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Cinq chefs, une élection : des questions serrées avant les débats à venir

Patrice Roy, de dos, sur le plateau de l'émission, avec un moniteur à sa droite où l'on voit les cinq chefs.

Les cinq chefs ont dû répondre à des questions serrées de nos chefs d'antenne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les cinq chefs de partis fédéraux ont pris part dimanche soir à un premier grand rendez-vous télévisuel sur les ondes de Radio-Canada lors d’une émission spéciale au nouveau format. Les questions serrées ont poussé certains d'entre eux à sortir de leurs lignes de campagne. Survol, chef par chef.

Justin Trudeau précise ses « conséquences »

D’entrée de jeu, le chef libéral a été interrogé sur la pertinence d’une campagne électorale en pleine crise sanitaire. Regrette-t-il de l'avoir déclenchée? Non, a répondu Justin Trudeau du tac au tac. Est-ce que ce sera sa dernière? Pas nécessairement, a-t-il poursuivi.

Je comprends que ça ne tente pas [les Canadiens] d’aller en élection, a admis Justin Trudeau. On a de grosses décisions à prendre, a-t-il mentionné pour se justifier. Les gens méritent d’avoir le choix, a-t-il ajouté.

Le sujet de la vaccination obligatoire a aussi été abordé. M. Trudeau a été appelé à dévoiler quelles seraient les conséquences pour les fonctionnaires qui refuseraient d’être vaccinés. En restant plutôt vague, il a spécifié : Tu ne pourras pas te présenter au bureau. Justin Trudeau a tenu à préciser que le taux de vaccination des fonctionnaires est assez élevé.

Justin Trudeau passe devant des partisans, entouré de gardes du corps.

Justin Trudeau à son arrivée à la Maison de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Concernant l’ampleur de la dette publique, le leader a souligné qu’il n’était pas inquiet, au contraire. Il a souligné que le ratio dette-PIB va diminuer au cours des prochaines années.

La crise en Afghanistan, qui a occupé une bonne partie des deux premières semaines de campagne, a placé le chef libéral sur la défensive. Comment venir en aide aux Afghans qui sont restés coincés là-bas? Ça ne va pas être facile, c'est une situation désastreuse en Afghanistan, c'est pénible à voir, on va faire le plus possible pour sortir le plus de gens possible, a-t-il dit. Il a réitéré ses engagements.

Le bilan libéral en matière de climat a mené à des échanges serrés avec les animateurs. Depuis qu'il est au pouvoir, le Canada est le seul pays du G7 dont les émissions ont augmenté.

Justin Trudeau sur le plateau de l'émission.

Cinq chefs, une élection : entrevue avec Justin Trudeau

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Justin Trudeau a défendu ses accomplissements, mais a riposté par une attaque envers les conservateurs. Pendant 10 ans, on a eu un gouvernement qui n'a rien fait. Il a fallu qu'on commence à zéro, a-t-il lancé.

Concernant sa promesse de 2019 de planter 2 milliards d’arbres, il n’a pas été en mesure de préciser combien ont été plantés. Il faut les faire pousser, on ne peut pas seulement planter des graines, a-t-il indiqué.

La nomination de Mary Simon comme gouverneure générale, qui ne parle pas français, a été abordée. Comprend-il la frustration des francophones qui se sont plaints de ce choix?

On est dans un moment maintenant où Mary Simon devait être l'exception, pas un précédent, mais l'exception.

Une citation de :Justin Trudeau, faisant référence à la réconciliation avec les peuples autochtones

Mme Simon est la première Autochtone à occuper cette fonction. Elle parle l’anglais et l'inuktitut.

Je suis un nouveau chef, avec une nouvelle approche, dit O'Toole

Le chef conservateur a tenté de se positionner comme vecteur de changement dès le début de son segment, rappelant qu’il est un nouveau chef, avec une nouvelle approche à plusieurs reprises. Il a toutefois dû répondre de la dichotomie entre ses positions personnelles et celles des conservateurs sociaux – qui ont grandement contribué à son élection comme chef lors de la course au leadership – sur des sujets comme les changements climatiques, la vaccination et l’avortement.

Erin O’Toole a ainsi été questionné sur la crédibilité de son leadership en matière d’environnement, 54 % des membres du parti ayant voté contre une motion reconnaissant les changements climatiques et la nécessité de s’y attaquer, au printemps dernier. Il a assuré que la question était une priorité pour lui, et que l’entièreté de son équipe était rangée derrière son plan.

Un plan qui comprend tout de même la poursuite du développement de l’industrie pétrolière. Il a établi Trans Mountain et Northern Gateway comme des projets importants. Ce sont mes priorités, a-t-il dit.

Questionné sur la possibilité de forcer le passage d’un pipeline sur le territoire québécois, il a évité de répondre directement, mais a laissé entendre qu’un gouvernement conservateur ne développerait que ces deux projets.

