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Les Américains ont quitté l’Afghanistan

Le dernier avion C-17 a quitté l'aéroport de Kaboul, a fait savoir le général McKenzie.

Un avion s'envole dans le ciel de Kaboul.

Les Américains ont officiellement quitté l'Afghanistan le lundi 30 août à 23 h 59, heure locale.

Photo : Associated Press / Wali Sabawoon

Radio-Canada

La plus longue guerre de l'histoire des États-Unis est officiellement terminée.

Les derniers soldats américains ont quitté l'Afghanistan, a annoncé le Pentagone lundi, laissant le pays aux mains des talibans, leurs ennemis des 20 dernières années.

Le dernier avion de transport militaire C-17 a décollé de l'aéroport de Kaboul le 30 août à 23 h 59, heure locale, a confirmé le général Kenneth McKenzie, chef du commandement central de l'armée américaine, lors d'une conférence de presse virtuelle retransmise à Washington.

Ce vol, a-t-il spécifié, transportait le général Chris Donahue et le dernier diplomate américain en poste en Afghanistan, Ross Wilson. Les deux hommes ont été les derniers à monter à bord de l'avion, a précisé le général McKenzie.

Si les évacuations militaires sont terminées, la mission diplomatique, pour s'assurer que davantage de citoyens américains et d'Afghans éligibles voulant partir puissent le faire, elle, continue.

Une citation de :général Kenneth McKenzie

Le retrait militaire des États-Unis se sera donc achevé 24 heures avant la fin de la journée du 31 août, date butoir fixée par le président Joe Biden – et les talibans – pour mettre un terme à la présence des forces armées américaines dans ce pays.

Un militaire en habit de combat monte dans un avion.

Le général Chris Donahue a été le dernier Américain à quitter définitivement l'Afghanistan, selon le Pentagone.

Photo : Département de la Défense des États-Unis

Depuis le 14 août, sur une période de 17 jours, les avions des États-Unis et de leurs alliés ont évacué par un gigantesque pont aérien plus de 123 000 civils de l'Aéroport international Hamid Karzaï, selon le bilan présenté lundi par le Pentagone.

Ces opérations ont été endeuillées par un double attentat-suicide perpétré jeudi dernier par la branche locale de l'État islamique, qui a fait plus de 100 morts, dont 13 militaires américains. Des tirs de roquettes ont également compliqué l'exfiltration des derniers ressortissants étrangers et collaborateurs locaux d'Afghanistan, lundi.

L'armée américaine a d'ailleurs reconnu lundi n'avoir pas pu évacuer autant de personnes qu'elle l'aurait voulu avant le départ de ses derniers soldats de l'aéroport de Kaboul.

Nous n'avons pas pu évacuer tous ceux que nous voulions évacuer, a admis le général McKenzie, précisant que les évacuations s'étaient terminées environ 12 heures avant le retrait final. Les forces américaines, cela dit, sont restées prêtes à évacuer quiconque aurait pu atteindre l'aéroport jusqu'à la dernière minute, a-t-il juré.

Par souci de sécurité, l'armée américaine est restée très discrète sur la fin du retrait. Le dernier avion a décollé en pleine nuit, loin des caméras.

Du matériel militaire laissé sur place

L'armée américaine a laissé derrière elle de l'équipement militaire tout en s'assurant que ce dernier ne serait plus utilisable, a expliqué le général McKenzie lundi.

Ainsi, pas moins de 73 avions ont été démilitarisés, c'est-à-dire mis hors d'usage, avant le départ des troupes. Ces appareils ne voleront plus jamais, a assuré le général McKenzie. La plupart étaient déjà hors service de toute façon, a-t-il ajouté.

Le Pentagone a aussi laissé sur place 70 véhicules blindés MRAP résistant aux mines – d'un coût d'un million de dollars chacun – et 27 véhicules légers Humvee. Ils ont tous été mis hors d'usage, a encore garanti le général McKenzie.

Enfin, l'armée américaine dit avoir abandonné son système de défense antimissile C-RAM, qui a arrêté lundi cinq tirs de roquettes de l'État islamique contre l'aéroport. Nous avons choisi de laisser ces systèmes en service jusqu'à la dernière minute, a expliqué le général McKenzie.

C'est une procédure complexe et longue de démonter ces systèmes, a-t-il expliqué. Alors on les démilitarise pour qu'ils ne soient plus jamais utilisés.

KBL ne répond plus

L'aéroport international de Kaboul – connu sous le code KBL – est désormais privé de services de contrôle aérien à la suite du retrait des forces américaines, a déclaré lundi la Federal Aviation Administration (FAA), l'autorité de l'aviation civile américaine.

L'armée américaine avait annoncé à la mi-août prendre en charge les opérations de contrôle aérien à l'aéroport de Kaboul afin de faciliter l'évacuation de milliers de ressortissants afghans face à l'arrivée des talibans.

Dans une note, la FAA déclare que tout atterrissage à Kaboul ou tout survol de l'espace aérien afghan devra être exercé avec la plus extrême prudence.

Les talibans tiendront-ils leurs promesses?

Des coups de feu ont retenti dans Kaboul tôt mardi après la confirmation du départ des militaires américains.

