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Les forces ukrainiennes à la rescousse d’Afghans fuyant vers le Canada

Un avion militaire décolle de Kaboul sous le regard de soldats occidentaux.

Les troupes étrangères qui occupent l'aéroport de Kaboul, encerclé par les talibans, devront avoir évacué l'aérodrome au plus tard mardi.

Photo :  (Marcus Yam/Los Angeles Times/Getty Images)

Radio-Canada

Alors qu’Ottawa a officiellement mis fin aux vols d’évacuation de ses anciens collaborateurs afghans, des troupes d’élite ukrainiennes ont réussi vendredi à faire sortir du pays 19 Afghans qui tentaient de trouver asile au Canada lors d’une audacieuse opération.

Selon le quotidien The Globe and Mail qui a participé à l’organisation de cette opération en collaboration avec le bureau du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et l’armée ukrainienne, tous les rescapés et leurs familles, notamment un traducteur qui a travaillé pour le Globe and Mail et un autre qui a servi aux côtés des troupes canadiennes, sont désormais en sécurité à Kiev, d’où ils pourront gagner le Canada sous peu.

Le sauvetage de ces traducteurs et de leurs familles s’est déroulé 24 heures après le départ du dernier avion d’évacuation canadien d’Afghanistan et seulement quelques heures après l’attentat à la bombe qui a tué 170 civils et 13 soldats américains aux portes de l’aéroport de Kaboul.

À la suite de cette attaque revendiquée par la branche locale de l'État islamique, les États-Unis ont déclaré que seuls les ressortissants étrangers – et non plus les Afghans en quête de visa – seraient autorisés à entrer dans l'aéroport. Ce qui compliquait sérieusement la situation pour les deux traducteurs et leurs proches.

Une sortie audacieuse

Des Afghans désespérés s'attroupent sur une route près de l'aéroport dans l'espoir de pouvoir fuir le pays.

Depuis la prise de la capitale afghane par les talibans, des dizaines de milliers de personnes ont tenté de fuir le pays en gagnant l'aéroport de Kaboul, engendrant le chaos autour des entrées de l'aérodrome.

Photo : afp via getty images / Wakil Kohsar

Malgré cette restriction, un détachement de soldats d’élite de l’armée ukrainienne a monté une opération afin d’escorter jusqu’à l’aéroport de Kaboul deux minibus qui transportaient les 19 ressortissants qui tentaient désespérément de quitter le pays désormais aux mains des talibans.

Selon The Globe and Mail, les troupes ukrainiennes ont retrouvé et escorté les bus à pied dans les rues encombrées de Kaboul et sur le terrain de l’aérodrome, où ils ont pu monter à bord d’un avion-cargo militaire envoyé en Afghanistan par Kiev en soutien aux efforts de l’OTAN dans la région.

Nous leur avons juste envoyé les numéros de plaque de nos véhicules et ils sont venus nous chercher au bazar local. Ils ont dit "Ukraine?", nous avons répondu "oui!" et ils nous ont emmenés, a déclaré Mohammed Sharif Sharaf, 49 ans, père de cinq enfants, qui a passé dix ans comme guide-traducteur au service du Globe and Mail pendant les années où les forces canadiennes combattaient dans le pays.

Une fois à bord, les exfiltrés ont été conduits avec d’autres rescapés à l’aéroport d’Islamabad, où ils ont été transférés dans un vol commercial à destination de l’Ukraine.

Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, 360 Ukrainiens et citoyens d'autres pays sont arrivés sains et saufs à Kiev samedi au terme de cette opération.

Un homme portant les cheveux courts et un veston parle dans un micro. Derrière lui sont accrochés des drapeaux.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky n'avait que de bons mots pour ses troupes et pour le Canada.

Photo : pool/afp via getty images / SERGEY DOLZHENKO

« Nos militaires, nos services de renseignement et nos diplomates ont fait un travail brillant. L'Ukraine ne laisse pas ses citoyens en difficulté dans les moments difficiles et aide les autres! »

— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine

Rappelons que les forces américaines, qui tiennent toujours l’aéroport de Kaboul, qui est le dernier pont aérien toujours en activité pour l’évacuation des ressortissants vers l’étranger, doivent quitter définitivement l’Afghanistan au plus tard le 31 août, soit demain, selon l’entente prise par Washington avec le régime taliban.

Une fois à Kiev, les familles Sharaf et Haqmal ont présenté des laissez-passer qui leur ont été délivrés un jour avant l'opération ukrainienne par le bureau du ministre canadien de l'Immigration, Marco Mendicino.

Les familles ont ensuite obtenu des visas humanitaires de 15 jours pour entrer en Ukraine, en partie grâce à la promesse de l'ambassade du Canada qu'elles seraient rapidement réinstallées chez nous.