Les familles dans l’Ouest méritent une relance économique, mais on doit aussi réduire nos émissions.

Une citation de :Erin O'Toole, chef du Parti conservateur
Erin O'Toole écoute une question de Patrice Roy sur le plateau.

Cinq chefs, une élection : entrevue avec Erin O'Toole

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sur la vaccination obligatoire, M. O'Toole a maintenu, même s'il encourage les Canadiens à se faire vacciner, qu'il faut respecter les choix personnels, et prône l'utilisation de tests rapides et de masques pour les non-vaccinés, qu'il s'agisse de la population en général, des fonctionnaires fédéraux ou de ses propres troupes. On doit éduquer les Canadiens et les Québécois et non les forcer sur les questions de santé. J'ai la même position que les syndicats.

En matière d'avortement, il a soutenu que la liberté de conscience que son parti souhaite accorder aux médecins qui voudraient pouvoir refuser de pratiquer certains actes ne risquait pas de nuire à l'accès à ce soin de santé. C’est possible d'avoir des accommodements raisonnables pour les médecins et les infirmières, a-t-il dit.

Invité à s’exprimer sur les transferts en santé, un sujet qu’il met volontairement de l’avant depuis le début de la campagne, Erin O’Toole a évité de s’engager à verser le montant de 28 milliards réclamé par les provinces dès 2021 pour accroître la contribution fédérale d’un coup.

Erin O'Toole marche en saluant.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O'Toole, à son arrivée à Radio-Canada pour l'émission Cinq chefs, une élection.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Prenant soin jusqu'au bout de ne pas déroger du message qu'il véhicule depuis le début de la campagne – au risque de paraître parfois un peu trop scénarisé –, Erin O'Toole a par ailleurs refusé de condamner directement les propos conspirationnistes de la candidate conservatrice Cheryl Gallant, qui a évoqué un possible confinement climatique. Le chef conservateur s'en était distancié plus tôt dans la journée, sans la nommer, dans un communiqué.

Yves-François Blanchet se défend d'une proximité avec la CAQ

Si le mot indépendance n’est pas dans le programme du Bloc québécois, qui en parlera, a-t-on demandé d’emblée à Yves-François Blanchet. Il n’y a pas eu de changement à l’Assemblée nationale du Québec, a-t-il répondu, et ce n’était pas le temps, en pandémie, de parler d’indépendance.

Par contre, ce qui s’est passé, c’est que pendant deux ans, de façon assez systématique, on a obtenu ou contribué à obtenir des gains pour le Québec, a ajouté M. Blanchet. Tous ces éléments mis ensemble font qu’une nation ne peut que développer le goût d’un peu plus de ça […] Quand les Québécois vont sentir que ça vient le fun, on sera sur un bel élan.

Le Bloc québécois est-il devenu un front caquiste qui relaie les demandes du gouvernement du Québec actuel? Même s'il reconnaît des similitudes, la différence, c’est qu’on veut aller au bout de l’exercice et qu'un jour le Québec soit souverain, a enchaîné le chef bloquiste.

Le fait que deux formations politiques soient résolument nationalistes, décomplexées, tannées de se faire traiter de racistes, on a des choses en commun sur la vision économique du Québec, ne veut pas dire que l’un s’inspire de l’autre, a dit M. Blanchet comme moyen de défense.

La plupart des positions qu’on met de l’avant, ce sont des positions appuyées par des votes unanimes à l’Assemblée nationale.

Une citation de :Yves-François Blanchet

Le chef bloquiste s’est cependant montré plutôt favorable au tunnel autoroutier Québec-Lévis, disant comprendre la frustration des gens de la Rive-Sud. Nombreux sont ceux ayant critiqué ce projet pour son impact environnemental potentiel.

Je sais que ça peut être fait de façon beaucoup plus écologique, mais la décision ne relèvera pas de moi, mais du gouvernement du Québec, a résumé le chef du Bloc québécois.

Yves-François Blanchet sur le plateau de l'émission.

Cinq chefs, une élection : entrevue avec Yves-François Blanchet

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Yves-François Blanchet admet par ailleurs que les conservateurs ont une approche moins centralisatrice à ses yeux que les libéraux. Mais les positions d’Erin O’Toole sur les changements climatiques ou sur les transferts en santé ou pour les garderies le rendent incompatible avec les intérêts du Québec.

Toutefois, et c’est le charme d’un Parlement minoritaire, selon M. Blanchet, des ententes ponctuelles sont possibles.

Sur la vaccination obligatoire des fonctionnaires, le chef du Bloc québécois reproche à Justin Trudeau son approche de coups d’éclat et estime qu’il faut informer les personnes réfractaires aux vaccins pour diverses raisons.