Des journalistes de l'AFP dans la ville ont entendu des tirs de joie depuis différents postes de contrôle talibans, ainsi que les célébrations de combattants aux postes de sécurité de la zone verte.

Notre pays a regagné son entière indépendance, s'est félicité Zabihullah Mujahid, le porte-parole principal des talibans, dans un tweet. Rendons grâce à Allah pour cela, a-t-il ajouté.

Nous avons à nouveau fait l'histoire, a déclaré pour sa part Anas Haqqani, un responsable du mouvement islamiste, sur Twitter. Les vingt années d'occupation de l'Afghanistan par les États-Unis et l'OTAN se sont achevées ce soir, s'est-il félicité, heureux du résultat de vingt ans de djihad, de sacrifices et de difficultés.

Des combattants talibans armés sont assis dans une camionnette de marque Toyota.

Les talibans sont de retour au pouvoir en Afghanistan.

Photo : Associated Press / Khwaja Tawfiq Sediqi

Dimanche, une centaine de pays avaient annoncé avoir obtenu l'engagement des talibans que tous les ressortissants étrangers et tous les Afghans disposant d'un document de voyage délivré par un autre pays pourraient quitter l'Afghanistan après le retrait des troupes américaines.

Lundi, les membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont adopté une résolution appelant les talibans à tenir leur promesse : 13 des 15 membres du Conseil ont voté en faveur de ce texte rédigé par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, tandis que la Chine et la Russie se sont abstenues.

Le plus grand pont aérien de l'histoire des États-Unis

Joe Biden s'adressera aux Américains mardi après-midi, a fait savoir la Maison-Blanche dans une déclaration transmise aux médias lundi, en fin de journée.

M. Biden en profitera pour expliquer sa décision de ne pas prolonger [la] présence américaine au-delà du 31 août comme le demandaient certains pays alliés.

Pour le président américain, l'heure est désormais à la diplomatie et à la coordination avec les alliés des États-Unis pour assurer le départ en toute sécurité de tout Américain, allié afghan ou autre ressortissant étranger souhaitant encore quitter l'Afghanistan.

Les talibans ont promis et le monde s'assurera du respect de leurs engagements, a-t-il ajouté.

En attendant, Joe Biden a offert ses remerciements aux militaires américains pour avoir effectué le plus grand pont aérien de l'histoire des États-Unis.

Un nouveau chapitre commence, dit Blinken

Les États-Unis ont suspendu leur présence diplomatique en Afghanistan et transféré les opérations de l'ambassade à Doha, a annoncé lundi soir le secrétaire d'État américain Antony Blinken, invoquant l'environnement sécuritaire incertain et la situation politique à Kaboul.

Cette nouvelle mission diplomatique sera menée par une nouvelle équipe dirigée par Ian McCary, qui était le numéro deux de l'ambassade américaine à Kaboul.

C'est donc au Qatar que s'ouvrira ce nouveau chapitre des relations américano-afghanes, qui commencera avec la promesse des talibans de laisser les ressortissants étrangers quitter le pays librement.

Chaque étape que nous suivrons ne sera pas fondée sur ce que le gouvernement taliban dit, mais sur ce qu'il fait pour respecter ses engagements, a déclaré M. Blinken, soulignant que les nouveaux maîtres de l'Afghanistan devraient mériter leur demande de légitimité et de soutien de la communauté internationale.

Les talibans veulent la légitimité et le soutien internationaux. Notre message est que la légitimité et le soutien doivent se mériter.

Une citation de :Antony Blinken, secrétaire d'État américain

Selon le département d'État, moins de 200 Américains se trouvent toujours en Afghanistan.

Washington travaille maintenant à identifier des moyens pour soutenir ceux et celles qui souhaiteraient quitter le pays par voie terrestre, a fait savoir M. Blinken lundi soir.

L'armée afghane défaite en quelques jours à peine

L'urgence dans laquelle s'est opéré le retrait américain s'explique par le fait que les talibans ont pris de court l'Occident dans une offensive éclair pour reprendre possession de l'Afghanistan.

Le gouvernement central et l'armée régulière de ce pays, instables depuis des décennies, se sont effondrés en une dizaine de jours. Kaboul est tombée le 15 août. Washington a admis ne pas avoir anticipé cette débâcle.

Les forces américaines étaient entrées en Afghanistan le 7 octobre 2001 pour chasser du pouvoir les talibans, en raison de leur refus de livrer le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, après les attentats du 11 Septembre.

Même si l'objectif de supprimer Ben Laden a été réalisé le 2 mai 2011, elles sont restées, notamment pour former une armée afghane finalement mise en déroute.

Mi-août, la victoire des talibans et la fuite du pays du président Ashraf Ghani avaient provoqué la panique à Kaboul. Des milliers d'Afghans avaient envahi le tarmac de l'aéroport de Kaboul pour fuir, certains s'agrippant follement à des avions militaires en train de décoller, pour tomber dans le vide quelques minutes plus tard.

Quelque 2500 Américains ont perdu la vie en Afghanistan depuis 2001. En 20 ans, la guerre aura coûté 2313 milliards aux États-Unis, selon une étude de la Brown University.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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