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« Il ne répond pas aux questions » : les chefs fédéraux et la cassette politique

Depuis deux semaines, les chefs des principaux partis politiques fédéraux multiplient les événements de campagne, les annonces électorales et, parfois, les déclarations floues sur des questions précises des journalistes.

Un microphone en gros plan.

Les journalistes qui accompagnent les caravanes des leaders politiques constatent que ceux-ci ne répondent pas toujours aux questions posées en conférence de presse.

Photo : iStock

Mary Cormier voulait entendre ce que le chef conservateur avait à dire. Avec son t-shirt fleuri et son masque à motif écossais, elle est arrivée juste avant 11 h, vendredi, à l’hôtel le plus pittoresque de Corner Brook, la petite ville de Terre-Neuve où elle habite, pour écouter Erin O’Toole. « Je crois en la démocratie et je pense que c’est important de voter », a-t-elle dit.

Après une annonce sur les congés de maladie payés, le chef conservateur a enchaîné les questions des journalistes : passeport vaccinal, environnement, Afghanistan et, bien sûr, le mégaprojet hydroélectrique de Muskrat Falls, un sujet très important dans la province.

Je ne l’ai pas entendu répondre à aucune question, a lancé Mary Cormier après l’événement, visiblement agacée. On a entendu beaucoup de mots, mais pas vraiment de réponses, a-t-elle constaté.

Même sur Muskrat Falls, pourquoi n’a-t-il pas dit oui ou non s’il appuyait le financement [de 3,2 milliards de dollars promis par le gouvernement fédéral], s'est-elle interrogée.

La réponse, la vraie, est venue plus tard, une fois le point de presse terminé. Le directeur des communications d’Erin O’Toole a envoyé une déclaration écrite aux médias par courriel, précisant qu’un gouvernement conservateur respecterait l’entente signée par Ottawa avec Terre-Neuve-et-Labrador.

Erin O'Toole parle debout derrière un lutrin.

Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada, a passé plusieurs journées à communiquer ses informations à partir de son studio d'Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Ce n’est pourtant pas la première fois que le chef conservateur précise sa pensée plusieurs heures après avoir été questionné par les médias. Précédemment, il a critiqué pendant des jours le manque de leadership de Justin Trudeau dans le dossier afghan, sans toutefois expliquer de manière spécifique comment il agirait différemment.

Trois propositions plus concrètes ont finalement été dévoilées jeudi soir sur Twitter dans une vidéo que M. O’Toole a enregistrée en studio, loin du regard des journalistes, qui étaient dans l’avion vers Terre-Neuve-et-Labrador quand cette vidéo a été publiée.

On sent que les conservateurs veulent prendre leur temps avant de concevoir une réponse, explique la politologue Geneviève Tellier, professeure à l'Université d’Ottawa. Et s’ils le peuvent, ils vont essayer de la donner sans les journalistes, dans le confort de leur studio à Ottawa – un environnement qu’ils contrôlent.

S’ils sont extrêmement prudents, c’est pour ne pas avoir à corriger plus tard une déclaration maladroite, ajoute Mme Tellier. Celle-ci trouve dommage par contre que les électeurs ne puissent pas toujours connaître le fond de la pensée des chefs.

Consultez notre dossier sur les élections fédérales 2021.

En mode attaque

Erin O’Toole est loin d’être le seul à esquiver les questions des médias depuis le début de la campagne électorale.

Au tout début, Justin Trudeau a plaidé pour la vaccination obligatoire des fonctionnaires sans pour autant expliquer quelles pourraient être les conséquences si un employé refusait de se faire immuniser contre le coronavirus.

Pourtant, dans une note publiée sur Internet, le Secrétariat du Conseil du Trésor affirmait que les fonctionnaires qui refusaient de se faire vacciner pourraient bénéficier d'accommodements, une position semblable à celle du chef conservateur Erin O’Toole. Le chef libéral l’a ensuite qualifiée d’erronée et les fonctionnaires l’ont retirée.

Justin Trudeau parle dans un micro et regarde au loin.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada, lors d'un arrêt de campagne à Cornwall, à l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Reuters / JOHN MORRIS

M. Trudeau se limite à dire qu’il va travailler avec la fonction publique, avec les syndicats et avec nos partenaires dans les secteurs réglementés par le fédéral pour établir ces conséquences, mais ne précise aucun échéancier.

Après avoir été bombardé de questions sur le sujet pendant des jours, Justin Trudeau, a graduellement laissé tomber les références à la vaccination obligatoire des fonctionnaires dans ses discours, pour plutôt insister sur l’immunisation obligatoire des voyageurs. On va s’assurer que tous les gens qui prennent un train ou un avion sont vaccinés, répète-t-il depuis pour établir un contraste avec son adversaire conservateur.

