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L’ivermectine ne compte pas parmi la poignée de traitements contre la COVID-19

Quels traitements peut-on utiliser contre la COVID-19?

Deux mains gantées tiennent une fiole contenant un liquide transparent.

Une fiole de l'antiviral remdésivir, l'un des quatre traitements autorisés par Santé Canada pour traiter la COVID-19.

Photo : Associated Press

Après l'hydroxychloroquine, voilà que l’ivermectine est présentée par certains internautes comme étant le remède miracle contre la COVID-19. Les experts avertissent que l’ivermectine, utilisée pour traiter les parasites chez les animaux, n’est pas un remède efficace contre la COVID-19. En fait, il n’y a que quatre traitements autorisés pour traiter la COVID-19 au Canada.

Aux États-Unis, l’engouement suscité par l’ivermectine est très prononcé; le nombre de prescriptions pour ce médicament est passé de moins de 4000 par semaine à près de 90 000 à la mi-août, indiquent les Centers for Disease Control and Prevention (CDC). De plus, il y a présentement trois fois plus d’appels aux centres antipoison aux États-Unis qu’avant la pandémie.

Les centres antipoison du Québec (CAQ) et de l’Ontario (CAO) n’ont pas encore remarqué d'augmentation d’appels au sujet de ce traitement. Les chiffres peuvent sous-représenter le nombre total d'expositions à l'ivermectine en Ontario, car les appels au CAO sont volontaires, précise toutefois le Centre antipoison de l'Ontario dans un courriel.

En Alberta, certains magasins d'aliments pour le bétail ont dû retirer l’ivermectine de leurs étagères après un déluge d’appels.

Tim Geary, professeur de l'Institut de parasitologie de l'Université McGill, qui étudie l’ivermectine depuis plusieurs décennies, est surpris par la folie entourant ce traitement utilisé couramment pour traiter les infections causées par des vers parasitiques chez les chiens, les vaches et les chevaux.

Ce professeur ajoute que ce produit est également homologué pour traiter chez les humains certains parasites tropicaux, pour traiter la gale et même les poux. En petites doses, ce médicament est très sécuritaire.

Selon lui, il y avait très peu de chances que l’ivermectine ait des propriétés antivirales.

Malgré son utilisation depuis des décennies, nous n'avons jamais vu d’études ou de preuves montrant que l’ivermectine peut aussi tuer les virus ou traiter les infections virales. S’il y en avait, nous l’aurions su avant, dit le professeur Geary.

Mais l’ivermectine ne peut pas traiter la COVID-19, dit sans équivoque M. Geary.

Une personne masquée tient deux flacons.

Un pharmacien tient une bouteille d'ivermectine.

Photo : Reuters / Rodrigo Urzagasti

Aucune preuve scientifique

Selon le professeur, la publication de deux études a mené à beaucoup de désinformation à propos de l’ivermectine.

Une étude d’Égypte estimait que l’ivermectine réduisait de 90 % les décès. Mais celle-ci a été retirée et fait l'objet d'une enquête, parce qu’une portion des données avaient été falsifiées ou manipulées.

De plus, les résultats d’une étude australienne, qui indiquait qu’une forte concentration d’ivermectine a réussi à tuer le SRAS-CoV-2 en laboratoire, ont été mal interprétés par le public, dit le professeur Geary.

Dans cette étude, les concentrations nécessaires [pour tuer le SRAS-CoV2] en laboratoire étaient extrêmement élevées. La dose standard pour l'homme est d'environ 200 microgrammes par kilogramme. Les concentrations nécessaires pour tuer le virus en culture étaient 50 à 100 fois plus élevées.

Ainsi, ceux qui essaient de s'automédicamenter n'auront pas les effets escomptés.

Si vous prenez la dose standard, vous n'aurez jamais assez de médicaments à l'intérieur de vous pour imiter les effets rapportés en culture cellulaire [et tuer le virus]. Si on donnait cette dose aussi concentrée à une personne, elle aurait une surdose massive.

Une citation de :Tim Geary, Université McGill

L’ivermectine en trop grosse quantité peut causer des étourdissements, de la diarrhée, des pertes de mémoire, voire le coma et la mort.

C’est pourquoi M. Geary s’inquiète de voir les gens acheter de l’ivermectine de cliniques vétérinaires au lieu de se faire vacciner.

Ces gens ne veulent pas prendre un vaccin qu’ils qualifient d’expérimental, mais ils sont prêts à prendre un médicament expérimental. C’est illogique. Je ne comprends pas...

Une citation de :Tim Geary, Université McGill

La Food and Drug Administration a d’ailleurs lancé un avertissement sur Twitter à ceux qui pensent prendre de l’ivermectine pour traiter la COVID-19. Vous n’êtes pas un cheval. Vous n’êtes pas une vache. Sérieusement, arrêtez ça.

