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Des élus de Matane en faveur d'une décentralisation du système de santé

Une travailleuse de la santé adossée contre un mur qui regarde au loin.

Des médecins et des élus municipaux estiment qu'une décentralisation du système de santé contribuerait à régler plusieurs problèmes, dont la rétention du personnel (archives).

Photo : Shutterstock / Alliance Images

Des médecins et des élus municipaux réclament une décentralisation du système de santé pour freiner l'effritement des soins de proximité dans les hôpitaux comme celui de Matane.

On est beaucoup plus fragile et ça fait des ruptures de service. On se rend compte que chez nous c'est devenu normal, alors que ça ne devrait jamais l'être, déplore le maire de Matane, Jérôme Landry.

Il assistait vendredi matin au point de presse virtuel organisé par le Regroupement québécois des médecins pour la décentralisation des soins de santé (RQMDSS), qui réunit plus de 800 médecins qui dénoncent le fait que les hôpitaux locaux ont été dépouillés de leur pouvoir décisionnel, particulièrement depuis la réforme mise en place par Gaétan Barrette en 2015.

Le regroupement avance que cette centralisation nuit à l'offre de services et alourdit la structure administrative. Par exemple, il n'y a plus de directeur dans chaque hôpital. Il y a plutôt une seule direction par CISSS, qui est responsable de tous ses établissements.

« C'est vraiment un frein à l'accès aux soins de proximité. C'est vraiment les régions qui sont les grandes perdantes dans ce processus-là. »

— Une citation de  Dre Isabelle Lepage, urgentiste et vice-présidente du RQMDSS

La vice-présidente du RQMDSS, la Dre Isabelle Lepage, cite en exemple un groupe d'infirmières qui voudraient modifier leur horaire pour l'adapter à leur situation locale. La demande devra être envoyée à la direction du CISSS qui se trouve dans une autre ville et traverser plusieurs paliers de l'établissement, ce qui occasionne généralement des retards, des malentendus et des frustrations.

Ça revient à un groupe de directeurs qui doivent gérer la grosse machine, le monstre administratif qu'est un CISSS au complet et en même temps essayer de trouver des solutions pour chaque petit milieu, c'est vraiment impossible, déplore-t-elle.

Miser sur la gouvernance locale

Le RQMDSS demande donc un retour à une gouvernance locale avec la mise en place dans chaque hôpital d'un directeur et d'un conseil de médecins, en plus de permettre à la table des chefs de chaque hôpital de s'organiser localement.

La Dre Isabelle Lepage estime qu'une telle gouvernance locale contribuerait à améliorer l'offre de services aux patients, en plus d'améliorer les conditions du personnel et, ainsi, de favoriser la rétention des ressources.

C'est sûr qu'il y a une pénurie, mais une gestion de proximité va aider ces situations-là, affirme-t-elle.

« Il faut pouvoir mettre sur place des solutions novatrices, que ce soit pour le recrutement, l'organisation des services, en collaboration avec le reste du CISSS, mais il faut pouvoir être représenté. Il faut pouvoir lever le drapeau et dire : "Chez nous, les problématiques sont plutôt en obstétrique". »

— Une citation de  Dre Isabelle Lepage, urgentiste et vice-présidente du RQMDSS

Il y a vraiment une démobilisation dans le réseau qui est liée de façon très directe à une déconnexion avec les équipes de gestion. Si nos gestionnaires ne sont pas dans notre hôpital, qu'on n'a pas l'écoute et le feedback nécessaire qu'on a besoin de recevoir, il y a une grande démobilisation et ça contribue de façon très importante à la pénurie de personnel, souligne l'urgentiste.

Des spécialistes, en région aussi

Le maire de Matane déplore aussi l'effritement des services spécialisés en région.

Faut comparer : à Matane, on a moins de 10 spécialistes, et à Rivière-du-Loup, c'est plus de 60. C'est pas normal. L'hôpital régional est à Rimouski, donc pourquoi Matane n'aurait pas un certain nombre, une vingtaine de spécialités?, demande Jérôme Landry.

L'Hôpital de Matane vu de l'extérieur, en été.

Dans les dernières années, les ruptures de service se sont multipliées à l'Hôpital de Matane. Chaque fois, des patients doivent être transférés à Rimouski, à une heure de route (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

La Ville de Matane a d'ailleurs mis sur pied le Comité vigilance santé Matanie en 2017 pour mobiliser le milieu et assurer une couverture de services adéquate dans la MRC. Le comité est toujours actif, mais le maire ne s'explique toujours pas d'où provient cet écart entre les différentes communautés de la région.

La seule réponse que j'ai eue, et je ne la comprends pas, on m'a répondu que c'était historique, rapporte-t-il.

Le préfet de la MRC de La Matanie, Andrew Turcotte, abonde dans le même sens. Oui, on a accès aux soins, mais il faut toujours faire au minimum une heure de route, dénonce-t-il.

« Il y a des soins qui ne sont même pas prodigués au Bas-Saint-Laurent et il faut se rendre jusqu'à Québec. Ce n'est pas tout le monde qui est capable de se déplacer pour aller chercher ces soins-là, la population est vieillissante. »

— Une citation de  Andrew Turcotte, préfet de la MRC de La Matanie

Jérôme Landry rappelle par ailleurs que l'Hôpital de Matane ne dessert pas seulement la clientèle de La Matanie, mais aussi régulièrement celle de La Matapédia et de La Haute-Gaspésie, d'où l'importance d'assurer des soins complets et de qualité.

Or, dans les dernières années, les ruptures de service se sont multipliées à l'Hôpital de Matane, particulièrement en obstétrique. Les soins intensifs sont également fermés depuis le 5 juillet et ne doivent rouvrir que le 7 septembre.

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