Vendredi, le chef libéral a offert un autre exemple de non-réponse flagrante. Un journaliste de CBC lui a fait remarquer que le nombre de personnes entassées dans le restaurant où se tenait sa conférence de presse à Mississauga semblait être en violation des restrictions sanitaires en vigueur. Êtes-vous en train d’enfreindre la réglementation?, lui a-t-il demandé.

Plutôt que de s’expliquer, le chef libéral s’est lancé dans une longue réponse évasive qui s’est transformée en attaque partisane : Les conservateurs ont établi clairement qu’ils n’allaient même pas demander à leurs candidats d’être vaccinés. Nous allons tout faire pour garder les gens en sécurité, a-t-il ajouté, lorsque le journaliste l'a questionné de nouveau.

Le lendemain, un porte-parole du Parti libéral du Canada a finalement expliqué que l’événement devait initialement se dérouler à l’extérieur, mais qu’il a été déplacé à l’intérieur pour des raisons de sécurité, sans spécifier lesquelles.

Refus de répondre

De son côté, le chef du Bloc québécois a également dû faire face aux questions insistantes des journalistes sur un même sujet. Yves-François Blanchet a surpris la presse, lors d’une conférence matinale mardi dernier, en se montrant favorable au projet de troisième lien entre Lévis et Québec, affirmant que le tunnel autoroutier pouvait être écologique.

Yves-François Blanchet parle dehors sous un ciel gris.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, lors d'un arrêt à Gatineau, le 19 août.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Dans un point de presse organisé dans l'après-midi, il a refusé de répondre aux deux premières questions à ce sujet en répliquant qu’il n’avait rien de plus à dire. À la troisième question, il a brièvement rétorqué qu’il était convaincu que ses candidats de la région de Québec étaient d’accord avec lui.

Ce n’est que le lendemain, invité à nouveau à préciser sa pensée, que le chef du Bloc québécois a expliqué qu’il s’agissait de son opinion personnelle, et non pas de la position officielle de son parti.

Force est de constater que sa déclaration initiale le suit depuis. Lors d’un passage subséquent à Saguenay, un couple s’est approché de lui pour lui exprimer sa satisfaction de constater que le Bloc et ses candidats sont en faveur du projet de tunnel.

Yves-François Blanchet a rétorqué : Ce n’est pas simple de même. C’est une juridiction de Québec. [...] Ce n’est pas à moi de décider. Ce n'est pas ma job. Il a également refusé de prendre position sur le passeport vaccinal, car il s’agit, selon lui, d’une juridiction exclusive de l'Assemblée nationale et du gouvernement du Québec. Ainsi, il estime qu’il n’a pas à s’en mêler.

Pour la politologue Geneviève Tellier, ce commentaire est une autre façon de ne pas répondre à la question. Elle parle même d’une pente glissante, car les électeurs, à son avis, sont en droit de s’attendre à ce qu’un chef de parti fédéral se prononce sur ce genre de question.

Répéter les mêmes phrases

Dans le camp néo-démocrate, Jagmeet Singh semble à l'aise et reste assez naturel devant les journalistes. Toutefois, le chef du NPD a souvent recours aux mêmes réponses préparées d’avance et il répète régulièrement les mêmes phrases, en anglais ou en français, sans diversifier ses propos.

Jagmeet Singh parle devant un immeuble vitré.

Jagmeet Singh, chef du NPD, lors d'un arrêt de campagne à Mississauga, en Ontario, le 24 août 2021.

Photo : Radio-Canada

Il devient aussi difficile parfois d’aller plus loin dans les détails lors d’une annonce du leader. Comment réaliseriez-vous votre promesse? C'est un engagement et nous en ferons une priorité, est un exemple de réponse entendue à quelques reprises.

Lors des conférences de presse, Jagmeet Singh demeure néanmoins fidèle à ses idées, même si sa franchise risque de lui faire perdre des électeurs.

Après être resté d’abord évasif au sujet du projet de troisième lien dans la région de Québec la semaine dernière, il n'a pas hésité, deux jours plus tard, à dire qu'il n'appuyait pas le projet.

Puis, jeudi dernier, le jour même où François Legault demandait au fédéral d’obtenir les pleins pouvoirs en immigration sur la question de la réunification des familles, Jagmeet Singh n'a pas hésité à répondre que oui, je vais travailler avec le Québec… Mais que c'est une compétence fédérale et on va la garder.

Mary Cormier retire son masque de son visage et sourit.

Mary Cormier, qui habite Terre-Neuve, a été déçue du peu d'informations contenues dans les réponses d'Erin O’Toole aux journalistes.

Photo : Radio-Canada

La Terre-Neuvienne Mary Cormier, en tout cas, espère que les chefs prendront acte de ses demandes : S’ils viennent de l’autre bout du pays pour nous voir, ce serait bien qu’ils aient des réponses claires pour nous.

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