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Surdoses : des actions demandées à Ottawa et en Outaouais

Des souliers posés par terre avec des étiquettes devant indiquant à qui ils appartenaient.

Des souliers posés devant l'hôtel de ville d'Ottawa à la mémoire de victimes de surdoses.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Radio-Canada

Une journée pour se souvenir et réfléchir, telle était l’ambition des organisateurs d’événements de commémoration autour de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses des deux côtés de la rivière des Outaouais. Une occasion aussi de demander des changements dans la lutte contre cette crise.

J’ai été directement touchée par la crise des opioïdes. J’ai perdu mon plus jeune fils, Shane, le 4 mars 2018, à l’âge de 29 ans, des suites d’un empoisonnement au fentanyl. Selon le rapport de toxicologie, mon fils avait cinq fois la dose mortelle dans son système, a dit, la voix tremblante, Christine Wingate, directrice pour l’Ontario de l’organisme Moms stop the harm.

Devant l’hôtel de ville d’Ottawa où se tenait un rassemblement à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses, Mme Wingate a brièvement raconté les dix ans de combat qu’a menés son fils contre la dépendance.

Une femme parle au micro avec une feuille à la main.

Christine Wingate, directrice pour l’Ontario de l’organisme Moms stop the harm

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Malheureusement, il a perdu son combat. [...] Mon fils, comme tant d’autres [...], avait toute la vie devant lui, a-t-elle souligné.

En 2020, les surdoses ont emporté 127 personnes, a indiqué le maire d’Ottawa, Jim Watson, lors de son discours.

La crise des opioïdes continue de toucher des familles à Ottawa et dans notre pays. La Journée internationale de sensibilisation est une occasion de se souvenir des êtres chers disparus à la suite d’une surdose. Il s’agit d’une priorité pour notre ville et pour Santé publique Ottawa, a-t-il insisté.

Un moment pour se recueillir et réfléchir

Cette journée a également été commémorée du côté de l’Outaouais. Le BRAS Outaouais et le Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO) organisaient un événement pour rendre hommage aux personnes décédées de surdoses de drogues.

C’est un moment pour se recueillir, pour réfléchir aux gens qu’on a perdus. [...] On sait que les deuils, c’est toujours difficile. Mais quand le deuil se vit d’une mort [...] plus taboue, plus difficile à adresser publiquement, ce n’est pas facile. Donc, avoir un moment pour se recueillir [...], ça reste immensément important pour le processus de guérison, a expliqué Janick Allyson, coordonnatrice du Service de consommation supervisée au CIPTO, en entrevue à l’émission Sur le vif.

D'après les chiffres du CIPTO, 45 décès seraient potentiellement liés à une surdose en 2020, en Outaouais. Une hausse de près de 50 % en un an, selon Mme Allyson.

On pense que c’est multifacteur. Avec la pandémie, les gens ont été plus anxieux. La santé mentale de la population en général s’est détériorée [...] et ça a affecté la consommation [...]. On pense aussi que les gens ont été beaucoup plus isolés. Et on sait que, quand on consomme avec des gens, ils sont là pour réagir s’il y a une surdose ou quelque chose qui se passe mal. [...] Le troisième facteur qu’on considère, c’est la qualité des substances psychoactives que les gens pourraient consommer. À cause des fermetures des frontières, on a eu des blocages en approvisionnement [...]. Donc, la qualité des produits s’est amoindrie, a expliqué Mme Allyson.

Changer d’approche

La mise en place d’un centre de prévention des surdoses à Gatineau, depuis un an, a permis quelques avancées, qui restent toutefois difficiles à mesurer, a dit la coordonnatrice du Service de consommation supervisée au CIPTO.

Je ne peux pas dire combien de surdoses ont été évitées, mais depuis qu’il y a ce site-là, les intervenants qui sont sur place ont supervisé environ 1600 épisodes de consommation [...] avec du matériel et des conditions sécuritaires.

Plus de centres seraient nécessaires, a-t-elle ajouté.

On sait que les gens vont, en moyenne, marcher 20 minutes pour consommer et on sait que l’Outaouais, c’est vaste et qu’il y a de la consommation dans tous les quartiers.

Mme Allyson pose dans les locaux de la Soupe populaire de Hull.

Janick Allyson, coordonnatrice du Service de consommation supervisée au CIPTO (Archives)

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Actuellement, un travail est mené pour développer un centre de consommation mobile qui pourrait se promener dans différents secteurs.

La décriminalisation serait aussi une des solutions, s’accordent à dire Mme Allyson et Mme Wingate.

Les pertes de vie qui continuent dans nos communautés montrent que les réponses actuelles à ce problème sont insuffisantes, car elles ne réussissent pas à s’attaquer aux causes structurelles que sont la pauvreté, la criminalisation et le manque d’accès à un approvisionnement sécurisé en substances, a ainsi souligné Mme Wingate dans son discours, en insistant sur l’échec des politiques actuelles.

L’utilisation des drogues doit être traitée comme un problème de santé publique et non d’un point de vue criminel.

Une citation de :Christine Wingate, directrice pour l’Ontario de l’organisme Moms stop the harm

Mme Allyson va même plus loin.

Quand on sait que les substances sont légales, on est capables de contrôler plus facilement ce qu’il y a à l’intérieur [...] [et] d’avoir des substances plus sécuritaires. Il y a toujours eu des gens qui consomment et il va toujours y en avoir, que ce soit un verre de vin ou autre chose, donc il faut adresser la question avec pragmatisme et regarder ce qu’on peut faire pour sauver des vies.

Avec les informations de Philippe Marcoux

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