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Un drame en planche à pagaie évité de justesse à Carleton-sur-Mer

Des bateaux, rangés sur la plage, sont entourés de visiteurs. Au loin, des embarcations et des baigneurs sont présents dans l'eau et sur la plage.

La directrice d'Écovoile Baie-des-Chaleurs constate que l'achalandage sur la baie a explosé depuis l'année dernière (archives).

Photo : Radio-Canada / Roxanne Langlois

Une sortie en planche à pagaie aurait pu tourner au drame à Carleton-sur-Mer, sans l'intervention d'un couple de touristes. L'incident pourrait mener à un resserrement du protocole de sécurité dans la baie des Chaleurs.

Le 9 août dernier, Lise Côté et Normand Lambert amorcent leurs vacances en Gaspésie avec une sortie en planche à pagaie dans la baie des Chaleurs, à Carleton-sur-Mer.

C'est une journée venteuse, et le couple de Laval se sent transporté vers le large, mais ils ne sont pas inquiets. On savait comment faire pour ne pas s'éloigner, précise Lise.

Normand Lambert et elle se sont informés des conditions météo avant de s'aventurer sur l'eau. De plus, ils ont de l'expérience en planche à pagaie; ils ont suivi des cours d'initiation et de techniques avancées qui leur ont permis de s'exercer dans différentes conditions.

Normand Lambert et Lise Côté sont assis sur un banc. Ils sont vêtus de combinaisons de sports nautiques et des planches à pagaie sont sur le sol, près d'eux.

Lise Côté et Normand Lambert espèrent que leur témoignage permettra de sensibiliser la population aux risques liés à la planche à pagaie et à l'importance de connaître les techniques de base du sport.

Photo : Gracieuseté : Lise Côté

Après environ une heure, le couple décide de retourner vers la plage, mais quelque chose les arrête. Normand s'est adonné à tourner la tête, un peu derrière son épaule, et il s'est aperçu qu'il y avait une planche à pagaie, mais pas d'utilisateur dessus, au loin vers le large, raconte Lise Côté.

Le couple se demande d'abord s'il s'agit simplement de quelqu'un qui se baigne à côté de sa planche. Mais après quelques minutes, on a aperçu une pagaie dans les airs, dans une drôle de posture et on s'est dit : ''non, non, c'est louche'', se rappelle-t-elle.

Un homme épuisé

Même si la planche se trouve à une bonne distance vers le large, le couple décide alors de s'y rendre pour en avoir le cœur net. En approchant, on a vu que l'homme essayait désespérément de remonter sur sa planche, mais c'était la première fois qu'il faisait de la planche, constate Mme Côté.

Ça faisait peut-être une quinzaine de minutes qu'il essayait de remonter sur sa planche et tout ce temps-là, le vent le transportait vers le large.

Une citation de :Lise Côté

Il était certain, poursuit Mme Côté, qu'il n'y arriverait pas et que c'était fini pour lui. Si ce n'était pas nous ou quelqu'un d'autre qui passe à côté, il avait peu de chance de s'en sortir. Il était déjà en train de lâcher prise.

Le couple remarque alors deux choses qu'il juge inquiétantes : l'homme n'est pas attaché à sa planche, et sa veste de flottaison est mal ajustée.

Il faisait basculer la planche sur le dessus de sa tête et quand il était dans l'eau, puisque son gilet de sauvetage n'était pas bien ajusté, le gilet montait plus haut que sa tête et sortait à moitié de son corps. Il se battait avec son gilet de sauvetage pour remonter. Il n'avait pas de laisse qui l'attachait à sa planche alors il tenait sa planche et sa pagaie pour ne pas les perdre, souligne Lise Côté.

Une jeune fille est debout sur une planche à pagaie. Elle tient sa pagaie en souriant. Elle porte une veste de flottaison et une laisse est attachée à sa cheville.

Plusieurs organismes, dont Parcs Canada, recommande le port d’une veste de flottaison et d’une laisse à la cheville lors de la pratique de la planche à pagaie (archives).

Photo : iStock / Onfokus

Un sauvetage in extremis

Normand Lambert et Lise Côté positionnent alors leurs planches de façon à encadrer l'homme dans un triangle, afin qu'il puisse s'appuyer sur leurs planches et reprendre son souffle.

Ils tentent ensuite de lui expliquer la technique à suivre pour remonter sur sa planche, avant de se rendre compte que l'homme n'avait plus aucune force.

C'est là que Normand a attaché la planche de l'homme à la sienne, et a demandé à l'homme de se tenir au bout de sa planche. On a pagayé à contre-courant, Normand pagayait pour deux pour s'approcher du rivage, mais c'était difficile puisqu'il tirait le poids du monsieur et de sa planche, explique Lise Côté.

Pendant ce temps, elle utilise son sifflet pour émettre le code de détresse. Mais on était contre le vent. Je sifflais désespérément tout en pagayant et en rassurant l'homme.