Tentatives infructueuses des Canadiens et des Américains

Deux militaires marchent vers un avion, photographié de face.

Un C-17 Globemaster canadien, sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul, le 19 août.

Photo : Getty Images / AFP/Alexander Klein

L’armée canadienne et le département d’État américain avaient tenté sans succès à plusieurs reprises d’organiser la sortie des deux traducteurs et de leurs familles. Mais ces opérations reposaient sur la capacité de ces derniers à atteindre des points de rencontre désignés près des portes de l'aéroport qui était alors assiégé par des milliers de personnes qui tentaient de fuir le pays.

Les forces ukrainiennes y sont finalement parvenues en sortant dans Kaboul et en escortant ensuite à pied les familles à travers le chaos ambiant, et ce, jusqu’aux portes de l’avion.

« Tout le monde a été surpris. J'ai essayé pendant le mois dernier que quelqu'un vienne nous chercher. Nous avons demandé aux Américains, aux Canadiens, aux Qataris, à tout le monde – et aucune solution. Ils avaient peur de sortir. »

— Une citation de  Jawed Haqmal, qui a travaillé deux ans avec les forces spéciales canadiennes à Kandahar

Les soldats ukrainiens ont été des anges pour nous. Ils ont fait un travail exceptionnel. Ils ont un grand cœur, a déclaré le père de quatre enfants.

Retour sur investissement

C’est l’ancien ambassadeur du Canada à Kiev, Roman Waschuk, qui a mis la direction du Globe and Mail en contact avec un haut fonctionnaire du bureau du président Zelensky, qui est à l’origine de l’opération.

M. Waschuk a expliqué au Globe que les Ukrainiens avaient accepté la mission de sauvetage en grande partie en raison du soutien que leur pays avait reçu du Canada pendant sa propre guerre de sept ans contre les forces soutenues par la Russie dans la région du Donbass, dans l'est de l'Ukraine. Le Canada a fourni une aide financière de quelque 700 millions de dollars à l'Ukraine depuis le début du conflit, et y déploie 200 soldats par rotation depuis 2015 dans le cadre d'une mission visant à former les troupes ukrainiennes au combat.

« Il s'agit, en partie, d'un retour sur l'investissement des gouvernements canadiens successifs dans la formation des militaires ukrainiens. Il y a beaucoup de respect et d'appréciation pour ce que le Canada a fait au cours des sept dernières années. »

— Une citation de  Roman Waschuk, ancien ambassadeur du Canada en Ukraine

Précisions également que Kiev poursuit depuis plusieurs années des efforts pour intégrer les rangs de l’OTAN et qu’une telle démonstration de professionnalisme en terrain hostile fournira certainement de précieux arguments au gouvernement ukrainien pour faire valoir sa candidature.

Tous les alliés mettent l'épaule à la roue, assure Trudeau

Interrogé lundi matin en point de presse sur cette opération et les raisons pour lesquelles ce sont les forces ukrainiennes qui ont dû intervenir pour exfiltrer ces deux familles, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a déclaré qu'Ottawa n’a ménagé aucun effort ces dernières semaines pour faire sortir ses anciens collaborateurs du pays et que l'évacuation des réfugiés afghans implique un travail concerté de tous les alliés du Canada.

Le Canada a mené des opérations, nous avons eu 17 vols, a fait remarquer Justin Trudeau.

Nous avons œuvré jusqu’ici pour évacuer plus de 3700 personnes de Kaboul à bord de 17 avions et d’autres à bord d’avions d’autres pays. Nous travaillons afin de faire en sorte que plus de 20 000 Afghans puissent recommencer une nouvelle vie en sécurité ici au Canada, a expliqué le premier ministre sans cependant mentionner l’opération menée par les forces ukrainiennes.

Justin Trudeau a également assuré que les efforts du Canada pour offrir l’asile à des Afghans ne s’arrêteront pas le 31 août avec le départ des forces américaines de l’aéroport de Kaboul.

« Nous allons travailler avec nos partenaires régionaux, nous allons, à titre de membre de la communauté internationale, continuer de mettre de la pression sur les talibans pour nous assurer que les gens qui détiennent des documents de voyage pour le Canada ou l’un de nos pays alliés soient capables de quitter l’Afghanistan. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Nous pouvons et allons continuer à être très agiles pour fournir aux réfugiés afghans les visas ou les documents dont ils ont besoin pour signaler clairement qu'ils se dirigent vers le Canada et qu'ils devraient être autorisés à venir ici, a pour sa part déclaré le ministre de l’Immigration, Marco Mendecino, au Globe and Mail dans une interview téléphonique.

Avec les informations de The Globe and Mail

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