Le professeur Geary dit que cette folie s’apparente à celle entourant l’hydroxychloroquine, qui a été vantée notamment par le président Donald Trump. Ce médicament est complètement inutile contre la COVID-19, précise-t-il.

Il note qu’une méta-analyse publiée en juin (Nouvelle fenêtre) confirme l'inefficacité de l’ivermectine contre la COVID-19. Même la pharmaceutique Merck, qui produit l’ivermectine (Nouvelle fenêtre), affirme qu’il n’y a aucune preuve qui montre son efficacité dans le cas de la COVID-19.

Un patient à l'hôpital Humber River en Ontario.

Les médecins ont un nombre très limité de traitements pour la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Donc, quels traitements peut-on utiliser contre la COVID-19?

La réponse est qu'il n'y a pas beaucoup de choses disponibles, dit André Veillette, immunologiste à l'Institut de recherches cliniques de Montréal. Il ajoute que même après un an et demi de pandémie, aucun traitement ne permet d’éliminer le virus.

Le virus doit faire son chemin. C’est le système immunitaire qui va s'en débarrasser à un moment donné. Ce qu’on peut contrôler, c'est l'inflammation induite par le virus, surtout dans les poumons.

Une citation de :Dr André Veillette, Institut de recherches cliniques de Montréal

Il explique que presque toutes les personnes infectées et admises à l’hôpital – souvent à cause de taux d’oxygène très bas – reçoivent deux traitements de base.

Il y a d’abord la dexaméthasone, un anti-inflammatoire. C’est le jour et la nuit depuis qu’on utilise ce médicament. Ç’a eu un énorme impact. Le reste [des traitements disponibles] n’ont que de petits impacts.

Et les personnes hospitalisées reçoivent aussi des anticoagulants pour éviter qu’ils fassent des thromboses. La COVID-19 peut induire des thromboses et le fait que les gens soient couchés pendant plusieurs jours peut aussi mener à des thromboses, explique le Dr Veillette. On administre parfois aussi des antibiotiques, non pas pour traiter la COVID-19, mais pour traiter des co-infections d’origine bactérienne.

Pour traiter les malades contre la COVID-19, il y a quatre traitements autorisés par Santé Canada, mais qui peuvent seulement être utilisés dans des situations spécifiques.

Il y a d'abord le remdésivir (Nouvelle fenêtre), qui est un traitement antiviral, uniquement administré aux patients souffrant d’une pneumonie et nécessitant une oxygénothérapie pour les aider à respirer. Ça diminue la durée des symptômes et la sévérité de la maladie. Mais ce n'est pas incroyable comme effet, dit le Dr Veillette.

Puis le Canada a également autorisé l’utilisation de trois traitements d'anticorps monoclonaux, comme le bamlanivimab (Nouvelle fenêtre), le sotrovimab (Nouvelle fenêtre), le casirivimab/imdevimab (Nouvelle fenêtre). Ces anticorps se fixent à la protéine de spicule du coronavirus et empêchent le virus de pénétrer dans les cellules et de les infecter.

Ils sont seulement administrés aux patients présentant un risque élevé d’hospitalisation ou de décès en raison de la COVID-19. Le bamlanivimab ne peut pas être administré à une personne hospitalisée, parce qu’il pourrait aggraver son état clinique.

Les anticorps monoclonaux ont été utilisés notamment dans certains centres de soins de longue durée aux États-Unis au début de l'éclosion et ont permis de réduire le nombre de cas graves.

Ailleurs dans le monde, il n'existe pas beaucoup plus d'options qu'au Canada. Par exemple, aux États-Unis, on utilise les mêmes traitements qu'au Canada, mais on a aussi récemment autorisé l'utilisation du sarilumab et du tocilizumab, deux autres anticorps monoclonaux, surtout utilisés pour les cas les plus graves.

Besoin de nouveaux traitements

Selon le Dr Veillette, si l’on a mis énormément d’efforts dans le développement de vaccins, il faut mettre autant d’efforts pour trouver de nouveaux traitements. Puisqu'on ne va pas se séparer de ce virus de sitôt, ça serait bon qu’on identifie de nouveaux agents antiviraux et des agents qui bloquent la réaction inflammatoire excessive qu'on a durant l'infection.

Au début de la pandémie, les chercheurs partout dans le monde ont tenté de recycler des médicaments déjà sur le marché. Il y a eu un peu d’espoir au début, mais il n'y a rien là-dedans qui a marché, dit le Dr Veillette, en ajoutant qu’on a désormais pas mal fait le tour.

Le professeur Geary rappelle que si certains médicaments ont un certain effet sur un virus lors d’expériences en laboratoire, cela ne signifie pas que cela va être cliniquement utile.

Le Dr Veillette est tout de même persuadé que les scientifiques trouveront un remède contre la COVID-19. L’Organisation mondiale de la santé recense d’ailleurs des milliers d’études en cours pour trouver un traitement.

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