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Les partis fédéraux hésitent à améliorer l’accès à l’avortement au N.-B.

Pendant que le chef conservateur fédéral, Erin O’Toole, se dit pro-choix et que le chef libéral, Justin Trudeau, annonce une étude sur l’accessibilité aux services, aucune mesure concrète n’est proposée pour améliorer l’accès à l'avortement au Nouveau-Brunswick.

La Clinique 554 à Fredericton.

La Clinique 554, qui offre des services d'avortement à Fredericton

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Le débat entourant la survie de la seule clinique d’avortement privée du Nouveau-Brunswick, la Clinique 554, illustre bien dans quelle mesure les partis politiques veulent s’engager pour améliorer la situation.

Cette petite clinique, à Fredericton, est encore une fois au cœur d'un débat politique national sur l'avortement.

Menacée par l’intransigeance de la province

La Clinique 554, à Fredericton, a pris la relève de l’ancienne clinique Morgentaler. Elle offre des services d’avortement, mais aussi des services à la communauté LGBTQ+.

La Clinique 554 à Fredericton, vue de haut.

La Clinique 554, à Fredericton, fournit des services d'avortement qui ne sont pas remboursés par le gouvernement provincial.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Depuis des années, les gouvernements provinciaux, tant libéraux que conservateurs, ont refusé de financer les avortements réalisés dans cette clinique privée.

Le règlement provincial 84-20 (Nouvelle fenêtre) interdit spécifiquement le financement d’avortements à l’extérieur des hôpitaux publics.

Contrairement à presque toutes les provinces, le Nouveau-Brunswick a toujours refusé de financer les avortements en clinique privée, même s'ils coûtent moins cher.

Les avortements en clinique sont moins chers et ils ont été recommandés comme une meilleure pratique par l’Organisation mondiale de la santé et la ministre fédérale de la santé, souligne la Dre Tobin Leblanc Haley, qui mène un projet de recherche sur l’avortement au Nouveau-Brunswick.

La Clinique 554 a finalement été mise en vente en 2019 et, depuis, elle fonctionne au ralenti.

Selon Tasia Alexopoulos, porte-parole de la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada, le sort de la clinique a une importance sur la scène nationale.

« Cette petite clinique dans Fredericton a vraiment été une sorte de [baromètre] pour les questions qui sont importantes pour les électeurs, et montre jusqu'où les partis sont prêts à aller dans leurs convictions pro-choix. »

— Une citation de  Tasia Alexopoulos, porte-parole de la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada
Tasia Alexopoulos, porte-parole de la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada.

Tasia Alexopoulos, porte-parole de la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada

Photo : Radio-Canada

Lors de la campagne électorale fédérale de 2019, Justin Trudeau s’était engagé à forcer le Nouveau-Brunswick à financer les avortements réalisés dans l’unique clinique privée de la province, et à respecter la Loi canadienne sur la santé.

De son côté, le premier ministre conservateur du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, soutient que sa province respecte la législation canadienne, et que les services d’avortement, offerts dans trois hôpitaux, sont accessibles.

Mais il y a une distinction importante à faire entre la disponibilité d'un service et l'accessibilité d'un service, soulève la directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, Julie Gillet.

Aujourd'hui, au Nouveau-Brunswick, les services d'avortement sont disponibles - il y en a - mais ils ne sont pas accessibles, remarque-t-elle.

Julie Gillet, directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick.

Julie Gillet, directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick

Photo : Gracieuseté, Julie Gillet

Selon le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick, qui a mené sa propre étude sur l’accessibilité des services, il existe trois principales barrières dans la province :

  1. Le coût, qui peut s’élever de 700 $ à 1500 $;

  2. La grande distance pour se rendre dans un des trois hôpitaux qui offrent des services d’avortement;

  3. Les pressions des groupes et politiciens pro-vie.

Tout le monde ne peut pas se permettre de poser une journée entière de congé, tout le monde n'a pas une voiture, tout le monde n'a pas une personne pour l'accompagner, tout le monde n'a pas l'argent pour payer un transport en commun, quand il y en a [...] tout le monde n'a pas la chance de vivre dans une relation saine, de pouvoir compter sur un partenaire peut-être pour l'amener à l'hôpital, et qu'est-ce qu'on fait si on a des enfants, des personnes à charge, qu'est-ce qu'on en fait pendant toute cette journée? questionne Mme Gillet.

Au Nouveau-Brunswick, le Réseau de santé Horizon a récemment indiqué que, selon son évaluation, davantage de services d’avortement n’étaient pas nécessaires dans la province. La chercheuse Tobin LeBlanc Haley, qui étudie justement la question, remet en question la méthodologie du réseau de santé.

Tobin LeBlanc Haley, chercheuse, projet de recherche sur l’avortement au Nouveau-Brunswick.

Tobin LeBlanc Haley remet en question les conclusions du Nouveau-Brunswick sur l'accès à l'avortement.

Photo : Gracieuseté, Bill LeBlanc

« Quelle méthodologie utilisent-ils? Comment évaluent-ils ce besoin? Parce que je pense que c’est un enjeu crucial, cette question d’évaluation, comment peuvent-ils savoir? Pourquoi autant de personnes vont à la Clinique 554 si leur service est si bon? »

— Une citation de  Tobin Leblanc Haley, chercheuse, projet de recherche sur l’avortement au Nouveau-Brunswick

Peu de mesures concrètes du côté des libéraux

Pour faire pression sur le gouvernement Higgs, Ottawa avait retenu 140 000 $ sur les transferts en santé, soit le coût approximatif des avortements réalisés à la Clinique 554. Mais à cause de la COVID-19, ce montant a ensuite été remis à la province.