Selon Yves-François Blanchet, le chef libéral a tort de dire "je vais vous sanctionner" […] alors qu’il ne sait même pas comment il pourrait procéder.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

Jagmeet Singh fait valoir ses convictions

Le chef du Nouveau Parti démocratique a dû, dès le début, expliquer ce qui différencie sa formation du Parti libéral dans certains domaines, comme celui du logement social. Justin Trudeau, ce sont des belles paroles et pas d’actions concrètes. Nous, ce sont des convictions et des choses qu’on veut changer, a répondu Jagmeet Singh, en ajoutant que le Canada avait le pire bilan d'abordabilité au sein des pays du G7.

Trop centralisateur, le NPD? Quand je parle avec les gens, ils demandent des solutions. Pour moi, un leader, c’est quelqu’un qui cherche des solutions, a dit M. Singh. Il s'est dit d’accord avec l'idée que le fédéral dépense dans les champs de compétence des provinces, tout en travaillant ensemble pour bâtir le meilleur système.

Jagmeet Singh a averti qu’un gouvernement conservateur serait mauvais pour les Canadiens, en brandissant le spectre de coupes dans les soins de santé comme Stephen Harper avait fait.

Jagmeet Singh sur le plateau de l'émission.

Cinq chefs, une élection : entrevue avec Jagmeet Singh

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En matière de santé, le chef néo-démocrate a répété que si un travailleur pour qui la vaccination devenait obligatoire refusait le vaccin, il devait y avoir des conséquences pour lui au nom du bien commun. Le chef, qui propose d’instaurer rapidement l’équivalent d’un passeport vaccinal pour tous les Canadiens, a précisé que le Québec garderait le sien. C’est cool, ça va continuer avec le Québec, a-t-il dit.

Le NPD propose d’interdire tout nouveau CHSLD à but lucratif au Canada. Ceux qui existent déjà doivent-ils fermer? Pas fermer, mais changer a été sa réponse.

Jagmeet Singh s’est aussi engagé à éliminer les subventions aux énergies fossiles, mais il a apporté un bémol pour tous les projets servant à la transition énergétique, comme la restauration des sites pétroliers.

On doit avoir des garanties fermes. Si on investit, ça doit être seulement pour réduire nos émissions.

Une citation de :Jagmeet Singh

Selon le chef, la pandémie a montré aux Canadiens qu’un parti de gauche était utile et que les Canadiens étaient ouverts à l’idée de faire payer les riches. Et c’est avec plusieurs mesures comme l’imposition d’une taxe sur les fortunes de 10 millions de dollars et plus qu’il pourrait financer ces promesses.

L'environnement ne devrait pas faire l'objet de partisanerie, dit Annamie Paul

Annamie Paul a dû répondre de la bisbille à laquelle elle a fait face au sein du Parti vert tout juste avant la campagne, tandis qu’une députée a fait défection pour les libéraux et que des procédures judiciaires ont été entamées pour la déloger comme chef. Chaque parti a eu ses histoires de personnes qui ont traversé pour d’autres partis. Mais quand c’est important, les verts sont là les uns pour les autres, a-t-elle dit.

Je ne vois que des verts qui travaillent fort.

Une citation de :Annamie Paul, au sujet des divisions au sein du Parti vert

Elle se trouvait d’ailleurs dans un studio de Toronto, d’où elle fait campagne depuis le déclenchement des élections. Je n’ai pas dit que je ne ferais pas de tournée, seulement que je vais passer la majorité de mon temps dans ma circonscription, a indiqué Mme Paul, interrogée sur sa volonté de mener une véritable campagne nationale.

La chef a aussi dû défendre la faisabilité de son plan pour s’attaquer aux changements climatiques. La cible de réduction des gaz à effet de serre de 60 % proposée par les verts est absolument réaliste, selon Annamie Paul. On voit que tous nos partenaires au niveau international mettent en place des cibles très ambitieuses, on a le Royaume-Uni avec 78 % et les États-Unis avec 50 %.

Annamie Paul souriante sur un écran.

Cinq chefs, une élection : entrevue avec Annamie Paul

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ce n’est pas possible de continuer à investir dans les projets pétroliers et de penser atteindre même les cibles les plus modestes, a-t-elle aussi déclaré, affirmant que l’enjeu ne devrait pas faire l’objet de partisanerie.

Sur la question de la vaccination obligatoire, Mme Paul ne l'a pas appuyée. Elle croit plutôt qu’il faut reconnaître que des exceptions sont nécessaires. Les vaccins sont une partie clé de notre lutte contre la pandémie. On encourage tout le monde à se faire vacciner. Mais on sait très bien qu’il y aura des exceptions. Il y a des arrangements raisonnables pour ces gens, on doit les créer et on va les créer, a-t-elle dit.

Il faut reconnaître qu’il y a des gens ici au Canada qui ont été traumatisés par leurs interactions avec le système sanitaire, par exemple.

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