Ça a pris peut-être une quinzaine de minutes avant que le bateau de sauvetage nous entende et vienne vers nous. Je ne savais pas que ça pouvait être épuisant de souffler pendant 15 minutes!

Une citation de :Lise Côté

L'équipe de sauvetage embarque l'homme et sa planche pour le ramener au rivage, tandis que Lise Côté et Normand Lambert ont continué de pagayer pour se rendre à la plage.

Lorsqu'il est monté à bord du bateau, je lui ai dit : ''avant de remonter sur une planche, ce serait super important d'aller chercher un cours de base au moins'', et il a répondu : ''plus jamais de ma vie je ne vais monter sur une planche, j'étais sûr de mourir''.

Une fois sur la plage, le couple discute avec le personnel d'Écovoile Baie-des-Chaleurs, où l'homme avait loué son équipement, et remplit un rapport d'accident.

Une sonnette d'alarme

Ce rapport a eu l'effet d'une sonnette d'alarme, affirme la directrice de l'entreprise, Sophie Martel.

C'est malheureux que cette personne-là ait pu se rendre si loin avant qu'on soit alertés. Peut-être qu'il y a eu une petite baisse de vigilance, admet-elle.

Les événements du 9 août, et le rapport d'accident rempli par Lise et Normand, ont été discutés au conseil d'administration d'Écovoile et pourraient mener à un resserrement du protocole de sécurité, avance Mme Martel.

Cette journée-là, il y avait un vent d'est, donc le sifflet, ça ne porte pas. Ça, c'est une problématique. Peut-être que si on avait un signal visuel, quelque chose sur la planche qui permettrait aux gens d'émettre un signal visuel en plus du signal sonore.

Une citation de :Sophie Martel, directrice d'Écovoile Baie-des-Chaleurs

Elle ajoute que l'achalandage de la baie a explosé depuis l'année dernière et que le nombre de personnes qui arrivent avec leurs propres embarcations a notamment augmenté de façon importante.

Ça change le topo. Avant, les gens qu'on avait sur le plan d'eau, c'était nos clients. Maintenant, il y a plein de gens qui sont des visiteurs qui font de la pratique autonome. Je pense qu'il va falloir qu'on revoie la sécurité de façon plus globale, admet la directrice.

Mme Martel précise cependant qu'Écovoile fait toujours signer une fiche de santé et une acceptation des risques liés aux activités à tous les clients. Il leur est aussi imposé de porter leur veste de flottaison en tout temps. Il est également demandé aux clients de naviguer dans un certain périmètre, afin de rester à la vue du personnel.

Une embarcation motorisée est disponible en tout temps pour intervenir.

Une pancarte annonce la base nautique Écovoile. Derrière, on aperçoit un bâtiment de services ainsi que des bateaux.

Écovoile loue des planches à pagaie depuis neuf ans maintenant. Mme Martel assure que c'est la première fois qu'un tel événement se produit (archives).

Photo : Radio-Canada / Roxanne Langlois

La directrice ajoute qu'il y a une responsabilité partagée sur le plan d'eau. Nous, on se doit de donner une veste de sauvetage correcte, mais les clients se doivent de la garder cintrée et attachée. Il [le client] doit être proactif par rapport à sa sécurité aussi siffler en cas de problème.

Concernant la laisse qui permet d'attacher sa cheville à sa planche de pagaie, Mme Martel affirme que l'enjeu a été discuté en conseil d'administration et que l'organisation pourrait envisager de revoir son protocole à ce sujet.

Elle précise toutefois que c'est la première fois en neuf ans qu'un tel incident se produit et que la nécessité pour une laisse ne s'est jamais fait sentir auparavant.

La grande majorité de nos clients se font "soleiller", comme on dit en Gaspésie, sur la planche devant Écovoile, ils font une petite balade près de la plage et souvent ils ont encore pied. C'est plus cette clientèle qu'une clientèle d'aventure, explique-t-elle.

La sécurité, ça a toujours été notre préoccupation principale. On va réfléchir à la chose et on va se pencher sur la question avec des gens dans le domaine du tourisme d'aventure, assure la directrice.

Une leçon à retenir

De leur côté, Lise Côté et Normand Lambert espèrent que leur témoignage permettra de sensibiliser la population aux risques liés à la planche à pagaie, et à l'importance de connaître les techniques de base du sport.

La planche, ça a l'air bien facile. La planche flotte alors tu te dis, il n'y a pas de danger, ça ne coule pas. Mais les courants font que c'est hypocrite. On se retrouve rapidement dans des situations qui peuvent être vraiment dangereuses, souligne Normand.

Ce n'est pas dans la mer que je suggère d'essayer la planche à pagaie pour la première fois. On suggère un petit lac tranquille, et jamais seul, ajoute Lise.

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