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Analyse

À quoi sert le passeport vaccinal si les restrictions commerciales restent en place?

Un serveur sur une terrasse.

En plus du port du masque et d'autres mesures, les clients des restaurants devront maintenant présenter leur passeport vaccinal pour fréquenter ces établissements.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

En disant qu’on « ne peut pas prendre en otage toute une communauté pour protéger les privilèges de la minorité qui ne veut pas se faire vacciner », le ministre de la Santé Christian Dubé a fourni un argument de taille aux restaurateurs, propriétaires de bars et autres commerçants qui demandent l’abandon des restrictions sanitaires en retour du passeport vaccinal. Pourquoi maintenir les restrictions avec le passeport vaccinal, se demandent-ils?

La vaccination, les deux doses, l’objectif de 75 % qui a été dépassé et maintenant le passeport vaccinal devaient mener à la fin des restrictions dans les lieux publics.

L’efficacité des vaccins est reconnue, bien que les autorités américaines affirment maintenant que les vaccins Pfizer et Moderna sont efficaces à 66 % face au variant Delta. Les Québécois ont massivement capté et intégré l’importance de se faire vacciner.

Malgré cela, les restrictions sanitaires dans les lieux publics demeurent en place pour les personnes qui sont pourtant pleinement vaccinées. Les bars et les restaurants vont exiger le passeport vaccinal à partir du 1er septembre et devront conserver les autres mesures sur la COVID-19 : maximum de 10 personnes par table ou de 20 personnes à l’extérieur, distanciation de deux mètres entre les tables qui n’ont pas de plexiglas ou de cloisons, capacité maximale de 50 %, les clients doivent demeurer assis, pas de danse, pas de chant, pas de karaoké, etc.

Les salles de spectacles devront également demander le passeport vaccinal dès le 1er septembre. Elles devront aussi continuer d’appliquer les restrictions sanitaires : places assises assignées, sections indépendantes de 250 personnes, distance d’un siège entre les bulles, etc.

Mesurer les risques

Les autorités de la santé publique nous rappellent que, même vaccinés, nous pouvons attraper la COVID-19 et transmettre la maladie à d’autres personnes. Toutefois, ce risque est beaucoup plus faible que si nous ne sommes pas vaccinés. Et on imagine aussi que les risques sont encore plus faibles si toutes les personnes présentes dans un bar, un restaurant ou une salle de spectacle sont adéquatement vaccinées. Et ce risque est encore et encore plus faible si on maintient le port du masque dans ces établissements.

Par grande prudence, les autorités ont donc décidé, tout de même, de maintenir des restrictions sanitaires pour les personnes entièrement vaccinées. Peut-être veulent-elles prolonger la transition afin que le niveau de vaccination augmente davantage, que le passeport vaccinal s’installe et que la rentrée scolaire soit bien entamée.

Si la santé publique juge qu’il est plus prudent ainsi de maintenir ces restrictions, le ministre de la Santé pourrait-il indiquer, à tout le moins, de nouvelles cibles claires pour les milliers d’entrepreneurs et commerçants qui doivent appliquer ces mesures, à défaut de faire face à des pénalités sévères ou même à des fermetures de commerces?

C’est 78 % des Québécois de 12 ans et plus qui sont aujourd’hui pleinement vaccinés. L’objectif était de 75 %, il a été rehaussé en raison de la dangerosité du variant Delta. Dans ces circonstances, quel est donc le nouvel objectif : 80 ou 85 % comme le ministre Dubé l’avait indiqué, ou 90-95 % comme l’évoquent le docteur Arruda et d’autres spécialistes qui s’expriment publiquement dans les médias?

Si l’objectif dépasse maintenant les 90 %, pourquoi ne pas imposer la vaccination obligatoire à une plus large partie de la population, en santé, en éducation, dans la fonction publique, mais aussi dans d’autres secteurs de la société. Autrement, comment peut-on y arriver? Quel est le plan du ministre Dubé pour atteindre 90 ou 95 % de la population entièrement vaccinée?

Est-ce que l’objectif pourrait être, en retour, de revenir à moins de 100 cas par jour, à moins de 80 hospitalisations liées au coronavirus? À quel moment va-t-on juger que le risque est acceptable pour laisser tomber les restrictions dans les lieux publics protégés par le passeport vaccinal? Faut-il le rappeler, le risque zéro n’existe pas et il est fort probable que nous devrons composer avec la COVID-19 pendant un bon moment encore.

Imposer la vaccination obligatoire?

Devrait-on s’attendre à ce que les employeurs privés, même s’ils ne sont pas sous juridiction fédérale, aillent aussi loin qu’Air Canada, qui va imposer la vaccination à tout son personnel, y compris les nouveaux employés, sous peine de congédiement?

Les autorités de la santé publique recommandent que les employeurs privés suspendent temporairement leur plan de retour au travail, au bureau, en présentiel, au moins jusqu’au début d’octobre. Le Conseil du Trésor a repoussé, du 7 septembre au 4 octobre, le retour des fonctionnaires au bureau. C’est la chose à faire, selon la santé publique, par mesure de prudence, au moment où s’amorce la rentrée scolaire.

Mais devrait-on, dans le cas du retour en présentiel, se demander également pourquoi les personnes entièrement vaccinées doivent retarder leur retour au bureau? Le PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain Michel Leblanc s’est dit perplexe face à cette annonce et se demande pourquoi les autorités ne font pas tout simplement confiance au passeport vaccinal pour permettre le retour au bureau.

Le premier ministre François Legault a exprimé une ouverture mercredi midi en disant que ce que la santé publique recommande, c’est de rester en télétravail, mais ceux qui veulent revenir, qui doivent revenir pour l’efficacité de leur organisation, c’est à l’employeur de décider comment on fait ça.

Cela dit, force est de constater que la prévisibilité n’est pas le fort des gouvernements depuis le début de la pandémie. La crise est extrêmement difficile à gérer et la prudence est toujours de mise.

Cependant, puisque nous arrivons à près de 80 % de personnes pleinement vaccinées et que le passeport vaccinal sera bientôt obligatoire, on peut se demander pourquoi les restrictions restent en place dans les lieux publics ou, du moins, pourquoi on ne donne pas de nouveaux indicateurs précis pour permettre, une fois de plus, aux entreprises de s’ajuster à la situation et de mieux se préparer.

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