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Le temps supplémentaire obligatoire a plus que doublé en un an

Une infirmière tenant un stéthoscope.

Jeudi, des infirmières estriennes ont fait part de leur réalité et dénoncé le recours au temps supplémentaire obligatoire. (Archives)

Photo : Getty Images / Fabio Balbi

La pénurie de main-d'œuvre et l’épuisement des infirmières ont monopolisé une bonne partie du conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie-CHUS jeudi soir. Des infirmières ont même pris la parole au début de la séance pour faire part de leur réalité et dénoncer le recours au temps supplémentaire obligatoire (TSO), qui a augmenté de 132 % depuis la dernière année.

Je perds des collèges toutes les semaines. Elles sont brûlées, crevées. Quel est votre plan? Quelles solutions concrètes proposez-vous pour nous soutenir et pour éliminer le temps supplémentaire obligatoire à court terme?

Stéphanie Lapointe travaille à titre d’infirmière auxiliaire en chef au service des urgences à l’Hôpital de Cowansville. Depuis 20 ans, elle a le même employeur : le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Ses inquiétudes rejoignent celles de plusieurs infirmières en Estrie, qui ont dénoncé leurs conditions de travail dans les dernières semaines.

En réponse aux questions des infirmières, la direction du CIUSSS n’a pas été en mesure de promettre l’élimination à court terme des heures supplémentaires obligatoires. Elle a également expliqué que la modulation des services se poursuivra au cours des prochains mois, voire des prochaines années.

À la croisée des chemins

Dans un souci de transparence, le nouveau directeur des ressources humaines du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Yann Belzile, a présenté un état de la situation de la main-d'œuvre et des activités cliniques de l'établissement de santé.

Malgré l’embauche de 3000 personnes de plus dans les dernières années, on remarque que pour les heures travaillées, on n’y arrive plus. Les heures travaillées progressent plus rapidement que les nouvelles embauches, a-t-il souligné.

En Estrie, il y a une hausse de la quantité des soins offerts à la population, sans une augmentation proportionnelle et suffisante du personnel pour les offrir. C’est ce qui explique, selon M Belzile, le recours aux heures supplémentaires obligatoires.

Oui, on en demande plus à nos employés et, oui, c’est normal qu’il y ait une fatigue accumulée. [...] Il est certain que c’est désagréable et dérangeant pour nos employés.

Une citation de :Yann Belzile, directeur des ressources humaines du CIUSSS de l’Estrie-CHUS

La directrice générale adjointe au programme de santé physique générale, Karine Duchaineau, a ensuite présenté les solutions mises en place pour assurer une continuité dans les soins. Selon elle, la modulation des services s’exerce avec la concertation et le bon jugement du personnel en place.

Quand on reporte une chirurgie, c’est parce qu’elle peut être reportée [sans danger]. Toutes nos décisions et toutes nos actions visent à préserver la sécurité des soins et des services et à répondre aux besoins immédiats de la population, a-t-elle expliqué.

En plus de la modulation quotidienne des services et de la main-d'œuvre, des ambulances sont parfois détournées pour atténuer la pression sur les urgences surchargées. Dans certains départements, les gestionnaires lancent des appels aux infirmières retraitées. À la maternité, des sages-femmes s’impliquent à l’accueil des patientes et prêtent main-forte aux infirmières.

Des choix difficiles devront être faits

Dans un contexte de rareté de main-d'œuvre, plusieurs des mesures dénoncées par les infirmières continueront donc d’être appliquées pour offrir des soins à la population.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS confirmait d’ailleurs à ses employés, dans une communication interne dont Radio-Canada a obtenu copie, que dans le contexte actuel, des choix difficiles devront inévitablement être faits parmi [les] différentes offres de soins et de services.

Dans cette même note, l’ensemble des directeurs et des directrices de l’établissement tenaient à exprimer leur sensibilité envers les témoignages entendus et à réitérer leur reconnaissance envers l’engagement du personnel.

C’est décourageant 

Le syndicat qui représente les infirmières n'a pas été satisfait des explications du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, alors qu’il réclamait plutôt des pistes de solutions immédiates. Selon sa présidente, Sophie Thériault, la détresse des infirmières est criante et urgente.

Je trouve ça désolant pour elles d’avoir ce genre de réponse là à leurs questions. Elles prennent la peine de se connecter, de participer à une rencontre comme ça et d’avoir ça comme réponse, de se faire dire "merci, oui c’est difficile, on sait qu’elles vivent du TSO et ça ne doit pas être facile, [...] on va tenter de trouver des solutions dans les prochaines semaines", ce n’est plus assez comme message, soutient-elle.

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