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Jean-Grace Kifwabala : changer le monde un t-shirt à la fois

Cet article fait partie d'une série de reportages sur des Insulaires qui ont un projet hors du commun, qui sortent des sentiers battus pour se lancer dans quelque chose d'étonnant.

Jean-Grace Kifwabala.

Arrivé au Canada en 2018, Jean-Grace Kifwabala est étudiant à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard et créateur de la marque Truly Motivated.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Laurent Rigaux

Pour trouver Jean-Grace Kifwabala, il faut juste traverser l'avenue en face de l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard. Le jeune homme dans la vingtaine étudie en administration des affaires et fabrique des vêtements et des accessoires dans la petite maison qu'il partage avec d'autres.

Dans un coin, une étagère contient une foule de machines. Sur une table, on trouve une machine à coudre. Dans des cartons qui s'empilent, il y a des centaines de pièces, vêtements et accessoires, achetés en gros.

Jean-Grace Kifwabala ouvre un carton.

Jean-Grace Kifwabala commande des vêtements et accessoires en gros, qu'il personnalise un à un, à la maison.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Jean-Grace Kifwabala doit tous les personnaliser, un à un, à temps pour participer à une boutique éphémère, prévue quelques jours plus tard. Il n'a pas de temps à perdre, sachant qu'il enchaîne également les journées comme vendeur dans une boutique pour subvenir à ses besoins.

À la fin de la journée, je dois payer mon loyer, donc c'est vraiment difficile, être étudiant, avoir votre entreprise et aller au boulot. Je n’ai même pas de temps pour moi-même, je suis toujours en train de faire quelque chose, s'exclame-t-il. Avant de poursuivre sur sa marque : C'est pour cela que le nom c'est Truly Motivated, pour avoir la motivation de toujours faire quelque chose pour améliorer votre vie.

Jean-Grace Kifwabala en train de coudre.

Jean-Grace Kifwabala coud et personnalise les vêtements un à un, à la main, chez lui.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Arrivé de Kinshasa, en République démocratique du Congo, au Canada en 2018, le jeune entrepreneur a commencé sa nouvelle vie à Vancouver, pendant une année, avant d'opter pour Charlottetown.

Trop de monde, trop cher, des frais universitaires trop élevés pour la famille restée de l'autre côté de l'Atlantique, tout le poussait à venir à l'Est.

La pression pour réussir

Tout le monde est uni ici, il y a le sens de la famille, raconte-t-il quand on évoque Charlottetown, sa deuxième maison.

Venu seul, en laissant une dizaine de membres de sa famille derrière lui, il ressent une certaine pression.

Vu que je suis seul ici, il y a tout le monde qui me regarde, la pression est sur moi, je dois vraiment gagner ma vie.

Une citation de :Jean-Grace Kifwabala

Dès son arrivée à Charlottetown, il envisageait la création d'une marque. Après des tentatives infructueuses, Truly Motivated a vu le jour en novembre 2020.

Jean-Grace Kifwabala en train de montrer un t-shirt de sa nouvelle collection.

Après un premier succès en boutique éphémère, Jean-Grace Kifwabala a lancé une deuxième collection, faite de t-shirts, chandails, chandails à capuche, sacs, lunettes, chapeaux, accessoires, etc.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Jean-Grace Kifwabala insiste sur le message qu'il souhaite faire passer à travers ces deux mots accolés. C'est pour motiver les gens. La vie, c'est compliqué pour certaines personnes, et j'ai juste envie d'être là pour les gens qui ne sont pas OK, détaille-t-il.

Malgré les difficultés, il faut avoir la motivation de continuer, parce que malgré tout, ça vient, ça passe.

Une citation de :Jean-Grace Kifwabala

Élevé en tant que chrétien, le jeune homme fait part de sa foi inébranlable et du sens du mot Truly : J'avais juste envie de combiner la motivation et la foi pour créer une marque. La foi, c'est important. Quand je suis arrivé à Charlottetown, je ne connaissais personne, je n'avais pas de boulot, c'était vraiment difficile pour moi; et chaque jour, j'ai prié, j'avais la foi que ma situation allait changer.

La vie, c'est difficile, mais si vous avez la foi et la motivation de toujours continuer, ça va aller, souligne-t-il.

Avoir un impact communautaire

Ses vêtements et accessoires sont vendus, soit en ligne, soit en boutique éphémère. La première a eu lieu au début de l'été, et le succès a été au rendez-vous.

On s'est arraché les 300 pièces en moins de trois heures. S'il explique cette réussite par sa bonne étoile et sa foi, son talent de communication y est aussi pour beaucoup. Le profil Instagram de la marque regorge de photographies de ses amis qui jouent les modèles et de vidéos montrant les coulisses de la fabrication.

Jean-Grace Kifwabala montre une boîte contenant une machine, stockée dans un placard.

Jean-Grace Kifwabala améliore ses équipements au fur et à mesure, et pense déménager, pour avoir plus d'espace.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Jean-Grace Kifwabala confie que l'entreprise n'est pas encore tout à fait rentable : C'est beaucoup, mais ce n’est pas assez, j'ai plein de dépenses. Surtout, il verse 10 à 20 % de ses recettes à Share The Meal, une initiative du Programme alimentaire mondial des Nations unies pour lutter contre la pauvreté et la faim.

Dans ce monde, tout le monde veut faire des marques, moi j'avais envie de faire une différence avec les autres. La marque, c'est pas juste pour moi, c'est une communauté que je suis en train de créer, révèle-t-il.

C'est bien de commencer une marque, de faire de l'argent, mais après ça, vous avez quoi? Quelle différence avez-vous faite dans la vie d'autres gens?

Une citation de :Jean-Grace Kifwabala
Jean-Grace Kifwabala devant un mannequin.

Jean-Grace Kifwabala explique les différentes façons de personnaliser des vêtements.

Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux

Jean-Grace Kifwabala ne s'en cache pas, il veut que sa marque grandisse pour rivaliser avec les plus connues. Il souhaiterait aussi développer une filière locale pour fabriquer les vêtements sur place plutôt que de les acheter en gros.

Il n'est pas retourné voir sa famille depuis son arrivée en 2018, préférant attendre encore un peu, le temps de mûrir son projet. Il confie que tout ce qu'il entreprend, études et entrepreneuriat, c'est pour la famille : Un jour, j'ai envie d'aider mes frères et sœurs à venir ici, ça va être bien.

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