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Il y a soixante ans, une inondation dévastait une famille de Timmins

Un homme et une femme posent devant un monument.

Afin de célébrer le 60e anniversaire de la tragédie, le maire George Pirie s'est rendu sur les lieux de l'inondation en compagnie d'une des survivantes, Suzanne Girard Whissel.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Il y a 60 ans, une inondation a fait 5 morts d’une même famille à Timmins. Suzanne (Girard) Whissel a vu sa mère et tous ses frères et sœurs se noyer dans la maison.

Tu te couches un soir, tu as une famille heureuse, et tu te réveilles le lendemain matin, et tu n’as plus personne. C’est une pilule qui est dure à prendre, très dure à prendre, s’émeut Mme Whissel qui sera la seule enfant de sa famille à survivre.

La principale cause du drame familial : une crue éclair très localisée touche la région le 31 août 1961.

À partir de midi, le ciel a alors commencé à se couvrir de nuages.

La température, qui était encore de 25 degrés Celsius à 15 h, est descendue jusqu’à 8 degrés vers 17 h; au même moment, des coups de tonnerre ont retenti et une forte pluie a commencé à tomber.

Mme Whissel n’aurait jamais pu se douter qu'elle allait perdre sa famille dans une noyade cette nuit-là.

Tu peux entendre que quelqu’un est mort dans un feu, un accident d’avion, mais jamais noyé dans ta maison, philosophe celle qui verra le ruisseau en bordure de sa maison prendre l’allure d’une rivière.

La photo historique d'un ruisseau près d'un pont.

Suzanne Girard se souvient de ses hivers à patiner sur ce ruisseau en bordure de sa demeure.

Photo : Avec la permission de Suzanne Girard Whissel

Pendant l’après-midi, le ruisseau [Town] était normal : presque à sec, coulant parmi les saules, les joncs, les détritus. Avec le fort ruissellement d’averse, ajouté à celui provenant des rues et des égouts, le ruisseau monta rapidement en crue. Il atteignit son débit de pointe vers minuit, en raison de l’intensité des pluies et de la faible étendue du bassin versant, peut-on lire sur le site Internet du gouvernement canadien.

Vers une heure du matin, ma mère m’a réveillée et, quand je me suis levée, j’avais de l’eau aux genoux. C’est là que ça a commencé, se souvient Mme Whissel.

Une famille bien heureuse.

Quelques mois avant le drame, Suzanne Whissel avait pris cette photo en tenant son petit frère Donald, en compagnie de ses soeurs Diane et Lise.

Photo : Avec la permission de Suzanne Girard Whissel

Deux cents personnes devront fuir leurs foyers à la suite des pluies torrentielles, indique le journal Le Soleil dans son édition du 2 septembre.

Une nuit d’horreur

Tu n’oublies pas quelque chose comme ça, dit Raymond Taylor, qui habitait la maison d’en face au 307 Wilson. Il n’y a rien qu’on aurait pu faire.

La famille Taylor se souvient des événements, leur histoire s'était retrouvée dans les pages du Timmins Daily Press, dans un article intitulé : Les cris d’un père sauvent la vie de deux petits voisins.

En moins de 15 minutes, le sous-sol que la famille Girard louait s’est rempli d’eau.

Quand papa a ouvert la porte pour sortir , le courant était assez fort. Le réfrigérateur qui était dans le coin de la cuisine est allé dans le salon. Il fallait que la pression soit forte, rappelle Mme Whissel.

Paul Girard a alors quitté la demeure familiale du 324 Wilson en demandant de l’aide en français.

Il y avait du monde qui passait dans la rue, mais personne ne le comprenait parce qu’on était dans un district anglophone, indique M. Taylor.

Un homme et une femme devant une vieille voiture.

À 94 ans, Raymond et Theresa Taylor se souviennent de l'inondation.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Je ne sais pas ce qu’il disait, je pensais qu’il était ivre et fou, raconte M. Taylor.

L’homme maintenant âgé de 94 ans n’avait aucune idée que l'eau était alors en train de monter dans son sous-sol ou dormaient deux de ses garçons.

Je me souviens que mon père hurlait : "Réveillez-vous! Sortez de vos chambres". Je ne savais pas trop ce qu’il se passait, il y avait de l’eau jusqu’à mon matelas, relate Neil Taylor, qui avait 11 ans au moment de la tragédie.

Une coupure du « Timmins Daily Press » en 1961.

Au lendemain de l'inondation, la famille Taylor a offert une longue entrevue au quotidien local.

Photo : Radio-Canada / Avec la permission de Suzanne Girard Whissel

Avant l'arrivée des policiers, le père de Mme Whissel, Paul, a réussi à sortir Suzanne de la maison et à placer sa soeur Marie-Anne, âgée d'à peine 1 mois, sur la banquette de la voiture.

Mon père nous disait de l’attendre dans la voiture, mais, moi, j’ai entendu la voix du monsieur qui restait en haut de chez nous. Je suis entrée. Il avait un ton autoritaire, alors je l’ai écouté.

Une femme devant une maison.

Suzanne Girard Whissel a accepté de retourner à son ancienne maison (en jaune) qui se trouve aujourd'hui sur l'avenue Commercial.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Alors que les policiers et les pompiers étaient sur place, M. Girard a vu sa femme Angela (32 ans) et ses enfants Diane (13 ans), Lise (7 ans), Donald (3 ans) se noyer dans la maison.

La petite Marie-Anne sera retrouvée noyée dans la voiture.

Un trou dans un plafond.

Les autorités ont dû percer un trou dans le plafond du locataire du haut afin que le plongeur Ted Larrivière puisse extirper les corps.

Photo : Avec la permission de Suzanne Girard Whissel

Si j’avais écouté mon père, peut-être que j’aurais une petite sœur, aujourd’hui, lâche avec beaucoup d’émotion Suzanne.

Des traces historiques de l'inondation

En octobre 1979, la Ville de Timmins installe un monument sur la rue Wilson en hommage à la famille Girard.

Un lieu de recueillement qui est dans un piteux état, se désole Mme Whissel, présente, avec le maire de Timmins George Pirie, pour commémorer le 60e anniversaire de l'événement.

En mars dernier, la survivante du drame est allée à la rencontre pour réclamer que la rue avoisinante porte le nom de sa famille. Un projet qui est tombé aux oubliettes.

Une femme devant un monument.

Un malaise profond habitait Suzanne en voyant l'état du monument; des fissures dans le béton, de la rouille sur la plaque.

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

M. Pirie envisage toutefois de refaire une beauté au monument l’an prochain.

Le maire a affirmé qu'il ne voulait pas avoir deux chantiers de construction au même endroit, puisque le boulevard Algonquin est présentement en processus d'être redirigé sur la rue Wilson.

Il sera remis dans un bon état à sa demande, indique M. Pirie.

À la suite de l’inondation qui a coûté la vie à la famille Girard, l’Office de protection de la nature de la région de Matagami a été créé en 1962.

C’est le moment qui nous a ouvert les yeux sur la conservation, affirme le maire.

Si l'organisme s'est d'abord concentré sur les problèmes d’inondation, le programme inclut néanmoins la gestion de l’eau, la gestion des terres et l’éducation à la conservation.

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