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Politiques de vaccination obligatoire : un « casse-tête » pour les syndicats

Une femme travaille sur une tablette informatique; un ordinateur est posé sur son bureau.

Dans les dernières semaines, les syndicats, un peu partout au pays, n’ont pas pris la même position en matière de vaccination obligatoire pour les travailleurs.

Photo : Getty Images / LaylaBird

De nombreux employeurs ont annoncé au cours des dernières semaines leur intention de mettre en œuvre des politiques de vaccination obligatoire. Alors que certains syndicats les demandent, d'autres les rejettent. Un enjeu qui crée bien des bouleversements dans le milieu syndical, où plusieurs craignent que les gouvernements et les employeurs ne se déchargent de leurs responsabilités en matière de santé et de sécurité au travail.

La question de la vaccination obligatoire divise les travailleurs, reconnaît le vice-président exécutif au Congrès du travail du Canada (CTC), Larry Rousseau. Cette question-là est tellement épineuse. Non seulement dans nos milieux de travail, mais aussi dans nos familles et nos communautés, dit-il.

Son organisation rassemble entre autres des syndicats nationaux ainsi que des fédérations provinciales et territoriales du travail. Le 24 août dernier, elle a publié sur son site une Déclaration sur la vaccination obligatoire contre la COVID-19 afin d'offrir un guide aux différents syndicats et comités de santé et de sécurité au travail.

Un homme assis à son bureau, durant une entrevue par vidéoconférence, devant une bibliothèque.

Larry Rousseau, vice-président exécutif du Congrès du travail du Canada

Photo : Radio-Canada

Plutôt que de prendre position pour ou contre la vaccination obligatoire, le Congrès du travail a préféré partager des principes, comme celui-ci : Toute décision d’imposer des politiques de vaccination obligatoire doit être fondée sur des preuves scientifiques et prise par les autorités de la santé publique plutôt que des employeurs ou des syndicats.

Selon Larry Rousseau, la COVID-19 est un problème collectif et non individuel. Le dirigeant insiste cependant pour que les employeurs consultent leurs syndicats avant d’élaborer une quelconque politique. Il souhaite que les organisations accommodent les gens qui ne veulent pas prendre le vaccin, notamment en permettant le travail à la maison lorsque c’est possible parce que, même s’il est définitivement pour la vaccination, il dit entendre les craintes de certains de ses concitoyens.

Protéger ou défendre

Selon Louis Roy, ancien président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), il n’y a pas de réponse facile lorsqu’il est question de vaccination obligatoire. L’obligation de se faire vacciner décrétée par un gouvernement l’inquiète. C'est quelque chose qui vient nous chercher dans nos valeurs fondamentales de libertés individuelles, dit-il.

Mais, en raison de la pandémie, il faut aussi aller du côté de la solidarité collective et trouver des arguments pour que les gens se fassent vacciner le plus possible.

Pour les syndicats, c'est un casse-tête parce que la loi constitutive des syndicats les oblige à défendre les individus.

Une citation de :Louis Roy, ancien président de la CSN

Les syndicats sont théoriquement obligés de défendre les individus à moins que cela ne contrevienne à autre chose qui serait plus important selon eux, ajoute l’ancien représentant syndical.

Au cours des dernières semaines, des syndicats un peu partout au pays n’ont pas pris la même position. Par exemple, le syndicat des enseignants des écoles élémentaires de l'Ontario (FEEO) s’est prononcé en faveur de la vaccination obligatoire pour tout le personnel scolaire, tandis que l’Association des policiers de Toronto a indiqué qu’elle s’opposait au plan révélé par le Service de police de Toronto.

Une situation parfaitement normale, selon Louis Roy, qui croit que les réactions dépendent beaucoup des différents milieux de travail.

Un homme en entrevue à son bureau par vidéoconférence.

Louis Roy, ancien président de la Confédération des syndicats nationaux

Photo : Radio-Canada

C'est normal que les gens exigent plus la vaccination dans les soins intensifs que dans un bureau de fonctionnaires qui ne rencontrent pas la population. Si tu leur demandes s'il faut vacciner tout le monde, je crois que la plupart vont dire oui parce qu’ils voient directement les impacts de la pandémie, juge-t-il.

Les organisations syndicales se trouvent prises entre deux obligations, celle de protection et de représentation de leurs membres, explique le professeur de science politique du Département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais, Thomas Collombat.

Même si un syndicat n'est pas forcément d'accord avec les raisons pour lesquelles un de ses membres ne se fait pas vacciner, il a quand même, au regard des lois du travail provinciale et fédérale, une obligation de représentation et de protection de ce membre-là, notamment concernant l’intégrité de son contrat de travail, ajoute-t-il.

Mais le professeur rappelle que les syndicats doivent aussi protéger la santé et la sécurité de leurs membres dans leur milieu de travail et que, pour plusieurs d’entre eux, la vaccination obligatoire est un élément qui contribue à améliorer cette sécurité-là. La situation est donc loin d’être évidente à naviguer.

« Deux poids, deux mesures », estime un chercheur

Louis Roy croit que la vaccination n’est pas un remède universel et qu’il ne faut pas baisser la garde sur la prévention. Les travailleurs de la santé pourraient dire : On voudrait que tout le monde soit vacciné, mais on voudrait aussi que d’autres mesures s'appliquent.

On a diminué les règles de prévention pendant l'été, et là, on arrive au mois d'août et on parle de vaccination obligatoire. Les gens dans le réseau les voient ces contradictions-là et ça les choque.

Une citation de :Louis Roy, ancien président de la CSN

Il faudra mettre en place d’autres mesures et des tests pour les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner, notamment pour des raisons médicales, parce qu’on ne peut pas toutes les renvoyer chez elles, estime l’ancien représentant syndical. Il rappelle également que des personnes ayant reçu leurs deux doses de vaccin contre la COVID-19 peuvent toujours être porteuses du virus.

Thomas Collombat estime de son côté qu’il y a deux poids deux mesures. Quand les employeurs ne font pas leur travail en matière de sécurité, on leur laisse du temps pour s’adapter. Depuis le début de la pandémie, des travailleurs ont été malades. D'un autre côté, quand c'est le temps de parler des responsabilités individuelles des travailleurs, on brandit un bâton qui est très important… Celui de la perte potentielle d'emploi, souligne-t-il.

Un précédent dangereux?

Le chercheur estime qu’obliger une vaccination en cours de contrat pourrait, pour certaines organisations syndicales, devenir un précédent dangereux. L'idée qu'un employeur peut ajouter arbitrairement une condition dans le contrat de travail sans que ce soit négocié, ça pourrait ouvrir une brèche dans l'intégrité du contrat de travail, explique-t-il.

Larry Rousseau est du même avis. Il craint que les employeurs soient en train de transposer les responsabilités des entreprises en matière de santé et sécurité au travail sur les individus. Il croit que les employeurs pourraient se servir de la situation pour ultimement avoir moins d’obligations.

M.  Rousseau estime également que les politiques de vaccination obligatoire donnent trop de pouvoir aux employeurs et que les travailleurs pourraient en subir les conséquences. Obliger ses employés à être vaccinés, ça n’ouvre pas nécessairement la porte à imposer d’autres mesures, prévient-il.

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