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« Je pensais que l’Afghanistan serait sécuritaire » : vivre l’exil pour une deuxième fois

Compte tenu de l’instabilité dans leur pays, de nombreux Afghans avaient déjà commencé à le quitter avant même la prise du pouvoir par les talibans. L’espoir qui les habite maintenant est de s'installer en Europe.

Deux Afghans vus de dos.

Ces deux Afghans vivent dans un campement en France en attendant de se rendre au Royaume-Uni.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Plus de 7300 kilomètres séparent Ghazni en Afghanistan de Grande-Synthe, dans le nord-ouest de la France.

Iran, Turquie, Italie. Abdullah énumère quelques-uns des pays qu’il a traversés avec sa femme Shazia et leurs enfants, avant d’atteindre le camp informel où sont installés de nombreux kurdes originaires d'Irak et de Syrie, mais aussi quelques Afghans.

Et bien que les enfants portent des chandails sur lesquels on voit la tour Eiffel, la France n’est qu’une escale. La famille afghane souhaite atteindre le Royaume-Uni, où vivent déjà certains proches.

Les talibans sont venus, et après la vie est détruite, lance Abdullah pour expliquer ce qui l’a poussé à entreprendre un long et dangereux voyage de deux mois avant de s’installer dans une tente en attendant de traverser la Manche.

À quelques mètres de là, près d’un site où des organisations distribuent de la nourriture, Rahmany, un Afghan de 28 ans, raconte avoir également fui son pays il y a quelques mois, avant la prise de Kaboul par les talibans.

Des personnes alignées participent à une distribution de repas.

Chaque jour, des associations distribuent des repas aux personnes qui sont installées au campement de Grande-Synthe.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Pour lui, il s’agit d’un deuxième exil; il a vécu au Royaume-Uni pendant une dizaine d'années avant de rentrer en Afghanistan en 2016.

Je pensais que l’Afghanistan serait sécuritaire, explique-t-il, ajoutant que l’instabilité l’a finalement poussé à laisser derrière, de nouveau, des proches pour rejoindre l’Europe.

Personne ne veut avoir à quitter son pays dans ces conditions. Vous dépensez votre argent et vous risquez votre vie. C’est difficile de traverser chaque pays avec la pluie, la neige et le froid.

Une citation de :Rahmany, un réfugié afghan

L’Europe, terre d’accueil?

Rahmany, Abdullah et Shazia ne sont pas les seuls à avoir fui leur pays avant les campagnes menées par les pays occidentaux pour évacuer d’Afghanistan leurs ressortissants et des Afghans qui ont travaillé avec eux.

Et si ces Afghans rencontrés au campement de Grande-Synthe espèrent refaire leur vie au Royaume-Uni, ils sont nombreux à avoir choisi de s’arrêter à l’ouest de la Manche au cours des derniers mois.

L’Afghanistan est ainsi le premier pays d’origine des demandeurs d’asile en France. En 2020, des Afghans ont présenté plus de 10 000 demandes à l’État français, sur un total d’environ 95 000 dossiers.

À l’échelle de l’Union européenne, plus 44 000 Afghans ont présenté des demandes en 2020, ce qui en fait la deuxième nationalité des demandeurs d’asile, derrière les Syriens.

La crise que traverse le pays va-t-elle contribuer à accentuer l’afflux de migrants afghans vers le continent européen?

C’est ce qu’a laissé entendre le président français Emmanuel Macron lors d’un discours télévisé le 16 août. Nous devons anticiper et nous protéger contre les flux migratoires irréguliers importants, a-t-il déclaré, soulevant les critiques d’adversaires politiques, notamment à gauche.

On a été contactés à plusieurs reprises, soit par des personnes qui étaient en Afghanistan qui craignaient pour leur vie là-bas ou des personnes qui sont en France et dont la famille se trouve en Afghanistan, reconnaît Anna Richel, coordonnatrice à Grande-Synthe de l’organisation Utopia 56, qui répond aux besoins d’urgences de personnes migrantes se trouvant déjà en Europe.

Deux employées de l'association Utopia 56.

Marie Chapelle et Anna Richel travaillent pour l'association Utopia 56, une organisation qui répond aux besoins d'urgence de personnes migrantes qui sont en France.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Mais elle ajoute qu’il faudra un moment avant de constater l’impact de la prise du pays par les talibans.

D’abord, il semble de plus en plus compliqué pour ces citoyens de quitter l’Afghanistan.

Ensuite, le déplacement entre les deux continents nécessite des semaines, voire des mois. Parmi les pays que doivent traverser les migrants, certains, comme la Turquie et la Grèce, ont récemment annoncé la mise en place de mesures visant à contrôler les passages sur leur territoire.

En Europe, certains gouvernements ont par ailleurs démontré peu d’ouverture quant à la possibilité d’accueillir plus de réfugiés afghans. Ainsi, si le gouvernement britannique a promis d’ouvrir ses portes à 20 000 Afghans au cours des prochaines années, le chancelier autrichien a de son côté indiqué son intention de refuser d’en accueillir davantage.

Des tentes sur un terrain vague.

Des tentes dans le camp de Grande-Synthe, en France, où vivent temporairement plusieurs personnes qui espèrent se rendre au Royaume-Uni.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Peu importe, Anna Richel, qui travaille aussi pour l’organisme Utopia 56, croit que l’on continuera à voir des gens tenter de rejoindre le continent européen.

Pour l’instant, il y a rien qui est fait à toutes les échelles pour que ça s’arrange. Que ce soit à cause des guerres, des guerres civiles ou du climat, on s’attend à ce que le nombre soit constant, voire en augmentation.

Une citation de :Anna Richel, coordinatrice d’Utopia 56

Rahmany, le jeune Afghan qui espère atteindre l’Angleterre, n’a par exemple pas attendu de savoir quel sort l’attendait en Europe avant de quitter son pays.

Si vous êtes en sécurité et avez une bonne vie, vous ne partez pas. [...] La famille, c’est la famille. La maison, c’est la maison, lance-t-il.

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