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Le désespoir des instavidéastes devant le racisme sur Twitch

L'icone de l'application mobile de Twitch sur un écran de téléphone mobile.

La plateforme Twitch est surtout prisée des adeptes de jeux vidéo.

Photo : afp via getty images / MARTIN BUREAU

Agence France-Presse

Quasiment chaque fois qu'elle se connecte pour une session de diffusion en direct, RekItRaven subit un déferlement soudain d'insultes racistes de la part de personnes inconnues qu'elle s'efforce de bloquer immédiatement.

Raven est trentenaire, appartient à la communauté noire et s'identifie comme une personne non binaire. Ce qui occupe ses journées : créer des contenus sur Twitch, plus importante plateforme de diffusion de parties de jeux vidéo en direct du monde.

Mais c'est aussi le théâtre de déferlements de haine qui rendent la vie impossible à des créatrices et créateurs stigmatisés pour leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle.

C'est très dur. [On me hait] pour des choses que je ne contrôle pas, raconte cette mère de deux enfants, au bord des larmes.

Devant ces flots récurrents de racisme et de références au Ku Klux Klan, elle a lancé sur Twitter le slogan « TwitchDoBetter » (Twitch doit mieux faire).

Des dizaines de joueuses et de joueurs – principalement des personnes racisées et issues de la communauté LGBTQ – se sont ralliés sous cette bannière pour dénoncer l'inaction de la plateforme.

Un gagne-pain

Car pour nombre de ces personnes, Twitch est bien plus qu'un site de divertissement : c'est leur lieu de travail. En effet, Raven tire des revenus en fonction du nombre d’abonnements à sa chaîne, et des dons en provenance de ses fans.

Cette amatrice de jeux vidéo d'horreur au style gothique aime son métier. Désormais, avant une session, elle a cependant toute une liste de paramètres techniques à configurer, et de modérateurs et modératrices bénévoles à mobiliser pour réduire le risque d'une invasion de sa fenêtre de conversation.

Lancée en 2011 et rachetée par Amazon trois ans plus tard, Twitch compte plus de 30 millions de visites par jour.

Le format des jeux vidéo commentés en direct par des vedettes du domaine vidéoludique est l’un de ses principaux attraits. Or, toutes sortes de personnalités et d'activités coexistent sur la plateforme.

La transidentité ciblée

Gabriel Eriksson Sahlin, un professeur suédois, joue aux Sims et à Dragon Age sous le pseudonyme de BabblingGoat (chèvre qui bafouille).

Cet homme transgenre de 24 ans répond aux questions de son audience sur l'identité de genre tout en sautant sur les corniches dans les jeux et en essayant de ne pas mourir, résume-t-il en riant.

Il aide ainsi des jeunes, mais aussi des parents anxieux, dont les enfants souhaitent entamer une transition de genre. Néanmoins, il se sent éprouvé par la recrudescence de la haine ces derniers mois.

« Ce matin, je me disais : "est-ce que j'ai vraiment envie de me connecter?" J'ai 99 % de risques d'être harcelé. »

— Une citation de  Gabriel Eriksson Sahlin

Les déferlements de haine vont de la poignée de personnes qui publient des insultes transphobes aux robots (bots en anglais) programmés pour le bombarder de messages incitant au suicide, voire d'images ultraviolentes.

Twitch veut faire mieux

Nous savons que nous devons en faire plus pour résoudre ces problèmes, a admis Twitch à la mi-août, devant la montée en puissance du slogan de Raven.

La plateforme a annoncé qu'elle préparait de nouvelles mesures de sécurité et qu'elle a réparé une faille dans ses filtres automatiques. Sans résultat, selon les internautes.

La communauté de joueurs et de joueuses a pourtant des idées pour mieux repérer et exclure les coupables : l'authentification à deux facteurs; des délais imposés aux nouveaux comptes avant de pouvoir participer aux conversations; des pouvoirs accrus pour les personnes qui font de la modération... Twitch n'a pas répondu à une liste de suggestions fournies par Raven et envoyée par l'Agence France-Presse.

La persistance des trolls

Les trolls ne sont pas à court de méthodes. D'après les victimes, ces internautes qui sèment la zizanie utilisent un argot de programmation qui consiste à mal orthographier des mots interdits pour passer entre les mailles des algorithmes de modération.

« [Les trolls] trouvent toujours un moyen. »

— Une citation de  Mark Griffiths, psychologue spécialiste des jeux vidéo à l'Université de Nottingham Trent

L'impression d'être anonyme et le sentiment d'impunité facilitent aussi ces comportements. La police prend ces affaires de plus en plus sérieusement, [mais] les jeux vidéo sont encore considérés comme insignifiants, déplore-t-il.

L’antisémitisme, aussi de la partie

Chonki, une joueuse juive qui a été inondée de messages antisémites et d'images de svastikas (croix gammées), remet aussi en cause le manque de soutien aux vedettes de la plateforme.

Celles-ci aimeraient que les instavidéastes qui ont le statut de partenaires de Twitch, et jouissent donc d'une influence considérable, cessent de tolérer les commentaires racistes et misogynes sur leur chaîne.

Mais même si le climat ne s'améliore pas, les joueurs et les joueuses n'ont pas vraiment de solution de rechange.

Pour Chonki et Raven, partir reviendrait à démissionner de leur travail, d'où leur colère contre le manque de réactivité de Twitch. [L’entreprise] prélève 50 % de nos revenus, mais elle n'arrive même pas à nous protéger du harcèlement, s'indigne l’instavidéaste.

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