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La progression des vers de terre dans la forêt boréale inquiète des scientifiques

Des vers de terre sur de la mousse et une pièce est entreposée à côté d'eux.

Les forêts d'Amérique du Nord ne comptaient pratiquement pas de vers de terre depuis la dernière période glaciaire, il y a 10 000 ans.

Photo : Cristina Sevilleja Gonzalez

Geoffrey Gaye

L'invasion progressive de la forêt boréale par les vers de terre bouleverse la biodiversité et favoriserait le rejet de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, selon des scientifiques.

D'après les spécialistes, la majorité des vers de terre d'Amérique du Nord auraient disparu lors de la dernière glaciation il y a 10 000 ans, mais c'est avec l’arrivée d'Européens au 18e siècle que ces lombrics ont été réintroduits sur le continent. 

Aujourd'hui, à la grande inquiétude des climatologues, les vers de terre étendent leur aire de répartition vers le nord, dans la forêt boréale.

La diversité des forêts menacée

Erin Cameron, professeur de sciences de l'environnement à l'Université Saint Mary's d’Halifax, étudie les vers de terre envahissants. Il a constaté que ces derniers entraînent une diminution de 50 % de la présence d’autres invertébrés indigènes.

Photo d'un verre de terre

Le Dendrobaena octaedra est le ver de terre le plus courant dans la forêt boréale.

Photo : Erin Cameron

Les lombrics sont des ingénieurs de l'écosystème qui façonnent l'environnement, car ils dévorent rapidement la matière organique. 

Vous pouvez donc obtenir des changements dans le pH, dans la texture et la densité, et un enrichissement en nutriments. Le problème est que les espèces présentes dans nos forêts ne sont pas habituées à ce genre de conditions.

Une citation de :Michael McTravish, chercheur postdoctoral à l'Université de Toronto

Selon ce spécialiste de l'écologie des vers de terre non indigènes, l'environnement du sol devient inhospitalier pour les plantes, ce qui fait prospérer les plantes non indigènes.

La forêt boréale relâche son carbone

Le Dendrobaena octaedra, petit ver de terre responsable de l'invasion de la majeure partie de la forêt boréale nord-américaine, est du genre à dévorer la litière de feuilles et à rester en surface, libérant ainsi du carbone.

Carte montrant où se situe géographiquement la forêt boréale.

La forêt boréale canadienne s'étend du Yukon à Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Natural Resources Defense Council

Justine Lejoly, doctorante en sciences du sol à l'Université de l’Alberta à Edmonton, estime que ces lombrics ont de graves conséquences sur la capacité de la forêt boréale à contenir le carbone.

Les forêts boréales sont connues pour être un très important réservoir terrestre de carbone.

Une citation de :Justine Lejoly, doctorante en sciences du sol à l'Université de l'Alberta

Les forêts boréales pourraient ainsi émettre beaucoup de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre. Et ce, alors que la hausse des températures libère déjà le carbone des forêts en faisant fondre le pergélisol et en augmentant le nombre d'incendies de forêt.

L'invasion continue

Justine Lejoly estime que seulement 10 % de la forêt boréale compte actuellement des vers de terre, mais que d'ici 2050, la majeure partie de la forêt boréale en serait envahie.

Plus récemment, plusieurs espèces de vers de terre asiatiques ont fait leur entrée sur le continent. Originaires de Corée et du Japon, ces vers, d’abord présents aux États-Unis, ont déjà franchi la frontière canadienne.

Michael McTavish craint qu’ils constituent une menace encore plus grande que leurs prédécesseurs européens. Ils ont les mêmes effets, sauf qu'ils deviennent plus gros, recyclent les nutriments encore plus rapidement et vivent en colonies denses, comptant parfois plus de 100 individus par mètre carré de sol.

Quelques solutions existent

Les vers de terre se sont répandus de l'Ontario à l'Alaska. Leur propagation rapide est en grande partie due à l'activité humaine. Selon Michael McTavish, il est essentiel de sensibiliser le public pour limiter le transfert de terre, et donc de vers, entre différentes zones.

Un oeuf de ver de terre à côté d'une règle. On peut constater que l'oeuf mesure environ 1mm.

Les œufs de vers de terre sont facilement pris dans les bandes de roulement des pneus, ce qui les aide à accéder à de nouveaux écosystèmes.

Photo : Erin Cameron

David Legros, naturaliste en chef du parc provincial Algonquin, en Ontario, explique que le parc a commencé à demander aux pêcheurs d'arrêter de jeter leurs restes d'appâts.

Le problème est qu'il n'y a aucun moyen de les retirer d'une zone une fois qu'ils l'ont envahie, conclut Erin Cameron. Autrement dit, toute action ou gestion doit vraiment être faite en termes de restriction de l'introduction de ces vers de terre.

D'après les informations de Maya Lach-Aidelbaum (Nouvelle fenêtre)

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