qui s'exprimait publiquement pour la première fois depuis la fin de l'évacuation chaotique de 124 000 civils de Kaboul, dans la nuit de lundi à mardi.

Nous voulons tirer toutes les leçons possibles de cette expérience, a ajouté l'ancien général qui a combattu en Afghanistan, après avoir rendu un hommage solennel et sombre aux 800 000 soldats américains qui se sont succédé depuis 2001 sur le sol afghan, au cours d'une guerre qui a coûté la vie à 2461 militaires américains, dont 13 dans les dernières heures du retrait.

Le chef d'état-major, le général Mark Milley, qui a lui aussi combattu en Afghanistan, a reconnu que ces derniers jours avaient été extrêmement difficiles émotionnellement.

Nous sommes tous tiraillés entre douleur, colère, chagrin et tristesse d'un côté, et fierté et résilience de l'autre, a-t-il ajouté. Nous apprendrons de cette expérience, a-t-il dit. Et ce qui nous a fait en arriver là sera étudié pendant des années, a-t-il ajouté.

Nous, les militaires, aborderons ça avec humilité, transparence et franchise. Il y a beaucoup de leçons tactiques, opérationnelles et stratégiques à tirer.

Une citation de :Le chef d'état-major, le général Mark Milley

M. Austin a reconnu que la fin d'une guerre entamée en 2001 pour chasser les talibans du pouvoir pouvait être difficile à accepter pour les soldats ayant perdu des frères d'armes en Afghanistan, ainsi que pour les familles de ceux qui y ont laissé leur vie.

Je sais que ces derniers jours ont été difficiles pour beaucoup d'entre nous, a-t-il dit. Il ne faut pas attendre des anciens combattants d'Afghanistan plus que des autres Américains. J'ai entendu des opinions très tranchées ces derniers jours. C'est très important. C'est la démocratie.

La guerre a été lancée fin 2001 après les attentats du 11 Septembre, qui ont fait 2977 morts en une seule journée. Ils avaient été menés par les jihadistes d'Al-Qaïda, basés en Afghanistan et protégés par les talibans. Ce qui devait se limiter à une opération de représailles a évolué en une vaste entreprise de reconstruction du pays pour éviter un retour des talibans au pouvoir, ce qui s'est produit le 15 août.

M. Austin a annoncé qu'il se rendrait la semaine prochaine dans la région du Golfe, où les alliés des États-Unis ont facilité l'évacuation de réfugiés afghans.

Hantés, les Américains ont laissé la majorité de leurs partenaires afghans

Les États-Unis ont dû laisser en Afghanistan la majorité des Afghans qui ont travaillé pour eux et voulaient fuir, a par ailleurs estimé mercredi un responsable américain, déplorant les choix déchirants qu'ils ont dû faire lors du pont aérien de Kaboul.

L'évacuation, lancée le 14 août et qui s'est terminée lundi avec la fin du retrait des États-Unis, concernait les Américains et les autres étrangers, mais aussi les Afghans jugés à risque de représailles avec le retour au pouvoir des talibans, à savoir ceux qui ont travaillé pendant des années avec les Américains, d'autres pays de l'OTAN ou le gouvernement pro-occidental tombé face à la victoire des ex-insurgés islamistes.

Début août, la Maison-Blanche avait rapporté qu'environ 20 000 Afghans ayant travaillé pour les Américains avaient demandé un visa spécial d'immigration pour être accueillis aux États-Unis, soit quelque 100 000 personnes avec les membres de leurs familles. Mais d'autres estimations plus élevées circulent, y compris des Afghans à risque, qui n'entrent pas dans les critères pour ce visa spécial.

Combien d'entre eux n'ont pas pu être évacués? Le gouvernement de Joe Biden n'a pas été en mesure de le dire pour le moment.

Je dirais que c'est la majorité d'entre eux, sur la base de témoignages concernant les personnes que nous avons pu soutenir, a rapporté un haut responsable de la diplomatie américaine, en première ligne à l'aéroport de Kaboul ces deux dernières semaines. C'est-à-dire, avec leur famille immédiate, des dizaines de milliers de personnes.

Tous ceux qui ont vécu [l'évacuation] sont hantés par les choix que nous avons dû faire, et par les gens que nous n'avons pas pu aider à partir.

Une citation de :Un haut responsable de la diplomatie américaine, sous couvert d'anonymat

Cela a nécessité des compromis et des choix vraiment douloureux, [...] pour moi qui tentais de communiquer nos priorités, [...] pour les agents consulaires américains qui, héroïquement, étaient aux points d'accès avec les Marines ou les militaires américains et de l'OTAN pour tenter d'identifier les gens dans la foule, ou encore pour ceux qui sortaient et marchaient au milieu d'Afghans à la recherche de personnes tenant un passeport américain, une carte verte américaine, a-t-il poursuivi.

Ce responsable a décrit une situation difficile, avec des foules d'Afghans massés aux entrées de l'aéroport de Kaboul menaçant de virer à l'émeute à tout moment.

Une autre diplomate qui avait été dépêchée dans la capitale afghane a évoqué un grand nombre d'enfants séparés de leur famille dans la cohue, plus de 30 par jour, parfois des bébés.

Elle a notamment été frappée par un garçon de 13 ou 14 ans, du sang sur ses vêtements. Il a dit que quelqu'un avait été tué devant lui, et toute sa famille avait été dispersée, a-t-elle rapporté, assurant que les militaires américains s'étaient relayés pour jouer avec ces petits traumatisés.

Un devoir moral du gouvernement américain

Un homme pousse une brouette dans laquelle est assise une femme en burqa, au milieu d'une foule.

Des Afghans exilés au Pakistan arrivent au poste-frontière de Chaman, le 22 août.

Photo : Getty Images / AFP

Les témoignages d'Afghans coincés dans leur pays se multiplient.

Parmi eux, de nombreux membres du personnel de Radio Azadi, soutenue par les États-Unis, qui diffuse des programmes en dari et pachtou, soit des centaines de personnes en incluant leurs familles.

Jamie Fly, président de Radio Free Europe-Radio Liberty, qui chapeaute ce service, a évoqué un devoir moral du gouvernement américain de protéger les journalistes afghans.

C'est absolument honteux, a protesté le représentant républicain Michael McCaul, jugeant que l'administration Biden n'avait pas tenu ses engagements à leur égard.

Dans un message publié par le Wall Street Journal, un ex-interprète afghan de l'armée américaine, bloqué à Kaboul, demande l'aide de Joe Biden, qu'il avait aidé à secourir d'une tempête de neige en Afghanistan, en 2008.

Ne m'oubliez pas ici, supplie Mohammed, qui ne donne pas son nom de famille, car il craint pour sa vie depuis le retour au pouvoir des talibans.

Washington a encore promis mercredi de tout faire pour aider ceux qui veulent partir.

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