Justin Trudeau, de profil, parle au micro à l'extérieur.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Juste avant le déclenchement de la campagne électorale, Ottawa a aussi accordé plus de 366 000 $ à deux chercheuses, dont la Tobin LeBlanc Haley, pour qu’elles conduisent une étude sur les barrières à l’accessibilité aux services d’avortement dans la province.

Les mesures modestes prises par les libéraux sont bien accueillies. Toutefois, plusieurs leur reprochent un manque de moyens concrets pour faire avancer les choses au cours du prochain mandat.

« Ce n'est pas suffisant, ce n'est pas vraiment encore des actions concrètes. »

— Une citation de  Julie Gillet, directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick

La directrice générale du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick souhaite que le prochain gouvernement fédéral exerce une réelle pression sur Fredericton pour forcer la province à abandonner le fameux règlement 84-20, qui proscrit le financement des services d’avortement offerts par des cliniques privées.

Le gouvernement libéral a fait de petits gestes symboliques, mais il n’a pas été assez loin pour faire appliquer la Loi canadienne sur la santé au Nouveau-Brunswick. Donc c'est très décevant, je pense particulièrement décevant pour ceux qui offrent des services d’avortement dans cette province, qui ont vu des promesses vraiment significatives sur l'accès à l'avortement mais ont vu si peu d'action après les élections [de 2019], déplore Tasia Alexopoulo, de la Coalition pour le droit à l'avortement du Canada.

L'engagement pro-choix des conservateurs remis en question

Pour sa part, le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, a déclaré durant la campagne électorale qu’il était lui-même pro-choix, et qu’il estimait que l’accès à l’avortement devait être assuré partout au pays. Toutefois, lors d’un passage à Fredericton, il a soutenu que le Nouveau-Brunswick avait le droit de décider comment offrir le service, et comment le financer.

Erin O’Toole est à la table des invités. Il porte une chemise et un veston bleus.

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur du Canada

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Selon Tasia Alexopoulos, porte-parole de la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada, même s’il se dit pro-choix, le chef conservateur agit comme s’il était anti-choix.

Erin O'Toole n’est certainement pas pro-choix, et l’utilisation de ce langage montre à quel point l’avortement est un enjeu important pour les gens dans ce pays, pense Mme Alexopoulos.

En plus de son appui à la politique restrictive du Nouveau-Brunswick, elle rappelle l’importance qu'Erin O’Toole accorde au droit des médecins de refuser de pratiquer des avortements pour des motifs moraux ou religieux.

« Il accorde beaucoup d’importance au droit à la conscience, et veut le renforcer au Canada, ce qui n’est pas nécessaire. Ce qu’il fait, c’est qu’il dit aux conservateurs anti-choix et aux électeurs que oui, il est contre l’avortement. »

— Une citation de  Tasia Alexopoulos, porte-parole de la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada

Cette question de liberté de conscience a déjà été balisée par les ordres professionnels dans les différentes provinces. Il y a même une jurisprudence, issue de la Cour d'appel de l'Ontario, qui réitère l'obligation de référer, c'est-à-dire l'obligation pour les membres du corps médical de référer vers un ou une collègue compétente lorsqu'on leur demande de pratiquer un acte médical qui contrevient à leurs valeurs morales et religieuses, rappelle pour sa part Julie Gillet, du Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick.

Même si en paroles le chef conservateur se dit pro-choix et en faveur de l’accès à l’avortement partout au pays, dans les faits, selon les organismes pro-choix, il occulte la question bien concrète de l’accès.

Les verts et le NPD

Du côté du NPD, la plateforme du parti indique qu'un gouvernement néo-démocrate lutterait pour la justice reproductive dans chaque collectivité et que le parti s'engagerait à empêcher les provinces de mettre des obstacles à l’accès à l’avortement.

Le chef Jagmeet Singh a visité la Clinique 554 en 2019 et a alors promis de talonner Justin Trudeau sur cet enjeu.

Les verts ont peu abordé la question de l'avortement lors de la campagne actuelle, alors qu'en 2019 la question était venue hanter la cheffe de l'époque, Elizabeth May. La cheffe actuelle, Annamie Paul, ne s'est pas encore prononcée sur le sort de la Clinique 554.

Financer la Clinique 554 ne réglerait pas tous les problèmes

Vu le manque de services d’avortement sur l’ensemble du territoire du Nouveau-Brunswick, même si le gouvernement décidait de financer les avortements à la Clinique 554 de Fredericton, le problème d’accès ne serait pas réglé pour autant.

Clinique 554 et affiche à vendre.

La Clinique 554, à Fredericton, est à vendre depuis 2019.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

De nombreuses régions resteraient sans service, public ou privé, comme le nord-ouest, ou encore le sud-ouest du Nouveau-Brunswick.

Financer la clinique 554 améliorerait, bien entendu, l'accès à l'avortement au sein de la province, mais ce n'est que la pointe de l'iceberg, estime Julie Gillet.

Malgré les promesses électorales et la visite, en 2019, des chefs néo-démocrate et vert, l’avenir de la Clinique 554 reste incertain.

« Il ne suffit pas de voter pour un parti pro-choix, il faut vraiment s'impliquer, il faut pousser les politiciens, il faut leur écrire des lettres, des courriels, il faut les appeler, il faut leur faire savoir que c'est une question très importante. »

— Une citation de  Tasia Alexopoulos, porte-parole de la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada

La vigilance et l’action sont nécessaires, selon la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada, parce que les paroles des politiciens, de tous partis confondus, ne se traduisent pas toujours par des actions concrètes.

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